Gend'info n°380 octobre 2015
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34 DOSSIER L’OBSERVATION-SURVEILLANCE GOS  : fORMAtIOn SAnS COnCESSIOn par la capitaine Gaëlle Pupin Une fois sélectionnés et affectés dans un Groupe d’observation surveillance (Gos), les futurs équipiers suivent sept semaines de formation initiale délivrée par le Centre national de formation à la police judiciaire (CNFPJ). Un enseignement unique et spécialement adapté pour devenir des « pros » de l’observation-surveillance. Les mains crispées sur le volant, une brève inspiration... Embrayage, passage de la première, le pied au plancher sur l'accélérateur... 50, 70, 90 km/h... La voiture fonce droit sur un mur à toute vitesse avant de freiner à la dernière seconde et de faire une manœuvre d'évitement. Non loin, deux voitures effectuent des slalom rapides en avant et en arrière autour de petits cônes. Au même instant, une autre voiture lancée sur un circuit frôle les barrières de sécurité à l'extérieur du virage, sans les toucher, suivant la trajectoire imposée... Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas d’un stage d’entraînement pour les brigades rapides d’intervention, mais de l’un des modules de formation pour les Gos, encadré par des membres du GIGN. « Il n'y a rien de surprenant à cela, explique l'adjudant-chef (ADC) Hugues R., formateur. Les prérequis du freinage, de l'évitement et de la maîtrise de la trajectoire sont les clés d'une bonne conduite lorsqu'on suit un véhicule. Pendant sept semaines nous formons des équipiers qui doivent être en capacité de gérer une filature, mais pas seulement. La filature n'est qu'un moyen. À nous de leur apprendre tout ce qu'il y a autour. » GIGN MAJ M. Biche Lors du module de conduite, le GIGN prévoit plusieurs ateliers  : freinage d’urgence et évitement, maîtrise de la trajectoire, etc. Des équipiers « multitâches et autonomes » La formation est progressive. « Pour le moment, on a surtout appris les techniques de base, explique un futur équipier. Beaucoup de filature, du camouflage, la photographie, entre autres… Ensuite on fait des restitutions sur des demijournées. » Pendant les trois premières semaines, en effet, les formateurs leur apprennent à effectuer une surveillance fixe, même dans des conditions dégradées, puis à suivre une target identifiée, à pied comme en véhicule. L'ADC R. précise  : « Faire une filature, ce n'est pas seulement être assis en voiture et suivre un véhicule. Il faut à la fois suivre une personne, se repérer dans le temps et dans l'espace, se positionner par rapport aux autres, utiliser le caméscope, l'appareil photo, la radio, le téléphone, la cartographie, etc. Chaque équipier doit être capable de faire tout ça pendant l'acte de filature. Il doit être multitâche et autonome. » Des entraînements concrets Le lendemain, changement de décor. Au départ de Fontainebleau, le groupe se prépare pour la mission du jour. Chaque équipier s'est muni d'un gros sac. « Il y a des vêtements kaki et du camouflage si on doit monter un dispositif dans la « verte », et plusieurs vêtements civils pour que nos « légendes » soient crédibles. Par exemple, une tenue de joggeur, ça peut être très utile pour prendre des informations en toute discrétion... » Les formateurs du CNFPJ ont prévu une mission sur toute la journée. Au programme  : la restitution de tout ce qu'ils ont déjà acquis. Un fil rouge qui va les emmener du domicile de la cible, tôt le matin, jusqu'au lieu d'un échange en fin de journée... Mais ils ne le savent pas encore. « La filature en elle-même ne change pas, explique le capitaine (CNE)
Yannick F., responsable de la formation. Ce qui change, ce sont les compartiments de terrain. » Environnement urbain ou rural, aéroport, centre-ville, autoroute... Les équipiers ne comptent plus les kilomètres ! Surveillance fixe, filature en voiture et à pied, tout le panel est utilisé. « La filature à pied est peut-être la partie la plus sensible », confie un équipier. « C'est en effet très révélateur professionnellement, confirme l'adjudant Arnaud A., formateur. Dehors on est à nu. Lors d'une filature à pied, c'est la configuration du terrain qui commande l'action. » Après plusieurs heures de filature, la cible rejoint un contact près d’un site à l'abri des regards. Les équipiers soupçonnent un « échange » et montent un dispositif d'observation en milieu dégradé. Infiltration discrète dans la forêt, les quelques derniers mètres se font en rampant. Tenue de camouflage enfilée. Les équipiers en poste d'observation sont à l'affût du moindre échange d'argent qui permettrait de matérialiser l'infraction. Les billets changent de main. Le signal est donné. Aussitôt, deux véhicules encagent la target et son acolyte. L'interpellation en milieu ouvert des deux individus clôture l'exercice. « Pendant encore plus de trois semaines, ils vont s’entraîner encore et encore sur des exercices différents, proches de la réalité, précise le CNE F. Les difficultés vont crescendo, notamment en termes de compartiment de terrain et de profil de target. Ils vont notamment se perfectionner lors d'une mission complète de trois jours, en groupe constitué ou par MI Dicom ADC F. Pellier L’interpellation en milieu ouvert est le point d’orgue de la journée de restitution des futurs équipiers. demi-groupe. » Il n'en dira pas plus. La destination restera secrète pour les équipiers jusqu'au jour J. Du « tactique » au « technique » Pendant ces sept semaines, la dimension de chef de groupe est également prise en compte. « Les officiers recrutés sont des futurs patrons de Gos, ils doivent être capables d'assurer le poste de chef de mission. À eux de prévoir la tactique, les moyens et la logistique. Nous repérons aussi les futurs gradés qui ont un ascendant naturel et le potentiel pour tenir ce poste. » La fin de la formation permet également aux équipiers de se familiariser avec des techniques propres aux Gos  : filature à moto, avec appui hélico, mais également techniques d'enquêtes spéciales dites « Perben » prévoyant des dispositifs de captation d'images et de sons. C'est notamment l'occasion pour le GIGN d'apporter de nouveau son expertise et son savoir-faire. Le CNE F. conclut  : « Si les équipiers ont la possibilité d'effectuer des stages de perfectionnement par la suite, comme la conduite ou la photographie, à la fin de ces sept semaines de stage, ils sont fin prêts à travailler au sein de leur Gos d'affectation. » 35



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