Fugues n°36-04 juillet 2019
Fugues n°36-04 juillet 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36-04 de juillet 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Nitram

  • Format : (178 x 260) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 55,4 Mo

  • Dans ce numéro : pour un été chaud...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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la liste 2O19 de l’été LES VARIATIONS SENTIMENTALES D’ANDRÉ ACIMAN Une histoire de désir Le nouveau livre d’André Aciman s’apparente à une suite de Call me by your name, qui vient d’être édité en format de poche (au Livre de poche) et qui a été adapté au cinéma par James ivory et Luca Guidagnino. Les variations sentimentales (« enigma Variations » en anglais, de 2017) sont une histoire de désir composée en cinq temps. Divisé en cinq grandes parties, le roman éveille tous nos sens, nous rend sensible à toutes les variations du cœur. Nous refermons le livre à la fin encore tout vibrant au récit des passions du narrateur prénommé Paul. Dès les premiers mots du roman, « Je suis revenu pour lui », nous sentons que nous allons être entraînés dans un tourbillon d’émotions, dans une série d’affects de l’amour avec tout ce qu’il emporte avec lui  : l’attente, l’obsession, la folie, la souffrance. On est emportés dans les errements du sentiment amoureux  : de l’attirance à la tendresse, de l’obsession à son abandon, de la lassitude du désir à son renouvellement, ce que décortique minutieusement Aciman. Tout tournera autour de Paul, qu’il soit en Italie, comme dans le premier chapitre du roman, ou à New York, comme dans les chapitres suivants. On ne sera pas surpris que le chapitre soit intitulé Premier amour. C’est celui dont se souvient Paul lorsqu’il revient à San-Giustiniano où résidait sa famille. Il est adolescent et il est attiré par un homme de trente ans, Giovanni, ébéniste connu sous le surnom de Nanni. Les souvenirs se bousculent dans sa tête d’autant qu’il ne reconnaît pas l’île de son enfance quasiment abandonnée. Paul cherche dans les ruines du village à restructurer son désir, à faire revivre les émois de cette attirance. Lorsqu’il a vu Nanni, tout de suite il a voulu être auprès de lui, lui demandant de pouvoir même travailler le bois avec lui. Et voilà que la première douleur de l’amour s’est faite jour, elle était à la fois la brûlure et son baume. Dans son souvenir, le narrateur aurait dit  : «... le doute est amour, la crainte est amour, même le mépris que tu éprouves est amour. » C’est ainsi que Paul fait son éducation sentimentale. C’est presque la même histoire, quelque vingt ans plus tard, que vit le narrateur à New York, dans le chapitre Fièvre du printemps. Tous les matins, en un printemps précoce, Paul joue au tennis. Il remarque un joueur qui semble indifférent à ses regards insistants. Il vit avec Maud et le couple semble stable, et pourtant quelque chose survient, qui sera développé dans la troisième partie du livre intitulée Manfred. Paul devient obsédé par cet homme. Il l’examine dans le vestiaire, le regarde nu sous la douche où se révèle un corps parfait. Ce troisième chapitre est probablement le plus beau du roman, dans lequel se développe l’amour de Paul pour Manfred. C’est le temps de la félicité. Le fantasme de Paul est d’appartenir à Manfred. Dans Amour stellaire, Paul retrouve un amour de collège, Chloé, il en retombe immédiatement amoureux alors qu’il vit dorénavant avec Manfred. La vie poursuit son cours, comme avec Heidi, une jeune journaliste qui lui demande des conseils, dans Abingdon Square, la cinquième partie, où les jeux de l’amour passent principalement par des e-mails. Une attirance intellectuelle se développe, mais est-ce suffisant quand l’autre, Manfred, est en Allemagne, et que survient une attirance sexuelle ? Ainsi se poursuit ce roman tout en circonvolutions, en dédales et en sinuosités. André Aciman tente de saisir ce qui est insaisissable  : les méandres de