Fugues n°35-09 décembre 2018
Fugues n°35-09 décembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35-09 de décembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Nitram

  • Format : (178 x 260) mm

  • Nombre de pages : 146

  • Taille du fichier PDF : 59,1 Mo

  • Dans ce numéro : prévenir et mieux vivre avec le VIH.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 82 - 83  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
82 83
LES HIJRAS INCURSION DANS UNE COMMUNAUTÉ EN MARGE Elles sont connues en Inde comme appartenant à des communautés en marge. On les connaît car on se tient toujours en retrait des hijras. On sait qu’elles sont nées dans un corps d’homme, mais qu’elles n’en sont pas. Dans une société comme l’Inde très hétéronormée, les hijras vivent au côté du reste de la société sans jamais y appartenir. Mathieu Boisvert, professeur au Département des sciences des religions de l’UQAM, et directeur du Centre d’études et de recherches sur l’Inde, l’Asie du Sud et sa diaspora, les avaient souvent aperçues, au cours de ses nombreux voyages d’études en Inde, se demandant quelles pouvaient être leur place et leur rôle qui les tenaient à l’écart, leur prêtant aussi bien des pouvoirs maléfiques que bénéfiques. Mathieu Boisvert lève le voile sur ces femmes qui paradoxalement font partie de la culture indienne et en sont exclues. Avec beaucoup de respect et d’humanité, et à partir d’entrevues et d’histoires de vie et ce, sur plusieurs années, le chercheur et son équipe ont peu à peu obtenu leur confiance pour qu’elles puissent se raconter. Mise en garde  : Le sous-titre du livre parle d’une communauté transgenre sud-asiatique. La référence voulue par l’éditeur est trompeuse car comme le souligne Mathieu Boisvert  : « Le concept de transgenre est très récent et surtout occidental, qui ne peut s’appliquer aux communautés hijras qui existent en Inde depuis plusieurs centaines d’années. Il existe aujourd’hui dans de grands centres urbains des communautés trans comme il existe des communautés homosexuelles, mais ici on parle d’une identité collective avec les hijras, antérieure à ces identités occidentales ». En fait, tout commence quand un jeune garçon ne se reconnaît pas comme tel, ni dans son corps, ni dans sa façon d’être. Et pour échapper à une structure familiale et sociale, il se tourne vers ces personnages étranges qui traversent les villages, et sont parfois conviés à des cérémonies de mariage ou de naissance pour des bénédictions contre rétribution. « Il faut penser, surtout en milieu rural, que pour un jeune qui se sent différent il n’y aucun modèle, alors quand il croise des hijras, il sent qu’il partage quelque chose avec elles, et il finit par les rejoindre ». Les nouvelles postulantes découvrent alors une structure de vie très hiérarchisée, et doivent être choisies par une guru (une plus ancienne hijra) à qui elles devront soumission et obéissance. Un lien qu’il est difficile de rompre. « C’est une forme de communauté très hiérarchisée et les abus ne sont pas rares. Certaines gurus sont de véritables proxénètes, car parfois la mendicité ou encore les cérémonies où elles sont invitées ne suffisent pas toujours à les faire vivre, constate Mathieu Boisvert et les gurus quand elles vieillissent ne peuvent compter que sur le travail, souvent le travail du sexe, de leurs disciples ». D’où viennent-elles ? De toutes les castes et religions de l’Inde, et même si elles suivent les rites de la tradition bouddhiste au sein des communautés hijras, elles ne renoncent pas toutes à leur religion d’origine. « En fait, la communauté hijra apporte un sens à leur vie et fonctionne comme toutes les communautés religieuses, commente le chercheur, et cette communauté leur donne aussi le sentiment d’appartenance indépendamment de leur religion d’origine, et indépendamment de la vie difficile qu’elles vivent ». Beaucoup d’entre elles souhaiteraient avoir plus d’autonomie, travailler, suivre des études, être moins dépendantes de guru, mais en même temps, plus d’indépendance mettrait en péril l’existence même des communautés, selon Mathieu Boisvert. « J’ai l’impression que les fondements même de la communauté des hijras s’effondreraient, parce que c’est une communauté qui est fondée sur l’ostracisation, et si elles étaient mieux intégrées, l’ostracisation n’aurait plus besoin d’être. La contradiction de cette communauté, c’est qu’elle leur donne une identité, mais qui contribue à les rejeter ». Selon les témoignages reçus, entrer dans une communauté hijra n’est pas s’assurer un avenir meilleur mais bien plutôt être reconnue culturellement comme une paria. « Le sentiment qui se dégage de l’ensemble des entrevues, c’est que c’est une vie de malheur, a constaté Mathieu Boisvert, la plupart des hijras se sentent damnées, non pas d’appartenir à cette communauté, mais damnées de ne pas être nées dans le bon corps. L’appartenance à la communauté n’est qu’une façon de gérer ce paradoxe. Toutes les hijras témoignent que c’est un enfer. Il y a un heurt profond avec ce regret de n’être pas nées dans un corps de femme, même lorsqu’elles sont opérées, de ne pas pouvoir fonder une famille et surtout de ne pas pouvoir avoir d’enfants ». Craintes, rejetées, exploitées sexuellement, les hijras constituent une mini caste, qui a son rôle dans la société indienne et dont on tolère l’existence sans s’y intéresser vraiment. Le livre de Mathieu Boisvert, par l’éclairage qu’il en donne, rappelle en fait que dans toutes les sociétés et à travers l’histoire, des êtres humains ne se sont jamais reconnus dans la binarité du genre. Souvent perçus par leur communauté comme des êtres inquiétants, dotés souvent de pouvoirs occultes, ils ont le plus souvent été exclus et marginalisés. Les hijras en étant un bon exemple. 6 DENIS-DANIEL BOULLÉ LES HIJRAS. PORTRAIT SOCIORELIGIEUX D’UNE COMMUNAUTÉ TRANS- GENRE SUD-ASIATIQUE, Mathieu Boisvert. 2018. Collection « Matière à pensée ». Montréal  : Presses universitaires de l’Université de Montréal.
