Horizons n°103 déc 14/jan-fév 2015
Horizons n°103 déc 14/jan-fév 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°103 de déc 14/jan-fév 2015

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Fonds national suisse de la recherche scientifique

  • Format : (220 x 285) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... les limites de la science.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 34 - 35  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
34 35
Culture et société Quand aider ne suffit pas Une étude lausannoise se penche sur le rôle des organisations de patients dans le débat sur le don d’organes. Sa conclusion intermédiaire : sans une alliance forte, difficile d’avoir une influence politique. Par Irène Dietschi AGIR, A Cœur Ouvert ou encore PromOrgane sont des organisations de patients qui s’engagent en Suisse romande pour le don d’organes. En médecine, les patients jouent un rôle toujours plus actif. Ils sont un moteur de la recherche clinique, se mettent en réseau avec des partenaires de l’industrie et agissent en lobbyistes au niveau politique. Les organisations qui militent pour le don d’organes profitent-elles aussi de cette tendance ? Une étude interdisciplinaire, dirigée par Raphaël Hammer, sociologue à la Haute Ecole de Santé Vaud, à Lausanne, se penche sur cette question. Vincent Barras, historien à l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique, et Manuel Pascual, du Centre de transplantation d’organes du CHUV, sont également de la partie. L’étude analyse, d’un côté, sur la base de documents historiques, comment le don d’organes s’est mué en Suisse en revendication sociopolitique. Ces documents proviennent d’archives d’hôpitaux, de celles de Swisstransplant, de revues médicales et de la presse grand public. D’un autre côté, les chercheurs étudient le rôle des organisations de patients, en se concentrant sur la Suisse romande. Les résultats intermédiaires sont plutôt décevants. « Apparemment, ces organisations n’arrivent pas à conférer une visibilité au don d’organes et à se montrer aussi efficaces que le Conseil positif (un comité de défense des intérêts des personnes atteintes du VIH,ndlr), par exemple », résume Raphaël Hammer, directeur de l’étude. Les quinze associations interviewées sont toutes très engagées. Elles s’occupent des personnes concernées, organisent des camps de vacances, des concerts et des events, elles envoient des newsletters à l’interne ou sensibilisent le public sur 34 Fonds national suisse – Académies suisses : Horizons n o 103 Un foie destiné à une transplantation à l’hôpital de la Charité à Berlin. Photo : Keystone/Laif/Dominik Butzmanndes stands. Pourtant, elles n’ont presque aucune influence sur le débat public. En termes de finances et de personnel, la plupart d’entre elles n’ont que peu de ressources, et leurs actions reposent sur l’initiative de quelques membres. Leur engagement est par ailleurs limité au niveau local, et les collaborations restent rares. Les plans d’une organisation faîtière nationale ont échoué il y a des années. Ce choix de faire cavalier seul est souvent dû au vécu personnel des individus concernés. Le fondateur et président d’A Cœur Ouvert a ainsi déclaré aux chercheurs qu’il s’engageait pour rendre le cadeau du don. « J’ai reçu de l’aide, il est donc logique pour moi d’aider les autres. » Désaccords sur la stratégie Une noble attitude. Toutefois, sur le terrain politique, un lobbying habile reste de mise. Raphaël Hammer suppose que le succès de l’organisation Conseil positif repose sur le caractère uni de la communauté – des séropositifs soutenus par un mouvement homosexuel bien organisé – dans la défense de ses revendications. Les choses sont différentes dans les associations qui militent en faveur du don d’organes. Les conditions pour qu’elles puissent serrer leurs rangs font défaut, et il y a aussi des désaccords sur les questions stratégiques. Certaines personnes interviewées soutiennent la « solution du consentement » prévue par la loi suisse sur la transplantation. Les organes d’une personne décédée ne sauraient être prélevés que si le consentement a été explicitement donné. D’autres, en revanche, sont partisans de la « solution de la pure opposition », où un silence est interprété comme un consentement. Il existe quand même un dénominateur commun. La plupart des organisations critiquent la politique neutre et prudente de la Confédération en matière de don d’organes. A leurs yeux, la devise de la campagne actuelle – « Avez-vous déjà été confronté avec la thématique du don d’organes » – ne va pas assez loin. « En matière de don d’organes, la neutralité ne signifie rien », a relevé une des personnes interrogées. Les statistiques misérables du don d’organes en Suisse semblent lui donner raison. Irène Dietschi est journaliste scientifique libre.
