Fugues n°36-03 juin 2019
Fugues n°36-03 juin 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36-03 de juin 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Nitram

  • Format : (178 x 260) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 60,2 Mo

  • Dans ce numéro : Toronto vire au vert.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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EXIT STAGE LEFT  : THE SNAGGLEPUSS CHRONICLES Pour la plupart d’entre nous, le concept d’un puma portant le nom de Snagglepuss n’a aucune résonnance. Si on y juxtapose cependant son nom français, Alcibiade, et le studio qui lui a donné naissance, Hanna-Barbera, il y a de fortes chances que cela éveille des souvenirs dans l’esprit des enfants des années 60 ou 70. En effet, celui-ci constituait un segment de six minutes dans la série Yogi l’ours  : un puma qui rêve de monter sur les planches. En français, ses expressions favorites étaient « Ciel d'Afrique et patte de gazelle » et « Côté cour, côté jardin ». Personnage relativement obscur, rien ne le destinait à refaire surface, si ce n’était de la volonté de DC de réexplorer les personnages d’Hanna-Barbera dans de nouvelles itérations beaucoup plus sérieuses. Dans la même veine que son excellent The Flintstones, le scénariste Mark Russell nous présente ici une vision troublante et incisive de l’Amérique ultraconservatrice des années 50. Dramaturge gai et flamboyant, Snagglepuss doit cacher son orientation à une société encore trop intolérante. La Commission parlementaire sur les activités antiaméricaines lance cependant une chasse aux sorcières afin d’éradiquer la « menace » communiste et a dans sa mire tout ce qui lui semble marginal incluant ce dernier. Impitoyable, les travaux de la Commission entraînent dans son sillage nombre de victimes innocentes et Snagglepuss se voit imposer d’y témoigner pour y livrer les noms de traitres et d’activistes. C’est la croisée des chemins pour celui-ci  : quelle sera la nature de son témoignage ? Un portrait saisissant d’une société intransigeante qui nous rappelle que trop les conséquences d’un fascisme insidieux et le courage de celles et ceux qui l’affrontent. Brillamment mis en image par Mike Feehan, la bande dessinée présente un univers où humains et animaux anthropomorphiques se côtoient. Les références culturelles et historiques y sont nombreuses et on a même droit à de nombreuses scènes situées au bar Stonewall de New York. L’intérêt principal se situe cependant dans un récit extrêmement bien ficelé, comportant plusieurs scènes bouleversantes et où chacune des réparties constitue un jeu d’esprit savoureux  : « A man can’t pretend forever. At some point, he must be the man he his or forever become the mask assigned to him », ou « Our only choice in this life is to change the world or be destroyed by it ». Sans aucun doute, une des grandes publications de 2018. C’est d’ailleurs sans surprise que la BD a remporté le prix GLAAD 2019 pour Outstanding Comic Book. 6 BENOIT MIGNEAULT EXIT STAGE LEFT  : THE SNAGGLEPUSS CHRONICLES/Mark Russell et Mike Feehan. Burbank, CA  : DC Comics, 2018. 167p. MON STARMANIA La rédaction de cet ouvrage portant sur une œuvre qui a marqué toute la francophonie, est très justement attribuée, en première de couverture, à la « première Serveuse automate » puisque c’est sur la base de ses souvenirs et d’anecdotes diverses que Fabienne Thibeault partage les petits et grands événements derrière la création de Starmania. L’avantage que lui procure cette place de choix dans la ligne du temps de la comédie musicale est d’avoir été aux premières loges des balbutiements du projet et d’avoir donc assisté aux échanges entre Michel Berger et Luc Plamondon, au développement de la trame narrative et de certains personnages, de même qu’à l’arrivée des premiers interprètes, les aléas de la première production sur scène et l’enregistrement de l’album. Le tout prend presque la forme d’un carnet de notes dans lequel se