Histomag 39-45 n°59 avr/mai 2009
Histomag 39-45 n°59 avr/mai 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°59 de avr/mai 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Le Monde en Guerre

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 3,5 Mo

  • Dans ce numéro : 1944, 10 équipes Sussex parachutées à Souppes-sur-Loing.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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NISTOMAG+44. et son épouse, son oncle Jean-Baptiste Lebas, maire de Roubaix et ancien ministre, Paul Joly et Jules Correntin, qui habite près de la frontière. Les passages clandestin de la frontière s'effectuent via Herseaux, Mouscron ou encore La Festingue (entre Toufflers, en France, et Néchin dans le Hainaut). Un service, trois secteurs Revenons-en à l'activité principale du service Martiny- Daumerie : le renseignement. Le réseau s'organise dès octobre 1940, et comptera en mai 1941, lorsque la police allemande y mettra une fin définitive, environ 300 agents et auxiliaires. D'une manière un peu artificielle (Car un réseau est comme un organisme vivant et non une entité statique), on peut y distinguer plusieurs secteurs et sections, assez bien séparés. Un premier noyau est constitué autour de Constant Martiny. On pourrait en effet considérer ce noyau comme une entreprise familiale, aidée d'amis personnels. Y sont impliqués, à des degrés divers, l'épouse de Martiny, sa fille Marie-Louise et le mari de celle-ci, René Elias ; Elvire Lambotte et Irma Marée, amies de Mme Martiny ; André Marée, neveu de la précédente et commis au service social de la SNCFB, son épouse et ses deux filles ; le fils d'un fonctionnaire de l'Aéronautique Civile et bien d’autre encore. Martiny lui-même recueillera des renseignements sur les champs d'aviation de Brustem, de Bierset et de Beauvechain. Les agents envoyés par Londres sont directement rattachés à Martiny. par Georges Hansoul (Evasions et renseignements sur les aérodromes). Un troisième secteur est dirigé par Edgard Cleempoel. Ce secteur comprend la cellule qui s'occupe des émissions radio à Bruxelles et de la réception des agents parachutés, et a des ramifications dans le Hainaut. Il comprend également un certain nombre de personnes qui organisent le départ de candidats à l'évasion. Comme on le verra plus loin, ce secteur sera pratiquement anéanti en février 1941. Au secteur de Cleempoel se rattache une section dirigée par Suzanne Vervalcke, employée à la Croix-Rouge de Belgique, disposant de plusieurs agents, dont François Verbelen (chef garde à la gare de formation de Schaerbeek, qui lui a fourni une dizaine de rapports sur le trafic ferroviaire allemand) et des fonctionnaires de la Protection Civile. En janvier et mars 1941, Vervalcke accomplira deux missions en France pour le colonel Daumerie afin de vérifier la ligne d'évasion. Au retour de la seconde, elle sera arrêtée le 13 avril 1941 à Chalon-sur- Saône, sur la ligne de démarcation. « Pianistes » et Funkspiel 8 Pour les Anglais, qui craignent toujours une attaque allemande, l'obtention rapide de renseignements, notamment sur l’aviation allemande, est d'une importance capitale. C'est d'ailleurs dans ce but que Martiny est envoyé en mission. Lors de son atterrissage, son poste émetteur a été endommagé. Par le colonel Daumerie, Martiny sera mis en rapport avec un radiotélégraphiste, le militaire de carrière Louis Fermeus, une connaissance de Cleempoel. Le renseignement en famille, René Elias, gendre et collaborateur de Martiny Le secteur dirigé par le colonel Daumerie correspond plusieurs sections, notamment celle de Créteur (Qui a des ramifications à Anvers, dans les Flandres et dans le Hainaut), une section dirigée par Ferdinand De Lobel (renseignements politiques et ferroviaires), une autre sous la direction de Poesmans avec des groupes à Bruxelles et Louvain, une autre encore dirigée 16 Fermeus répare le poste, et commence l'émission de télégrammes (Le premier est envoyé le 29 octobre 1940). Ceux-ci sont bien reçus à Londres, mais le poste de Martiny semble ne pas « entendre » les câbles que Londres lui adresse. C'est la raison pour laquelle un second poste sera parachuté dans la nuit