l’amour. L’amour est un pays où on peut être soit un citoyen, soit un touriste. L’amour peut être irréel, mais il est toujours chagrin, regret, jamais équilibré, il faut constamment l’apprivoiser, faire sans cesse avec lui l’apprentissage de la vie. Le romancier nous embarque dans les fantasmes de l’amour, dans les rêves érotiques, dans les impulsions incontrôlables du cœur. Son livre est complexe, s’enroulant dans les sentiments sexuels, suivant le réseau des émotions qu’ils suscitent. Le roman est subtil dans ses digressions, plein d’évocations sensuelles, chatoyant dans la révélation de toutes les facettes du désir. Mais l’amour reste une énigme (comme le rappelle le titre anglais original), énigme comme les sentiments et les personnes, énigme comme soi-même et l’autre. 6 ANDRÉ ROY LES VARIATIONS SENTIMENTALES/André Aciman, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne D’amour, Paris, Bernard Grasset, coll.  : En lettres d’ancre, 2019, 367 p.JOYEUX POLISSONS Dans la grande tradition d’excellence des beaux livres, Nicole Canet frappe de nouveau un grand coup avec la publication de ce superbe recueil de photographies homoérotiques rares et, en l’espèce, présentées ici pour une première fois à un public ébahi. L’ensemble est constitué d’un florilège de petits formats qui, entre la fin du 19 e et le début du 20 e siècle, étaient passés sous le couvert du manteau entre amateurs de plaisirs masculins. Il ne reste, bien évidemment, que peu d’exemplaires de ces clichés puisque, à la mort des détenteurs, ils étaient bien souvent détruits par des héritiers à la morale corsetée qui les contemplaient avec stupéfaction et dégoût. Heureusement, grâce à des meubles secrets et des tiroirs à double fonds, certains ont survécu au passage du temps. Généralement filmées dans le cadre discret d’une maison close ou du studio d’un photographe, elles se distinguent souvent par un côté parfois maladroit, bien que chez certaines, on surprenne parfois un échange de regards énamourés, croqués sur le vif. À l’époque, les amateurs pouvaient les acquérir pour garnir leurs collections (et fantasmes) personnels, mais elles étaient également utilisées, au cœur de certaines maisons closes pour stimuler l’intérêt des visiteurs. L’ouvrage présente d’ailleurs certaines cartes-catalogues qui permettaient de faire un choix dans les photographies offertes en les assemblant en thèmes qui semblent parfois un peu étranges  : Esthètes, Parisiens de la décadence, Enculeurs modernes, Plaisirs olympiens (aux poses plus acrobatiques), Distraction (costumes de marin et faux décor portuaire), Pédérastie (hommes plus âgés où seul le partenaire passif est complètement nu), Paul et Virginie (hommes d’origine moyen-orientale). Comme les pratiques homosexuelles étaient condamnées, les photographes et les modèles sont anonymes bien qu’un faible nombre a pu être associé au photographe Vincenzo Galdi, en raison d’une numérotation aisément identifiable. Quelques éléments insolites sont à signaler. Une section consacrée à la première "porn-star" de l’histoire  : un homme non identifié qui revient régulièrement au fil de photos prises en 1895 et qui semble donc avoir suscité un grand engouement auprès du public visé. Quelques photographies en stéréoscopie, le 3D de l’époque, dont la plus ancienne fut réalisée en 1860. Certains hommes arborant une moustache particulièrement fourchue et bien érigée. Des clichés du bordel « Aux belles poules » et, finalement, une photographie intitulée Orgie garçonnière, prise en 1895, et mettant en scène 15 hommes en pleine action ! Un ouvrage fascinant qui nous mène aux portes des chambres à coucher des siècles passés nous offrant ainsi le loisir de jeter un œil au trou de serrure de ces dernières ! À noter que les textes de présentation sont présentés en français et en anglais. 6 BENOIT MIGNEAULT JOYEUX POLISSIONS  : PHOTOGRAPHIES HOMOÉROTIQUES CLANDESTINES, 1860-1930/Nicole Canet. Paris  : Éditions Galerie Au bonheur du jour, 2019. 215p.