révèle, chronologiquement, l’envers de coulisses que l’on ne soupçonnait parfois pas, notamment la coexistence parfois difficile entre une équipe québécoise, formée à l’américaine, et sa contrepartie française, habituée à un plus grand formalisme. Le tout se révèle amusant et informatif, bien que parfois limité par le choix de s’en tenir aux souvenirs de la chanteuse. Cela dit, c’est également la force de l’ouvrage que d’ouvrir les portes d’une vision très personnelle d’un événement qui a tenu une place fondamentale dans notre culture. Dès la lecture terminée, on ne peut d’ailleurs s’empêcher de parcourir le web à la recherche d’autres informations ou d’une nouvelle écoute de ses chansons phares, parfois avec un regard légèrement différent. Un plongeon au cœur de la mémoire  : collective pour le grand public et personnelle, au regard de ces souvenirs partagés. 6 BENOIT MIGNEAULT MON STARMANIA  : PAR LA PREMIÈRE SERVEUSE AUTOMOMATE/Fabienne Thibeault. Montréal  : Flammarion Québec, 2019. 197p. NOUS SOMMES PHOSPHORESCENTS Réédition en format poche de deux recueils de poésie de Simon Boulerice  : Nancy croit qu’on lui prépare une fête (2011) et La sueur des airs climatisés (2013). Dans Nancy, le personnage éponyme croit, à son retour d’un voyage en Afrique, qu’on lui prépare une fête. La seule question qu’elle se pose vraiment est de déterminer l’identité de celles et ceux qui se cachent derrière la porte. Ce qui appuie cette certitude en l’organisation d’une telle surprise ? Le fait qu'une lampe est allumée dans son appartement. Elle ignore cependant que ce qui l’attend est non pas une réjouissance, mais la résultante d’un cam-briolage. Comme certains s’en douteront, le second titre se situe autour d’un épiderme imbibé d’une moiteur passionnelle. Montréal connaît un été caniculaire et deux hommes en profitent pour exalter l’ardeur qui les habite. « Alors go, recueille-moi, ton plâtre transpire le miel, je te gruge jusqu'au gyproc, tu es ma maison, c'est simple, il y a pas de quoi faire un roman, mais il y a encore la sueur des airs climatisés, juchés par la peur dans les fenêtres infinies de St-Henri, nous la buvons goulûment, comme s'il s'agissait de la dernière pluie, ça nous transforme en objet de beauté, nous sommes phosphorescents. » Révélateur d’un talent certain, ces deux textes en apparence opposée se rejoignent cependant dans l’habileté dont l’auteur fait preuve pour rendre la naïveté touchante de l’une et les ébats éperdus des autres. 6 BENOIT MIGNEAULT NOUS SOMMES PHOSPHORESCENTS/Simon Boulerice. Montréal  : Poètes de brousse, 2019. 137p.
RÉGION DE QUÉBEC_ACTUS Infos LA PRATIQUE CACHÉE DU CHEMSEX À QUÉBEC Certains hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) consomment « certaines drogues [crystal meth, GHB ou kétamine] avant ou pendant les relations sexuelles dans l’intention spécifique de faciliter, de faire durer ou de rehausser l’intensité des rencontres sexuelles », rapporte sur son site Web CATIE – la source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatiteC. Cette pratique sexuelle est appelée chemsex ou Party and Play (PnP). Certains adeptes créent des cocktails en ajoutant d’autres substances comme de l’alcool, de la cocaïne, des poppers ou des médicaments comme le Viagra, souligne en entrevue à Fugues Marc- André Gaudette, intervenant en prévention auprès des HARSAH au Mouvement d’information et d’entraide dans la lutte contre le VIH-sida (MIELS-Québec). « Le phénomène du chemsex a émergé massivement dans les grands centres urbains internationaux comme Londres, New York ou San Francisco, racontet-il. Depuis trois ou quatre ans, le chemsex a fait son apparition au Canada, dont à Montréal. À Québec, c’est une pratique nouvelle dont quelques cas par-ci par-là nous ont été rapportés. Avant que cette pratique devienne une problématique de santé publique à Québec, nous aimerions mettre de l’avant des initiatives de prévention auprès des HARSAH et créer un dialogue avec la communauté LGBTQ+ pour