CULTUREL_LIVRES À lire CALENDRIERS WELL, WELL, WELL 2019 L’illustratrice Julie Guillot et la revue Well, well, well, publiée par l’Association pour la visibilité des lesbiennes dans la presse et les médias, nous offrent un calendrier qui verse pleinement dans l’humour et la tendresse. Sur son site, l’illustratrice nous garantit d’ailleurs un produit « sans petits chats et sans rugbymen dénudés ». En lieu et place, elle nous propose plutôt toute une série de ces petits moments magiques de la vie de femmes qui aiment les femmes. Disponible chez  : http://revuewellwellwell.fr/portfolio_page/calendrier-2019 6 B.MIGNEAULT CALENDRIER WELL, WELL, WELL/Julie Guillot. Paris  : AVLPM, 2018. ALBRON 2019 C’est le moment de choisir ce qui va décorer le mur de votre bureau, juste à gauche de l’écran de votre ordinateur. Et quoi de mieux que d’opter pour un calendrier qui sort de l’ordinaire, sorti tout droit de l’imaginaire fébrile et survolté d’Alex Bronnings (ou Albron), un Français spécialisé dans l’illustration numérique 3D d’hommes baraqués à souhait. Composé de treize illustrations à la fois imposantes, ludiques et jouissives, ce calendrier ne pourra que meubler avec brio vos moments de distractions. Sans doute un peu plus cher que le modèle lambda habituel, mais sans aucun doute un très beau cadeau à se faire ou à offrir ! 6 B.MIGNEAULT ALBRON 2019 CALENDAR/Alex Bronnings. France. 29.7x42cm (16.54x11.69 pouces) chez Albron Muscle Shop. NOS POMPIERS NOS HÉROS 2019 Question de joindre l’utile à l’agréable, le calendrier « Nos pompiers, nos héros », met en valeur 12 pompiers du Québec afin d’amasser des fonds pour les grands brûlés du Québec, et ce, pour la 18 e année. Chaque année, la Fondation reçoit la candidature bénévole d’une centaine de pompiers. Après une sélection d’un jury et l’œil professionnel du photographe Mathier Charroi, la magie s’opère. L’édition 2019 offre une sélection particulièrement diverse de beaux gars d’ici. » 6 CARTIER LOGAN Le CALENDRIER DES POMPIERS 2019 est disponible, entre autres, dans les Jean-Coutu au cout de 20 $. fondationdespompiers.ca.//086 FUGUES.COM DÉCEMBRE 2018 WONDER WOMAN, EARTH ONE, VOLUME 2 Le volume précédent nous a présenté l’incursion de Wonder Woman dans notre univers et depuis, elle s’acclimate peu à peu aux particularités de celui-ci qui lui apparaît souvent injuste ou même grotesque, en particulier au regard du droit et du rôle que les femmes y jouent. De sombres desseins se trament cependant dans l’ombre puisque notre héroïne suscite à la fois admiration et crainte chez les hauts dirigeants. Celle-ci est par ailleurs convaincue de la supériorité morale de Paradise Island, mais ce sentiment est-il vraiment une vérité absolue ou un idéal ? Manipulations, trahisons, courage et recherche d’absolu sont au cœur d’un récit à la conclusion à la fois enlevante et surprenante qui laisse clairement entrevoir une suite. Une bande dessinée magnifique avec, à la barre, Grant Morrison au scénario et l’excellent dessinateur québécois Yanick Paquette au dessin. À dévorer, une tiare au front et un lasso à la main ! 6 MICHEL JOANNY-FURTIN WONDER WOMAN, EARTH ONE, VOL. 2/Grant Morrison, Yanick Paquette & Nathan Fairbairn. Burbank, CA  : DC Comics, 2018. 120p. ALRIGHT DARLING ?  : THE CONTEMPORARY DRAG SCENE Plus de 250 pages d’images fortes et percutantes de la scène drag contemporaine où l’auteur, Greg Bailey, met tout autant l’emphase sur leur sens du design et de la réparti que sur l’envers du décor où le lancer du coup de poignard dans le dos, du moins en paroles, fait parfois office de sport olympique ! Les amateurs y retrouveront Adore Delano, Alyssa Edwards, Courtney Act, Detox, Bob the Drag Queen, Francois Sagat, Manila Luzon, Sharon Needles, Trixie Mattel, Willam Belli, Katya Zamolodchikova, Latrice Royale, Raja Gemini, Milk et plusieurs autres ! De quoi patienter, en images et en humour, avant la prochaine saison de RuPaul’s Drag Race ! 6 BENOIT MIGNEAULT ALRIGHT DARLING ?  : THE CONTEMPORARY DRAG SCENE/Greg Bailey. Londres  : Laurence King Publishing, 2018. 256p. L'ESSENTIEL DES GOUINES À SUIVRE, TOME 2 Pour ceux et celles qui ne seraient pas déjà des inconditionnels de cette hilarante, mordante et souvent touchante série de Alison Bechdel, veuillez prendre note de son existence et y plonger au plus vite ! Pour les autres qui préféreraient en faire lecture dans la langue de Molière, le tome 2 de la série est dorénavant disponible. C’est toujours avec la même maestria que la bédéiste nous entraîne à travers la vie, les amours et les engagements de ses personnages savoureux, en particulier Mo, Loïs, Sydney, Sparrow, Ginger et Clarice. Elles sont étudiantes, libraires ou travailleuses sociales, tombent et retombent amoureuses, nouent et dénouent leurs amitiés, élèvent des enfants, changent de carrière ou affrontent leurs parents. Littéralement in-con-tour-na-ble, quelque que soit la langue de lecture ! 