Fugues n°35-10 janvier 2019
Fugues n°35-10 janvier 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35-10 de janvier 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Nitram

  • Format : (178 x 260) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 54,9 Mo

  • Dans ce numéro : les héros et les zéros de 2018.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 80 - 81  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
80 81
CULTUREL_LIVRES À lire POUPÉE DE ROUILLE « Moi, Marie-Josephte Corriveau, j’ai toujours voulu tout, et tout m’est arrivé ». Cette supplique résume bien le destin de celle que l’on a surnommée La Corriveau, une femme accusée par son propre père d’avoir tué son second époux et qui fut condamné à être pendue et à ce que sa dépouille se balance dans une cage de fer jusqu’à ce qu’elle ne soit plus que pourriture. Après L’autre ciel et Nous aurons vécu nous non plus, David Ménard s’attaque à un sujet difficile, en particulier dans le contexte d’un conte poétique  : celui d’un meurtre calculateur et de la femme qui l’a fomenté. C’est du moins la version qui court encore trop souvent dans la culture populaire qui, au fil du temps, a transformé Marie-Josephte en véritable sorcière. La réalité est cependant autrement plus complexe et l’auteur s’est attaché à présenter une vision personnelle et extrêmement intimiste du destin de celle-ci, s’attardant aux tourments de son âme ainsi qu’à une humanité trempée de lucidité dont elle fait preuve même au pied de l’échafaud. Un parcourt à la fois douloureux et percutant qui saura en toucher plusieurs. « Le bourreau rôde près de ma cellule, bientôt l’heure sonne/aujourd’hui, que penses-tu des étoiles que tu as tracées dans la marge ?/et de toutes celles que tu n’as pas osé griffonner ? » 6 BENOIT MIGNEAULT POUPÉE DE ROUILLE  : poésie/David Ménard. L’Interligne (2018, 141p.)//082 FUGUES.COM JANVIER 2019 TU PEUX Un album que les parents apprécieront sans doute lire aux très jeunes enfants puisqu’il aborde la question à la fois très simple et très complexe de ce qu’est un garçon ou une fille, au regard des dictats sociaux qui sont encore et toujours malheureusement trop présents dans les médias. Au fil de pages et à travers une imagerie percutante, Élise Gravel, présente des situations de la vie quotidienne en y inversant les rôles généralement imposés en société, histoire d’ainsi amorcer un dialogue entre le parent et l’enfant sur la multiplicité des possibles qui s’offrent à elle ou à lui. Nul doute qu’il générera multiples fous rires, des révélations sur la propre enfance des parents et, qui sait, l’ouverture de nouvelles avenues chez les tous petits. 6 BENOIT MIGNEAULT TU PEUX/Élise Gravel. La Courte échelle (2018, 28p.) BEAUTÉS MILITAIRES  : PHOTOGRAPHIES, 1860-1940 L’art de séduire a bien longtemps été réservé à la gent féminine puisque, lorsque l’homme se risque dans ces pâturages, il craint bien souvent de projeter une image affectée et d’ainsi voir remettre en question ce qui lui semble être sa possession la plus précieuse  : la masculinité. Pendant le 19e et la première moitié du 20 e siècle, on se garde donc bien loin des coupes ajustées, des détails et accessoires vestimentaires trop voyants ou brillants. Foin de ces éléments frivoles ! Il y a pourtant un secteur de la mode où la masculinité n’est jamais remise en question malgré le soin mis à se vêtir où l’importance des détails et autres falbalas  : l’uniforme militaire ! Illustration de la force de son porteur, il peut s’orner de boutons dorés, de galons, de brandebourgs, d’insignes et de décorations, d’épaulettes, de bérets, de képis ou de casquettes, de bottes de cuir, etc., sans que l’honneur soit entaché. Nicole Canet nous présente ce catalogue de photographies réalisées entre 1860 et 1940 en France, mais également en Russie et présentant de fiers gaillards, heureux de s’afficher dans leurs plus fiers atours (parfois bras dessus, bras dessous). À l’époque, il s’agissait d’un format cartes de visite, offert par certains photographes  : un document officiel et personnel. Il est donc assez amusant de voir avec quel sérieux certains y chevauchent une chaise ou ont les jambes bien écartées ! Le tout est intercalé de clichés pris sur le vif au cœur de camps militaires, dont quelques scènes de douche, et est accompagné d’une préface d’Alain Stoeffler détaillant, en français et en anglais, les particularités de cette « coquetterie » masculine. À quelques exceptions près, l’ouvrage n’approche que peu les rives de l’homoérotisme, mais il n’en demeure pas moins fascinant dans l’exposition de ce regard que posait les hommes sur leurs propres charmes, il y a de cela un siècle et demi. 6 BENOIT MIGNEAULT BEAUTÉS MILITAIRES  : PHOTOGRAPHIES, 1860-1940/Nicole Canet. Galerie au Bonheur du jour (2018, 125p.) PORN STORY Une rare incursion de Ralf König dans l’univers des relations hommes-femmes, autour du phénomène de la porno (avec quelques apartés dans la communauté gaie, dont une petite surprise). On le sait, le bédéiste fait preuve d’un mordant particulièrement bien effilé, tout en proposant des personnages toujours