parler de consommation de drogues et d’alcool en contexte sexuel. » RISQUE ACCRU DE CONTRACTER LES ITSS DONT LE VIH Outre la possibilité d’une surdose ou d’une dépendance aux drogues, les adeptes du chemsex sont beaucoup plus à risque d’attraper des infections transmissibles par le sexe et le sang (ITSS). Selon l’intervenant du MIELS- Québec, ces derniers s’adonnent à des pratiques sexuelles hautement à risque comme le sexe anal sans protection sans connaître le statut sérologique de leurs partenaires (barebacking), le fisting, la sexualité en groupe et le partage de seringues employées pour l’injection de drogue intraveineuse. « Ils sont cinq fois plus à risque de contracter le VIH, parce qu’ils ne mettent pas de condom, parce qu’ils multiplient les partenaires, parce qu’ils n’ont pas de communication sur leur statut sérologique, parce que ce sont des hommes très isolés qui prennent des drogues pour se délivrer de leur état de mal-être. » Il précise que les adeptes du chemsex ne sont pas conscients des risques qu’ils prennent pour leur santé. « C’est une problématique beaucoup plus complexe que dans la socialisation et le vécu HARSAH en général. Ils vivent un sentiment d’isolement, de rejet, d’homophobie intériorisée et la pression de la masculinité dans une société qui valorise la performance, l’endurance et la sexualité débridée. La capacité des personnes à évaluer les risques pour leur santé et à consentir à certaines pratiques est complètement modifiée, voire temporairement éliminée. Ils compensent leurs maux sociaux assez complexes. Une fois qu’ils ont goûté au chemsex, c’est tellement intense et//082 FUGUES.COM JUIN 2019 MARC-ANDRÉ GAUDETTE jouissif comme expérience qu’ils ne sont plus capables de retrouver la même intensité lorsqu’ils ont une relation sexuelle à jeun. C’est alors une double dépendance qui s’installe entre la sexualité et la drogue. » Il mentionne que les adeptes du chemsex utilisent des applications de rencontres comme Grindr pour dénicher les multiples partenaires qu’ils rencontrent dans des maisons, des appartements et les saunas. « Ils se trouvent en utilisant divers codes comme PnP ou des émoticônes comme une tête de cochon avec des pilules à côté. C’est une pratique très cachée en raison de la stigmatisation au niveau de la consommation de ces drogues et au niveau de l’intensité de ces pratiques sexuelles qui vont à l’encontre du modèle sexuel général. » SOIRÉE DE DISCUSSION COMMUNAUTAIRE EN PRÉPARATION Le MIELS-Québec souhaite organiser une discussion communautaire pour mieux comprendre la réalité du chemsex à Québec et identifier les besoins réels de ses adeptes afin de développer certaines interventions comme une campagne de sensibilisation et un groupe de soutien auprès des HARSAH. « Ailleurs dans le monde, notamment à Londres, des discussions communautaires ont été organisées dans des bars pour que les gens puissent parler librement de la consommation d’alcool et de drogues dans la communauté LGBTQ+. Nous voulons organiser le même genre de rencontre à Québec pour ouvrir la discussion avec les personnes concernées », indique Marc-André Gaudette. Les détails de l’événement seront publiés sur la page Facebook du MIELS-Québec. Il précise que le MIELS-Québec ne veut pas être « dans une attitude moralisante. Nous ne voulons pas les forcer à changer de comportement. Nous souhaitons qu’ils aient la bonne information destinée à eux pour qu’ils fassent des choix éclairés. » Il fait remarquer que dans la région de Québec, il n’existe pas de service intégré pour traiter les HARSAH qui sont aux prises avec une dépendance au chemsex. Toutefois, les HARSAH qui ont des questionnements ou des difficultés en lien avec leur consommation d’alcool et de drogues sont encouragés à le contacter au MIELS-Québec, afin de pouvoir en discuter avec lui « de manière confidentielle et sans jugement » (harsah@miels.org ou 418 649- 1720, poste 114). 6 ÉRIC WHITTOM



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