RÉGION DE QUÉBEC_ACTUS UN NOUVEL ÉLOGE DE LA DIVERSITÉ SEXUELLE POUR MICHEL DORAIS À l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie du 17 mai, le sociologue de la sexualité Michel Dorais a publié une révision en profondeur de son ouvrage Éloge de la diversité sexuelle initialement paru en 1999. Nouvel éloge de la diversité sexuelle est le trentième livre que publie ce professeur et chercheur de l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval. En entrevue à Fugues, il fait remarquer que c’est l’un des rares ouvrages francophones, basés en particulier sur des données scientifiques, à faire le point sur les divers aspects de la diversité sexuelle et de genre (sociologique, psychologique, anthropologique, biologique). Il déplore que plusieurs faussetés soient encore véhiculées, notamment sur le Web, par exemple sur les personnes transgenres, trop souvent associées aux travestis, alors que ce sont des réalités différentes. Michel Dorais a décidé d’actualiser son livre sur la diversité sexuelle et de genre en constatant que tous les exemplaires de son Éloge de la diversité sexuelle s’étaient écoulés (environ 4000 exemplaires) et que les réalités LGBTQ+ avaient énormément évolué depuis vingt ans. « Par exemple, il y a aujourd’hui deux à trois fois plus de jeunes qui se disent LGBTQ+  : les chiffres atteignent parfois les 20% ! Le vocabulaire même pour parler du sexe, du genre et de la sexualité s’est beaucoup élargi, au point que les gens ont parfois de la difficulté à s’y retrouver. J’ai donc voulu aider à comprendre et faire comprendre la diversité sexuelle et de genre aujourd’hui », explique-t-il. La communauté LGBTQ+ doit demeurer vigilante Son bilan des vingt dernières années sur l’acceptation d’une diversité sexuelle au Québec est 805027//086 FUGUES.COM JUILLET 2019 positif. Il cite les avancées suivantes  : la possibilité pour les couples de même sexe de se marier civilement, d’avoir ou d’adopter des enfants, et la possibilité pour les personnes trans de changer la mention du sexe et, s’il y a lieu, leur prénom figurant à leur acte de naissance. Toutefois, l’auteur suggère à la communauté LGBTQ+ de demeurer vigilante. « Au Québec, nous avons progressé, encore que des pas restent à faire. Par exemple, plusieurs parents s’opposent pour des motifs religieux à ce que l’on parle des réalités LGBTQ+ dans les nouveaux cours d’éducation à la sexualité. Et des écoles ne savent pas comment réagir. Il y a de la difficulté à reconnaître que les questions LGBTQ+ sont des questions de droits de la personne, de respect de soi et des autres que tous les futurs citoyens et citoyennes doivent connaître ». La nouvelle édition comprend 75% de contenu nouveau, notamment quatre encadrés de la biologiste Sophie Breton (Les comportements homo-, bi-, pansexuels chez les animaux, Y a-t-il un genre chez les animaux ? Etc.) et un lexique détaillé de la diversité sexuelle et de genre. « Il y a beaucoup plus de diversité dans la diversité elle-même, ce qui fait qu’il y a plus de choses à expliquer, par exemple la différence entre le sexe et le genre, les deux étant souvent confondus. J’ai aussi réservé plus de place pour parler de la fluidité et de la pluralité des identités. Enfin, j’ai mis à jour et intégré un texte sur la recherche « causes », qui sert hélas encore à blâmer les gens. » En publiant cet ouvrage, il souhaite sensibiliser et donner des outils aux gens, en particulier aux jeunes pour qu’ils puissent « se faire MICHEL DORAIS entendre et comprendre ». Les professionnels de la santé et des services publics pourront aussi se renseigner sur des réalités parfois méconnues. « Je ne peux pas forcer les gens à accepter les réalités de la diversité sexuelle et de genre, mais je peux leur donner à réfléchir », dit-il. L’intégrisme religieux, principal obstacle à la diversité sexuelle Selon lui, l’intégrisme religieux reste encore le principal obstacle à l’acceptation d’une diversité sexuelle dans la société. « Les préjugés, les tabous, les intégrismes, en particulier religieux, désignent la diversité comme un mal à combattre, ce qui donne libre cours à de l’ostracisme et à de la violence envers les jeunes en particulier. Nous avons besoin de nous armer l’esprit pour combattre la désinformation et les discours méprisants sur les réalités LGBTQ+. » Quel chemin reste-t-il à parcourir pour une meilleure acceptation d’une diversité sexuelle au Québec et ailleurs dans le monde ? À son avis, on tient trop pour acquis certains droits obtenus après de longues revendications. « Beaucoup de chemin encore reste à faire, surtout si on pense qu’un pays sur trois criminalise l’homosexualité et d’autres aspects de la diversité sexuelle et de genre. Le Québec a été jusqu’à présent un modèle, et doit le rester, raison pour laquelle, la vigilance non seulement intellectuelle, mais aussi militante est de mise. Certains pays, comme les États-Unis, ont vécu des reculs importants ces derniers temps [par exemple, sur l’acceptation des personnes trans dans l’armée]. Conséquemment, rien n’est jamais acquis, même dans un pays comme le Canada. » 6 ÉRIC WHITTOM



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