Gend'info n°380 octobre 2015
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16 MAGAZINE LSF « Signer » La par l'aspirant Angélina Gagneraud Comment un gendarme peut-il communiquer avec les sourds ou les malentendants et leur faire passer des messages essentiels de prévention ? La Brigade de prévention de la délinquance juvénile (BPDJ) du Pas-de-Calais (62) s'est intéressée au sujet en 2012. Elle est aujourd’hui l'unique BPDJ de l'Institution formée à la langue des signes. Premier contact avec une classe du CEJS afin d'annoncer le passage du Permis Piéton. L'ADJ Céline Cuvillier l’affirme  : « Passée la surprise, parents et enfants apprécient plus que jamais que nous fassions l'effort de signer et surtout, qu'un service public face un pas dans leur monde. » Sirpa Gend MAJ F. Balsamo
prévention À quelques minutes de la récréation, cet après-midi-là, deux femmes se présentent devant des élèves de CP/CE1. Elles utilisent leurs mains pour épeler chaque lettre de leur prénom, puis montrent le signe qui les représente. Anne entoure le côté de son œil droit avec sa main, comme une moitié de jumelle. Cela signifie qu'elle est « à l'écoute ». Céline, quant à elle, dessine un sourire avec ses index. Sa personnalité joviale la distingue. Puis, c'est au tour des élèves. Les enfants ne quittent pas les deux femmes des yeux, sauf pour rechercher l'approbation de leur professeur. L'ambiance est conviviale, détendue. Passée la surprise de communiquer en langue des signes avec deux gendarmes, les jeunes élèves osent s’exprimer. « Le contact est plus facile qu'avec un interprète, plus direct. C’est ainsi que nous travaillons avec les enfants, qu’ils entendent nos voix ou non », confie l'adjudant-chef (ADC) Anne Bourbon, commandant la BPDJ 62. Depuis un an, chaque militaire de son unité est formé à la langue des signes. Ils interviennent au profit de plusieurs structures et associations, dont le Centre éducatif des jeunes sourds (CEJS) d'Arras. Celui-ci, le plus important du Nord de la France, accueille près de 270 élèves, de la maternelle aux études supérieures. Dépasser le handicap « Pour les sourds, la barrière de l'audition induit un manque d'informations qui nous semblent pourtant naturelles, explique l’ADC Bourbon. Ils ne connaissent que très peu la loi et, parfois, leur compréhension de certaines notions est complètement biaisée. » Cette prise de conscience débute en 2012, lorsqu'une éducatrice du centre prend contact avec la gendarmerie à la suite d'un article publié dans le journal local. « Il relatait une de nos interventions dans un collège du département, se souvient l'adjudant (ADJ) Céline Cuvillier. Elle souhaitait faire bénéficier ses élèves d'une action de prévention sur le thème des dangers des addictions. Nous avons évidemment accepté et, par la force des choses, nous avons fait appel à un interprète. Mais l’interaction était difficile car les délais de traduction s’avéraient trop longs. » Le projet d’une formation à la langue des signes pour les gendarmes de la BPDJ a obtenu toutes les adhésions. « Il prenait tout son sens car il nous permettait de ne pas exclure une population de nos messages de prévention », insiste l'ADC Bourbon. Désormais, une égalité de traitement sur tout le groupement est appliquée. Surtout, les élèves du CEJS bénéficient, au même titre que tous les élèves de France, des interventions de l'unité. Un apprentissage long et passionnant « Le financement n’a pas été simple à trouver, mais, finalement, la Fondation de France a débloqué les crédits pour permettre la formation des militaires jusqu'au huitième niveau par l'association Trèfle d'Arras », précise le capitaine Didier Petit, officier adjoint prévention partenariat au moment du montage du dossier. Il faut atteindre le quatorzième niveau pour être qualifié « bilingue » (une semaine par niveau). L'ADJ Cuvillier a été la première à suivre le stage, fin 2014  : « C’est étrange mais… on perd vite l'envie de parler. Moi qui suis d’un naturel loquace, je me suis prise au jeu. Et suis devenue aussi bavarde avec les mains ! » Au début de la formation, les militaires confient qu'ils devaient faire preuve d'une grande concentration et s'entraîner à une nouvelle gymnastique. « Les phrases sont construites différemment et de manière très imagée  : d'abord il faut situer la scène avec le « quand » et le « où ». Puis les protagonistes, en précisant le « qui » et le « quoi ». Enfin, l'action. Les gestes en eux-mêmes sont logiques ou culturels. L'expression du visage est également déterminante », explique l’adjudant. Sirpa Gend BRI S. Chouya Se mettre dans la peau de l'auditoire « Notre première intervention devant les élèves avait pour cadre le passage du permis Internet, se rappelle l'ADJ Cuvillier. Nous avons adapté le module pour imager chaque notion et l'accompagner d'un motclé. » Pour une parfaite compréhension de leurs interventions, les militaires se mettent dans la peau des personnes composant leur auditoire. Ils doivent faire preuve d'empathie. « Notre défi lors de chaque présentation est de réfléchir en sourd, conclut l'adjudant. C'est un autre monde qui s'est ouvert à nous depuis notre première intervention. Un monde particulier, cloisonné, avec ses codes et sa propre culture, un monde dans lequel il nous faut nous adapter et être acceptés. » Une initiative récompensée À la suite de sa formation et de ses premières actions de prévention, la BPDJ 62 a proposé son dossier au « Prix de la prévention 2015 », organisé par le Sirpa. Le 17 juin, l'action de l'unité a été vivement saluée par une mention spéciale du jury. 17 De gauche à droite  : l'adjudant Céline Cuvillier, BPDJ 62 et première formée à la langue des signes, le colonel Jérôme Bisognin (ancien commandant du GGD62) et le capitaine Didier Petit (ancien officier adjoint prévention partenariat du GGD62).



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