étonnamment crédibles, et ce dernier opus ne fait pas exception à la règle. Le récit est divisé en trois cycles correspondant à trois générations au sein d’une même famille, de même qu’à trois types de support de films érotiques  : super 8 avec papa Schlüter, VHS avec son fils Eberhard Schlüter et DVD avec Flo, le fils de ce dernier. Le cœur de l’action est centré autour d’Eberhard qui offre à Fritte, son meilleur ami, la « chance » de se joindre au tournage d’un film porno. Les choses ne se déroulent cependant pas tout à fait comme prévu et, des années plus tard, un tatouage très personnel d’Eberhard vient envenimer des tensions déjà importantes dans la maison de ce dernier, après la découverte d’un sac de DVD, au grenier. Ralf König met bien en scène les deux solitudes de la porno  : source de plaisir versus dégradation du corps et de l’âme. Il prend cependant bien soin de ne pas cantonner les positions selon le sexe en présentant différentes perceptions en particulier chez les femmes (bien que, évidemment, les visions extrêmes soient les plus rigolotes). Il a également eu l’idée fort intéressante de demander au bédéiste Nicolas Mahler de réaliser les extraits de films, ce qui leur donne une facture fort intéressante qui détonne avec le reste de la BD. Le tout forme un récit fort amusant où les angoisses et les désirs des uns et des autres s’affrontent dans une guerre à finir où, paradoxalement, c’est Flo, âgé de 11 ans, qui semble avoir le dernier mot  : « Vous me gonflez, là ! Si vous savez pas gérer le porno, ben, regardez-en pas ! » 6 BENOIT MIGNEAULT PORN STORY/Ralf König (avec la participation de Nicolas Mahler). Glénat (2018, 160p.)
LES FUREURS INVISIBLES DU CŒUR On ne lui répète que trop  : Cyril Avery ne sera jamais véritablement un Avery, puisqu’il fut adopté. Au-delà d’un coup de poignard familial particulièrement accablant, cette mise en garde a tout de même le mérite de l’obliger à amorcer une recherche très précoce  : qui est-il donc vraiment ? Toute la prémisse du roman se trouve résumée dans cette petite phrase. Une formule qui peut sembler anodine sauf si l’on est gai et que l’on évolue au cœur de l’Irlande corsetée du milieu du 20 e siècle dans un récit qui se poursuit ainsi jusqu’en 2015, avec la légalisation du mariage entre personnes de même sexe. Né d’une fille-mère, bannie de son village (dans la grande tradition catholique de tolérance et d’entraide), le nouveau-né est confié à l’adoption afin qu’il puisse bénéficier de meilleures opportunités que sa mère. Bien évidemment, il jouit d’une certaine aisance matérielle, mais du côté humain, c’est presque zéro, du moins du côté de sa famille. En effet, c’est plutôt auprès d’un compagnon de jeu, Julian, qu’il développe son humanité et éventuellement réalise que ce dernier est bien plus qu’un ami. Nous sommes cependant dans les années 60 et la simple mention du terme « homosexualité » ne génère que honte, frayeur ou dégoût  : Cyril s’enfonce « À Montréal, du moins au sein de la communauté gaie qui est la donc au tréfonds de son placard personnel, se contentant de rencontres furtives, peu gratifiantes, et tente même d’adopter p la persona du jeune homme parfait et propret ! Suite à divers scandales où la vérité se révèle, il se réfugie à Amsterdam puis à New York où il part à la découverte de ce qu’il est réellement et ne revient en Irlande que dans les années 90, enfin prêt à 95% personnes séropositives sont sous traitement confronter son passé. Déjà considéré par la critique comme un grand classique de la littérature, John Boyne présente un récit e et un parcours à la fois triste et attendrissant, mâtinés de moments plus rigolos et de descriptions de pratiques sexuelles à la fois réalistes et crues. Il est presque impossible de résister au voyage auquel on est ainsi convié et il est encore plus difficile de dire adieu à ce Cyril, avec qui l’on a tant partagé, lorsque l’on en referme la dernière page. 6 BENOIT MIGNEAULT LES FUREURS INVISIBLES DU CŒUR/John Boyne. JC Lattès (2018, 591p.)/Littérature étrangère VINGT-TROIS SECRETS BIEN GARDÉS Dans la même veine que Douze coups de théâtre, Un ange cornu avec des ailes de tôle, Bonbons assortis et quelques autres, Michel Tremblay nous offre une incursion privilégiée au cœur de sa mémoire. L’ouvrage débute par la petite enfance, rien d’étonnant en soit, si ce n’est qu’il s’agit d’un événement qui remonte à une époque où il était encore aux couches et se contentait donc de gazouiller. L’anecdote ne compte que quelques pages et malgré sa brièveté – littéralement, un instantané capturé dans les profondeurs abyssales de l’enfance – est impressionnante de réalisme. L’auteur précise cependant, on s’en doutera bien, que chaque fois qu’il la relate, elle suscite généralement un scepticisme condescendant. Le périple se poursuit ensuite, dans le désordre, au fil des expériences et des événements qui se présentent généralement sous la forme de premières ayant marqué son imaginaire, son cheminement personnel ou sa perception de la réalité. Premier voyage à l’extérieur des frontières du Québec, première incursion dans un bar de personnificateurs féminins, premier succès en tant qu’écrivain, imbroglio au cœur d’un cinéma porno, rencontre avec André Brassard au parc La Fontaine et, bien évidemment, moment où il réalise qu’il est gai. Des événements qui seraient souvent bien banals si on les relatait soi-même, mais dont toute l’importance se révèle grâce à la verve dont il fait montre ainsi que la maestria avec laquelle il reconstitue l’ensemble des petits détails qui ravivent l’émotion propre à ces derniers et qui donnent l’impression d’y participer de près ou, tout au moins, d’en comprendre la puissance et la portée. Et, en ce sens, on pourrait presque dire que l’auteur ne nous offre pas 107 pages d’anecdotes colorées, mais plutôt un bouquet de madeleines amoureusement confectionnées. 