du 21 au 22 novembre 1940. Ce poste est emporté par Emile Hingot, 38 ans, représentant de commerce, qui saute aux environs de Gembloux. Celui-ci a été recruté par l'Intelligence Service en août 1940. Comme Martiny, il passe d'abord chez les demoiselles Lambotte et Marée, qui gèrent un magasin de bonneterie au 154, de la chaussée de Vleurgat à Bruxelles, puis se présente au domicile de Martiny, auquel il remet le nouveau poste et des instructions. Il n'est toutefois pas envoyé comme opérateur radio, mais comme agent de renseignements. En cette qualité, il s'installe à Bruges pour observer la région côtière et une partie des Flandres, entre Knokke et Lille. Selon un rapport que Hingot a établi en Grande-Bretagne en 1942, après son retour, le service reçut en février des félicitations du gouvernement britannique pour des renseignements fournis sur les emplacements de la base pour sous-marins et hydravions à Ostende. A la mi-janvier 1941 est prévue l'arrivée d'un autre agent : Gaston Poplimont, 42 ans, fonctionnaire comme Martiny de l'Aéronautique Civile et parti en Angleterre avec celui-ci en mai 1940. Un « comité de réception » est prévu (Hingot seul), mais étant donné que le pilote ne voit qu'une lumière (Celle de Hingot), l'agent n'est pas largué. 8 NDLR : Funkspiel (Lit. jeu radio) est le nom donné à une opération de contre-espionnage allemand mise en place par la Gestapo. Elle consistait à utiliser les opérateurs clandestins capturés pour dialoguer directement avec l'ennemi, et en particulier avec la Grande-Bretagne.
NISTMAG+44. Il le sera, un mois plus tard, dans la nuit du 17 au 18 février 1941, entre Sombreffe et Cognelée, dans la province de Namur Lui aussi est porteur d'un poste et d'une somme de 225.000 FB (+/- 195 000 Euros actuels), destinée à Martiny. Lui aussi passe d'abord chez Elvire Lambotte et Irma Marée, puis chez Martiny, et s'installe ensuite comme agent de renseignements à Gand, chez le frère d'Edmond Desnerck, le compagnon de saut de Martiny, qui travaille également à Gand. Mais en février 1941 le premier drame s'abat sur le service. Le 21 de ce mois, au 49 de l'avenue Montjoie à Bruxelles, la police allemande arrête Cleempoel, le radio Fermeus et deux femmes, auxiliaires du service. Elle y installe une souricière et arrête dans les jours qui suivent tous les agents de Cleempoel : en tout, vingt agents du service. Les raisons exactes de ce drame ne sont pas connues. Une indiscrétion ou une dénonciation n'est pas à exclure, mais il est plus probable que la maison a été découverte par le radiorepérage (Gonio) allemand, car le 49 de l'avenue Montjoie est un des endroits d'où Fermeus émet régulièrement. Lors de l'irruption, la Geheime Feldpolizei 9 découvre aussi le poste et le code dont se servait Fermeus. Après l'arrestation de celui-ci, son poste a continué à fonctionner, mais il n'est pas établi qu'il fût desservi par l'opérateur lui-même (Fermeus a été fusillé à Berlin le 26 août 1942). La découverte de ce poste et du code a donné lieu au premier Funkspiel que les services allemands ont essayé d'exploiter contre l'Angleterre depuis la Belgique. Par chance, Martiny apprend l'arrestation de Cleempoel, de Fermeus et leurs compagnons dans les jours qui suivent le 21 février. Il déloge immédiatement - et heureusement - car la police allemande connaît son adresse et y installe également une souricière. Le 26 février, il s'installe avec sa famille à Kraainem (Stockel), chez les époux Babin- Marée, d'où il reprend les émissions le 7 mars sur le poste apporté par Poplimont. La première nouvelle qu'il annonce à Londres est celle de l'arrestation de Fermeus et de la prise de son poste, ce qui a permis au SIS de ne pas être dupe du ‘’Jeu-Radio » élaboré par les services spécialisés de l'Abwehr. Martiny prend aussi des mesures de sécurité. Il cloisonne les secteurs encore en activité, et décide de ne reprendre aucun des agents restés en liberté ayant appartenu à des secteurs « brûlés ». Entre le 7 mars et le 13 mai 1941, Martiny enverra 133 câbles à Londres, qui viennent s'ajouter aux 205 télégrammes émis par Fermeus entre le 29 octobre 1940 et le 21 février 1941 (La réception des messages envoyés de Londres