6 BENOIT MIGNEAULT L'ESSENTIEL DES GOUINES À SUIVRE, TOME 2/Alison Bechdel. [Paris]  : Éditions Même pas mal, 2018. ABSOLUTE AUTHORITY, VOL. 1 ET 2 La série de superhéros la plus surprenante et la plus irrévérencieuse qui eut secoué le milieu de la bande dessinée, à la fin des années 90, et dans laquelle on retrouve une version à la fois plus violente, sensuelle et assumée de Batman et Superman en la personne de Midnighter et Apollo qui y forment un couple passionné et irrésistible. Saluée par la critique pour son extrême originalité de même que la complexité de ses personnages, la série écrite par Warren Ellis et dessinée par Bryan Hitch remporte le prix Outstanding Comic Book, en 2003 et 2004, décerné par Gay & Lesbian Alliance Against Defamation. La série originale a reçu un traitement de choix dans une réédition grand format spectaculaire, en deux volumes, que tout amateur se doit d’avoir en sa possession. Qu’il s’agisse de menaces tentaculaires ou d’hommes politiques sans scrupules, l’élimination de Dieu lui-même ou d’une homophobie rampante  : rien n’échappe à la force redoutable de The Authority. Les deux volumes forment près de 1000 pages d’un pur plaisir graphique et scénaristique ! 6 BENOIT MIGNEAULT ABSOLUTE AUTHORITY, VOL. 1 & 2/Warren Ellis et Bryan Hitch. New York  : Vertigo, 2017-2018.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 1Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 2-3Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 4-5Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 6-7Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 8-9Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 10-11Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 12-13Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 14-15Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 16-17Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 18-19Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 20-21Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 22-23Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 24-25Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 26-27Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 28-29Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 30-31Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 32-33Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 34-35Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 36-37Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 38-39Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 40-41Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 42-43Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 44-45Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 46-47Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 48-49Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 50-51Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 52-53Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 54-55Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 56-57Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 58-59Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 60-61Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 62-63Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 64-65Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 66-67Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 68-69Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 70-71Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 72-73Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 74-75Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 76-77Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 78-79Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 80-81Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 82-83Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 84-85Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 86-87Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 88-89Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 90-91Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 92-93Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 94-95Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 96-97Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 98-99Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 100-101Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 102-103Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 104-105Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 106-107Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 108-109Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 110-111Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 112-113Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 114-115Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 116-117Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 118-119Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 120-121Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 122-123Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 124-125Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 126-127Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 128-129Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 130-131Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 132-133Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 134-135Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 136-137Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 138-139Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 140-141Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 142-143Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 144-145Fugues numéro 35-09 décembre 2018 Page 146