6 BENOIT MIGNEAULT VINGT-TROIS SECRETS BIEN GARDÉS/Michel Tremblay. Leméac, Actes Sud (2018, 107p.) 702034 LIGNE INFO SIDA POUR LES SOURD(ES) ET MALENTENDANTS(ES) T  : 1-800-709-7432 PROV. DE QC 514 521-1780 VOIX ET ATS F  : 514 521-1137 CONFIDENTIEL Coalition Sida des Sourds du Québec 2075, rue Plessis, Bureau 320 Montréal (QC) H2L 2Y4 510040



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 1Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 2-3Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 4-5Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 6-7Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 8-9Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 10-11Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 12-13Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 14-15Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 16-17Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 18-19Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 20-21Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 22-23Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 24-25Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 26-27Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 28-29Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 30-31Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 32-33Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 34-35Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 36-37Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 38-39Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 40-41Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 42-43Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 44-45Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 46-47Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 48-49Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 50-51Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 52-53Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 54-55Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 56-57Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 58-59Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 60-61Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 62-63Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 64-65Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 66-67Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 68-69Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 70-71Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 72-73Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 74-75Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 76-77Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 78-79Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 80-81Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 82-83Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 84-85Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 86-87Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 88-89Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 90-91Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 92-93Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 94-95Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 96-97Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 98-99Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 100-101Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 102-103Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 104-105Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 106-107Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 108-109Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 110-111Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 112-113Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 114-115Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 116-117Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 118-119Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 120-121Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 122-123Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 124-125Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 126-127Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 128-129Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 130-131Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 132-133Fugues numéro 35-10 janvier 2019 Page 134