n'a été possible qu'après l'arrivée de Hingot). Certains des renseignements transmis par Martiny ont donné lieu à des bombardements (La base pour sous-marins à Ostende, par exemple), et le SIS a qualifié Martiny d’agent exceptionnel. La fin C'est le radio-repérage allemand qui, le 13 mai 1941, met fin à l'activité du premier parachuté belge. La Funkabwehr 10 dispose de moyens techniques pour capter les signaux morse émis par des postes radio et pour localiser d'une manière assez précise 9 NDLR : La Geheime Feldpolizei (GFP) est l’organe exécutif de l’Abwehr spécialisé dans la lutte contre la Résistance. Pourla Belgique et le Nord de la France, le siège de la GFP se trouvait à Bruxelles, rue de la Traversière. la maison ou l'endroit d'où partent ces signaux, en utilisant notamment la goniométrie. Ce 13 mai, la GFP fait irruption au 30, avenue de Wezembeek à Kraainem. Martiny est surpris en pleine émission. La GFP l'arrête, ainsi que son beau-fils René Elias, devenu son bras droit depuis février 1941. Elle saisit également son poste, son code ainsi que sept carnets contenant le texte en clair des messages déjà transmis et – malheureusement - le nom d'un certain nombre d'agents du service. Cette trouvaille amène l'arrestation d'autres agents et celle du colonel Daumerie. A partir de mai 1941, la répression allemande s'abat sans merci sur les agents arrêtés. En tout, 78 inculpés paraîtront en 1942 devant les tribunaux allemands. Dix d'entre eux seront fusillés : François Verbelen, Marcel Legrain et Jules André le 24 juin, Cleempoel, Martiny, Daumerie, Elias et Fermeus le 26 août, et finalement Jules Doudelet (trois fois condamné à mort !) le 6 octobre et Gilbert Beckers le 16 décembre. La plupart des autres seront condamnés à des peines de prison ou à des années de travaux forcés. Dans sa lettre d'adieu à sa famille, écrite quelques instants avant son exécution et qui fait preuve de sa foi profonde, Martiny a écrit : ‘’Je meurs pour ma Patrie, pour la Belgique, pour mon Roi que j'ai servi jusqu'à mon dernier souffle en servant fidèlement l'Angleterre ». Il est en effet frappant de constater que Martiny, Hingot et Poplimont ont tous trois été chargés, à la veille de leur départ d'Angleterre, de remettre un message au roi Léopold. Ce message leur a été remis, pour les deux premiers certainement, par le ministre des Colonies De Vleeschauwer, dont le royalisme est connu. Le message confié à Martiny a été remis au comte Capelle, secrétaire du Roi, par Mme Martiny. Hingot, quant à lui, a été reçu froidement par Capelle. On ignore si Poplimont a pu remettre son message. La remise de lettres destinées au Roi par un ou des membres du gouvernement belge à Londres à des agents parachutés semble être devenue une coutume. Le premier parachuté pour Clarence, Jean Lamy, arrivé en janvier 1941, était également chargé de remettre un message au comte Capelle, et nombreux furent les agents lui succédant dans le même cas. Cette coutume, qui sort du domaine du renseignement et qui pouvait exposer les agents à des dangers supplémentaires, témoigne de la volonté du gouvernement de rechercher une réconciliation avec le Roi. Espoir vain, comme le démontra clairement la mission confiée à la fin de 1943 à François De Kinder, beau-frère du Premier ministre Pierlot, et qui s'est terminée par une fin de nonrecevoir de la part du Roi et par la mort tragique de De Kinder fusillé à Verdun le 31 août 1944, sans forme de procès. L'arrestation de Martiny, du colonel Daumerie et d'un grand nombre de leurs agents a mis fin au premier service de renseignements belge qui ait fonctionné au profit de la Grande-Bretagne. Mais d'autres réseaux ont pris la relève : le service Clarence d'abord, enfin reconnecté en janvier 1941, ensuite le service Mill, créé en août 1941, et Zéro et Luc, créés sur le terrain à la fin de 1940, mais qui ont dû attendre 1942 avant d'être en contact direct avec Londres. Source : Etienne Verhoeven in : ‘’Jours de Guerre » n°6 édit é par le Crédit Communal de Belgique Crédit photos : Collection Verhoeven et Cegesoma 10 NDLR : Branche radio du contre-espionnage militaire allemand. 17



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