Photographee.eu/Shutterstock Culture et société La science comme métier Mener de front carrière et vie familiale, c’est ce que souhaitent également les jeunes scientifiques, révèle une enquête de la sociologue Ulle Jäger, de l’Université de Bâle. Basée sur 40 interviews menées en Suisse et en Allemagne, l’étude montre toutefois que cet objectif est difficile à atteindre, la carrière scientifique exigeant une grande disponibilité et de la mobilité. « Pour moi, deux scénarios sont envisageables », souligne la chercheuse. Dans le premier, les choses restent en l’état. Cela signifie que les hommes et les quelques femmes qui bénéficient d’un soutien à la maison peuvent plus facilement accéder à des chaires de professeur que leurs collègues qui vivent dans une relation de partenariat égalitaire. Dans le deuxième, les retards pris dans le plan de carrière parce que l’on a fondé une famille ou que l’on s’est occupé de parents âgés ne constituent plus un désavantage. Afin que ce deuxième scénario devienne réalité, les exigences actuelles devraient faire l’objet d’une remise en question. Est-ce qu’un séjour à l’étranger est indispensable pour tous les postes scientifiques ? Quelle est l’importance du nombre de publications pour une activité d’enseignement ? « Au lieu de se concentrer uniquement sur des critères d’excellence, les exigences professionnelles devraient être définies de manière à ce qu’une personne puisse être simplement « suffisamment qualifiée » et ne soit pas obligée de se dépasser lorsqu’elle souhaite faire rimer vie professionnelle et vie privée », fait valoir Ulle Jäger. Nora Heinicke Concilier vie professionnelle et privée ? Bibliothèque universitaire, Bâle Dans les années trente, la National-Zeitung ouvrait ses pages à des exilés allemands. Quand la Basler Zeitung se montrait libérale journal n’est autant demandé dans les cafés pragois « Aucun que votre National-Zeitung et elle est également très vendue dans la rue. Elle occupe une place particulière en tant que dernière parole libre dans l’espace germanophone. » C’est ce que Max Brod écrivait en hiver 1939 à Otto Kleiber, responsable de 1919 à 1953 du cahier culturel du quotidien bâlois National-Zeitung. A l’époque du national-socialisme, ce dernier accueillait des contributions d’auteurs allemands en exil. Des journalistes anonymes mais aussi des écrivains célèbres comme Bertolt Brecht et Erika Manny firent paraître, sous la rubrique « Unter dem Strich » (Tout compte fait), les textes qu’ils ne pouvaient pas publier dans l’Allemagne hitlérienne. La chercheuse en littérature Bettina Braun, de l’Université de Zurich, s’attache depuis trois ans à mettre en lumière l’importance encore largement méconnue de la National-Zeitung pour la littérature en exil entre 1933 et 1940. Elle a passé au peigne fin 5000 exemplaires du journal – qui comptait alors deux éditions quotidiennes – et y a répertorié environ 3500 contributions d’auteurs en exil. Elle les a ensuite placées dans une banque de données qui sera accessible ultérieurement aux autres chercheurs. Cet ensemble de textes constitue la base de sa thèse. La National-Zeitung qui, après sa fusion avec les Basler Nachrichten en 1977, est devenue aujourd’hui la Basler Zeitung y apparaît comme un havre pour la littérature en exil, au contraire de la NZZ de Zurich qui avait refusé d’imprimer ces textes critiques. A l’époque, la Basler Zeitung était véritablement libérale. Stefan Stöcklin B. Braun (2012) : Das literarische Feuilleton des Exils in der Schweiz – Die Basler « National- Zeitung ». Zeitschrift für Germanistik, cahier 3/2012 : 667–669. L’Afrique vieillit vite démographique ne préoccupe pas seulement les pays industrialisés, mais aussi les pays émer- L’évolution gents ou en développement. Une équipe de recherche du Séminaire d’ethnologie de l’Université de Bâle a étudié le phénomène du vieillissement de la population en Afrique, plus particulièrement en Tanzanie. « Vieillir en Afrique est lié à beaucoup d’incertitudes », note Brigit Obrist, responsable de l’étude. Une prévoyance vieillesse étatique ou des établissements médico-sociaux font généralement défaut, alors que les personnes âgées souffrent aussi de plus en plus de maladies chroniques et nécessitent davantage de soins. Les soutiens les plus importants sont la famille proche et élargie ainsi que la communauté. Selon le chef de projet Piet van Eeuwijk, ces réseaux traditionnels sont toutefois devenus fragiles et instables. Une protection complémentaire est offerte par de nouveaux modèles relationnels comme les contacts sociaux au moyen du téléphone mobile, l’aide financière apportée par des enfants vivant à l’étranger ou l’adhésion à des groupes du troisième âge. Malgré toutes ces incertitudes, les Africaines et les Africains s’efforcent de vieillir dans la dignité. La plupart d’entre eux, notamment les hommes, travaillent aussi longtemps qu’ils le peuvent. Et celui qui n’exerce plus d’activité lucrative assume souvent encore des tâches et des fonctions au sein de la famille ou dans l’entourage social. « Les personnes âgées restent des éléments influents dans la vie privée et publique », argue Brigit Obrist. Elles représentent ainsi des piliers sociaux et politiques importants pour la société en Afrique. Irène Dietschi Une participante à l’étude à Zanzibar avec la femme de son petit-fils et son arrière-petite-fille. Fonds national suisse – Académies suisses : Horizons n o 103 35 Sandra Staudacher-Preite



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :