Gazette des Armes n°75 octobre 1979
Gazette des Armes n°75 octobre 1979
  • Prix facial : 12 F

  • Parution : n°75 de octobre 1979

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Régi'Arm

  • Format : (204 x 293) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 55,6 Mo

  • Dans ce numéro : le pistolet de bord modéle 1786.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LE SYS TREUILLE D par Pierre LORAIN Il est au musée de l'Armée un superbe "cavalier des Cent-Gardes" ; mais il n'y avait pas que sa noble allure qui attirait nos regards émerveillés d'enfant ; avouons plutôt que la carabine qu'il portait, prolongée d'une extraordinaire lame droite comme une lance, nous fascinait et éclipsait, par son aspect incontestablement moderne, tous les vieux fusils à percussion équipant les autres mannequins de la salle. Il y avait aussi le calibre réduit qui s'opposait aux énormes tubes des armes d'infanterie de l'époque, et surtout une très curieuse culasse dont nous cherchions vainement à percer le secret de l'ouverture. Pour l'enfant que nous étions, il y avait là un anachronisme incompréhensible, une arme futuriste, qu'inconsciemment nous classions à l'égal des fusils de la Troisième république. C'est bien plus tard que ce "mousqueton des Cent-Gardes" nous révéla ses mystères en perdant, hélas ! un peu de son attrait. Mannequin d'un cent-garde en grande tenue avec soubreveste armé d'un fusil-lance modèle 1854. On remarquera l'anachronisme de notre homme entre sa tenue qui évoque volontairement le souvenir des grands anciens et l'armement moderne qui préfigure les armes tirant des projectiles de petit calibre haute vitesse initiale. (Collection du musée de l'Armée.) Les origines Deux hommes sont à l'origine de la création du mousqueton des Cent-Gardes ; l'un, Treuille de Beaulieu, était un polytechnicien passionné de balistique, esprit indépendant qui visait à l'élaboration d'armes sortant de l'ornière de la routine ; l'autre n'était rien moins que le Prince-président, futur empereur des Français et, comme chacun sait, non moins passionné d'artillerie et de tir. Tous deux avaient le même âge, une passion commune devait normalement les rapprocher. Le premier avait étudié, dès 1841, en tant que capitaine à la manufacture d'armes de Châtellerault, un fusil de rempart ; il avait participé à la mise au point de la carabine Thiéry, inventé et réalisé une machine nouvelle pour rayer les canons des armes portatives. Après un séjour à l'École d'artillerie de Bourges, Treuille de Beaulieu devint directeur-adjoint
EME E BEAULIEU 1854 Fusil-lance, modèle 1854, dit des "Cent-Gardes". L'arme est très élégante et très moderne d'aspect si on la compare aux fusils à percussion de gros calibre qui équipaient l'infanterie de l'époque. Remarquer la longue détente peu incurvée, confortable, facilitant un départ du coup très doux en évitant le "coup de doigt" toujours fatal à la précision du tir. Embouchoir, capucine et plaque de couche en laiton. Un seul ressort extérieur à l'arme et formant pontet. Une arme de luxe, relativement courte et bien équilibrée, d'une finition impeccable. L'invraisemblable "sabre-lance" dont la longueur égalait celle du fusil. En dépit de ses proportions, ce "sabre-lance" est l'une des armes blanches les mieux équilibrées qui soit manoeuvrée comme un fleuret, la lame "part en avant" à la moindre sollicitation du poignet. Utilisée seule une redoutable arme de duel probablement conçue par un escrimeur en renom ; mise au bout du fusil : un assemblage hétéroclite, impropre tout service et faussant le canon au premier impact. A l'atelier de précision du dépôt central de l'artillerie. Il devait y servir de 1851 à 1876 et terminer sa carrière comme général de division. C'est de cette dernière période que datent ses plus importants travaux : études de canons de campagne rayés, d'un canon de 30 se chargeant par la culasse pour la Marine, du canon de gros calibre qui se rendit célébre dans notre histoire sous le nom de "Marie-Jeanne" ; recherches sur l'aérodynamisme des projectiles d'artillerie, création du premier "frein de bouche" adaptable à des pièces de fort calibre, et nous en passons... Le général Treuille de Beaulieu, d'un caractère entier, exigeait qu'une fois le but défini, on lui laissât les mains libres quant aux moyens nécessaires pour l'atteindre. Il est certain que l'influence du président de la République dut jouer pour qu'il acceptât des recettes et des conseils pour la réalisation d'une arme nouvelle des tinée, dans l'esprit de son auteur, au service de la cavalerie. Le futur Napoléon III fit donc part de ses desiderata au directeur de l'atelier de précision : Louis-Napoléon avait été frappé par la simplicité du fonctionnement de la carabine de salon de Monsieur Robert fort à la mode à Paris. Chacun connaît cette carabine qui devait se perpétuer, sans modifications majeures, jusque dans les premières années du XXe siècle et qui lirait des petites cartouches métalliques amorcées contenant une très faible charge de poudre noire. L'arme permettait de s'exercer au tir en toute sécurité à l'intérieur même des habitations ; les dames de la société prenaient volontiers plaisir à ce jeu. Si Treuille de Beaulieu se mit sans doute au travail avec enthousiasme pour mener à bien cette transformation d'arme de salon en arme de guerre, les impératifs du Prince-président qui désirait que l'arme se rapprochât le plus possible de la petite carabine Robert ne durent guère lui faciliter la tâche. Cependant, dès 1852, les armes de présérie étaient prêtes ; du point de vue de la balistique pure, les résultats dépassaient les espérances. La science de Treuille de Beaulieu lui avait permis d'étudier et de faire manufacturer par la firme Gévelot une cartouche à broche du type Lefaucheux, à culot de cuivre et corps de carton, tirant une balle ogivale en plombd'une masse de 11 g et d'un calibre de 9 mm à la vitesse initiale, énorme pour l'époque, de 547 mètres par seconde. Les essais de pénétration surprirent tous ceux qui assistèrent aux essais : avec cette nouvelle cartouche, directement dérivée des cartouches des fusils de chasse, les cuirasses étaient perforées à toutes les distances usuelles du combat ; la puissance de pénétration des projectiles de 9 mm de faible masse et de haute vitesse dépassant de très loin tout ce que les gros fusils d'infanterie de l'époque étaient capables de faire. De plus, la précision était excellente. Premiers essais, premiers succès Le principe du chargement par la culasse avait, bien entendu, été adopté car on reprochait aux armes à chargement par la bouche destinées à la cavalerie, le serrage insuffisant de la balle dans le canon lorsque l'arme était maintenue à la selle, le canon dirigé vers le bas. Cependant, si le principe de la cartouche Lefaucheux avait été reconnu comme le meilleur, on ne pouvait accepter pour un service de guerre une arme dont le chargement n'aurait pu s'effectuer qu'en "brisant" cette dernière à la façon des armes de chasse. Le système élémentaire de la "culasse-chien" de la carabine Robert, suffisant pour résister au très faible recul des petites cartouches, était inadaptable au tir de cartouches puissantes, et Treuille de 11



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