Gazette des Armes n°188 avril 1989
Gazette des Armes n°188 avril 1989
  • Prix facial : 30 F

  • Parution : n°188 de avril 1989

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Régi'Arm

  • Format : (204 x 283) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 67,1 Mo

  • Dans ce numéro : antiterroristes vénézuéliens, les armes de la guerre sainte.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 66 - 67  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
66 67
LA PÊCHE A LA BALEINE OU L'ARTILLERIE BALEINIÈRE ! E 4. - Texte et photos J.R. Clergeau 2e partie Tant que l'on se contenta d'attaquer uniquement les cétacés fourvoyés dans des eaux peu profondes, où ils finissaient presque toujours par s'échouer, les dangers n'étaient pas bien grands et la victoire certaine. Criblant leur victime de flèches et de javelots, les chasseurs avaient toujours le dernier mot. La « bombe-lance 0 Il s'agit-là d'une invention américaine qui se vulgarisa vers 1850 et fut employée avec succès jusqu'à la fin de la chasse traditionnelle de la baleine, au harpon à main. Elle était destinée à remplacer la lance, dans la phase finale et la plus dangereuse de la chasse, en logeant dans le corps de la bête un projectile explosif. L'effet était certain et immédiat, si ce projectile était bien placé et en tous cas il la mettait suffisamment à mal pour affecter sa défense. De plus, cette bombe-lance pouvait être tirée à plusieurs mètres, alors qu'avec la lance à main classique, on devait venir presque toucher l'animal. Cela A permettait donc de se tenir à distance respectueuse des soubresauts et des redoutables coups i\e de queue de la baleine harponnée. s Cette bombe-lance se composait d'un tube de•'lb fonte aigre de 40 cms de long et de 2 à 3 de dia-. 66 MIlii.- — mètre, contenant une centaine de grammes de poudre noire et que terminait une pointe en forme de pyramide triangulaire, facilitant sa pénétration. Elle était vissée sur un tube de plus faible diamètre, abritant une mèche fusante. Le tout s'enfonçait dans le canon d'une sorte de gros mousqueton, court et de fort calibre, l'arrière du tube porte-mèche étant engagé dans un trou percé au centre de l'épaisse bourre de cuir placée sur la charge qui lui communiquait le feu de sa déflagration. La pointe de la bombe dépassait alors de 2 à 3 cms de la bouche du canon, et au départ du coup, la mèche du tube ainsi allumée faisait, en fin de combustion, exploser la bombe. Ainsi, tirée sur une baleine, la bombe-lance pénétrait profondément dans ses chairs pour éclater au bout de quelques secondes. La portée théorique était de 15 à 30 bras- 1 I aaty im Baleine morte, traînée sur une grève pour la dépecer. En arrière plan, un petit baleinier A vapeur, armé d'un canon Sven Foyd. La scène se passe dans le Mord de la Norvège, vers 1885. ses, soit de 24 à 48 mètres, mais dans la pratique il fallait tirer de beaucoup plus près car l'engin était d'une imprécision notoire. Ainsi Thiercelin cite une demi-douzaine de ces bombes-lances successivement tirées à quelques mètres sur un gros cétacé, avant que la dernière finisse par atteindre son but. Il arrivait aussi que la mèche ne s'enflamme pas, ou simplement s'éteigne, ce qui réduisait la bombe au rôle de projectile inerte. C'était sans doute dans ce cas désagréable pour la victime, mais n'amenait pas sa mort immédiate, comme une explosion bien placée. Pour éviter ces déficiences de la mèche, on remplaça bientôt celle-ci par une tige percutrice mobile, dépassant de la pointe et venant à l'impact frapper une amorce, suivant une disposition déjà employée par de nombreux lanceharpon à poudre. Le tube porte-mèche fut alors souvent supprimé, ce qui réduisit sensiblement la précision du fait de l'absence de cet empennage. Le célèbre Devismes, de son côté, essaya, pour remplacer la bombe-lance, sa fameuse balle explosive dont il avait augmenté les dimensions et qui, tirée dans une arme rayée de fort calibre, avait une parfaite précision. Mais malgré son agrandissement, le nouveau projectile était encore trop faible et l'arme loin d'obtenir les résultats escomptés. GAZETTE DES ARMES fl° 1881
Cependant, malgré ses défauts, la bombe-lance finit par devenir d'usage général à bord des anciens baleiniers à voiles ou mixtes restés fidèles au harpon à main. Elle ne fit pas pour cela disparaître la lance ordinaire, que l'on conserva concurremment et considérait comme plus fiable. Il arrivait alors que l'officier qui était passé à l'avant pour achever la baleine hésite dans le choix de l'arme et laisse ainsi au cétacé le temps de replonger. Cet incident est souvent rapporté à l'époque, mais sans doute surtout par les détracteurs du nouvel engin. Aussi, si pratiquement tous les baleiniers dans les années précédant 1870 étaient munis de « bombes-lances », les avis restaient partagés quant à leurs avantages et conditions d'emploi. De nos jours, cette « bombe-lance » est restée en usage chez les Esquimaux qui, à bord de leurs légers kayaks de peau (on en fait maintenant souvent en plastique), continuent à harponner à la main les gros cétacés, qu'ils poursuivent ensuite pour les achever. Des peaux de phoques gonflées, attachées à la ligne du harpon, ralentissant leur fuite et les gênant pour plonger, permettent ainsi de les approcher pour leur envoyer quelques-uns de ces engins explosifs, plus faciles à employer que la lance à main, à bord de leurs embarcations d'un équilibre précaire où l'on ne peut se tenir autrement qu'assis. La 4 (bombe-lance empoisonnée » L'idée d'un projectile empoisonné pour achever la baleine harponnée se perd dans la nuit des temps. Ainsi, depuis des époques très reculées, les indigènes des Iles Aléoutiennes empoisonnent leurs harpons, probablement avec une sorte d'aconit. En Europe, au XIX& l'idée en vint à plusieurs « savants », en particulier à Giffard, « touche à tout de génie », qui imagina d'employer à Scrimshaw «, représentant une chasse â la baleine. Au milieu, le trois mats baleinier qui a dispersé ses embarcations sur plusieurs cétacés. Il s'agit en l'occurrence de cachalots, reconnaissables à leur tête massive et au jet de leur évent, dirigé vers l'avant. Des albatros volent dans le ciel. L'art du Scrimshaw, gravure sur ivoire avec la pointe d'une aiguille â voiles et ensuite passée au noir pour mieux faire ressortir le trait, était tris pratiqué chez les marins baleiniers du siècle dernier, utilisant principalement comme support les dents de cachalot. Ici, on s'est servi d'une défense de morse. 1111. GAZETTE DES ARMES N°188 cet effet l'acide prussique, ou cyanure, qui présentait l'avantage d'une mort instantanée de l'animal. Mais il appartenait à un médecin obscur, Thiercelin, de réaliser la chose sous une forme pratique. Embarqué une première fois, en 1837, sur le baleinier « Ville de Bordeaux Thiercelin avait été témoin des premiers essais de bombes-lances, encore bien primitives à cette époque. Débarqué après une campagne de deux ans et s'étant installé à terre, il ne cessait d'étudier cette question du poison, dans lequel il voyait la solution définitive du problème. C'est ainsi qu'il abandonna l'idée du cyanure, du fait de sa conservation limitée, obligeant à le préparer en mer, presque au fur et à mesure des besoins. Or, déjà dangereuse à terre, le chimiste Scheele qui le découvrit étant mort en se livrant à cette préparation, la chose l'était encore plus à bord, dans la cabine exiguë d'un baleinier, continuellement agité par la mer. Thiercelin l'avait cependant tenté, mais bien qu'ayant réussi, il s'était juré de ne plus recommencer. Il chercha alors à composer un poison aussi rapide, mais de manipulation moins dangereuse et d'une durée de conservation suffisante pour pouvoir en emporter la provision nécessaire à une longue campagne. Ainsi finit-il, après de multiples expériences sur des chiens et même des chevaux, par aboutir à un mélange, probablement strychnine et curare, lui offrant toutes les garanties et l'efficacité nécessaire. Placé dans une bombe-lance, en remplacement d'une partie de la poudre, il en faisait un projectile d'effet certain et immédiat. La dose de poison était d'une quarantaine de grammes, suffisant d'après ses calculs pour venir à bout en quelques minutes d'un cétacé de 85 tonnes, considéré comme le maximum de ceux que l'on était appelé à rencontrer. Muni d'une certaine quantité de ces engins, il s'embarqua en 1863 au Havre sur le baleinier « Gustave », pour achever de mettre au point son projectile. Malheureusement, comme il en avait été pour François Armand, capitaine et équipage, non seulement ne le secondèrent pas, mais firent preuve d'une mauvaise volonté évidente. Cependant, les résultats étaient probants et ainsi, un tireur ayant manqué une baleine harponnée, le projectile passant par dessus vint frapper une seconde baleine placée à plusieurs mètres derrière, qui trépassa aussitôt. A la lumière de ce Publicité pour la fusée-harpon de Lillienthal, parue sur le « Merchant Transcript » de flew York en 1865. Réellement, c'est un bazooka. résultat, Thiercelin voulut alors que l'on tire la bombe-lance d'abord et le harpon ensuite, ce dernier n'ayant plus, comme fonction, que d'assurer la prise. Mais il ne put se faire entendre des officiers et des harponneurs du » Gustave », qui ne voulurent jamais l'admettre ni tenter l'expérience. Aussi, la campagne finie, Thiercelin, écoeuré de cette incompréhension et conscient d'avoir touché au but, revint à sa clientèle de terre et ne voulut jamais réembarquer. L'idée du projectile empoisonné allait être alors, pendant un temps, reprise par Devismes dans les fusils lance-harpon, mais sans grand succès, toujours du fait d'un calibre trop faible. Il allait cependant obtenir quelques résultats avec des



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 1Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 2-3Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 4-5Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 6-7Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 8-9Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 10-11Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 12-13Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 14-15Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 16-17Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 18-19Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 20-21Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 22-23Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 24-25Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 26-27Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 28-29Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 30-31Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 32-33Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 34-35Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 36-37Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 38-39Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 40-41Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 42-43Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 44-45Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 46-47Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 48-49Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 50-51Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 52-53Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 54-55Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 56-57Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 58-59Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 60-61Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 62-63Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 64-65Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 66-67Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 68-69Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 70-71Gazette des Armes numéro 188 avril 1989 Page 72