Fugues n°35-08 novembre 2018
Fugues n°35-08 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35-08 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Nitram

  • Format : (178 x 260) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 53,6 Mo

  • Dans ce numéro : afficher ses couleurs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CULTUREL_LIVRES À lire ELOISA AQUINO PORTRAITS D’ILLUSTRES BUTCHS En 2000, Eloisa Aquino quitte sa terre natale du Brésil pour s’établir au Canada. Celle qui se destinait à une carrière journalistique avait alors abandonné ses pratiques artistiques. Après l’obtention de sa maitrise en études des médias à l’Université Concordia, elle trouve le temps et les ressources nécessaires pour se consacrer à son art en créant B&D Press à Montréal. C’est alors que débute la création de fanzines et la genèse de l’ouvrage Portraits d’illustres butchs. Si la publication de fanzines d’art et de poésie pour Eloisa Aquino remonte aux années 80 à Sao Paulo, elle avoue d’emblée que Montréal se voulait une terre fertile pour continuer à alimenter sa pratique  : « C’était fondamental pour moi de vivre dans une ville où l'édition indépendante et les zines sont estimés, avec de nombreux endroits pour présenter son travail (librairie Drawn & Quarterly, "lieux" de zine comme Monastiraki et Le Pick Up Dépanneur, foires/salons du livre comme Expozine et Queer Between the Covers), qui font tous partie d’une vibrante culture de l’imprimerie, démocratique et ouverte. » Ce lieu dynamique deviendra pour l’auteure-illustratrice, un terreau créatif qu’elle explorera en publiant de nombreux ouvrages à thématique LGBT (Madame Sata, Pajuba), sans compter maints ouvrages avec sa copine Jenny Lin. Être son propre éditeur est définitivement une façon de garder sa liberté créative, appuie Eloisa, car « nous n'avons pas à répondre aux contraintes du marché et pouvons expérimenter davantage. Puisque nous gérons B&D comme un projet artistique - par opposition à une entreprise commerciale -, nous pouvons publier des ouvrages qui seraient autrement non publiables, à cause du contenu ou du format. » Ainsi, au cours des années 2009 à 2016, Eloisa publie sous B&D Press The Life and Times of Butch Dykes, une série de 12 fanzines, nommé au Printed Matter’s Awards for Artists.//080 FUGUES.COM NOVEMBRE 2018 Lorsque Dominique Bourque et Johanne Coulombe des Éditions sans fin lui offrent de publier l’anthologie en français, l’auteure embrasse l’opportunité  : « Il est toujours bon de pouvoir rencontrer un autre public, surtout si le public est ici même, dans la ville où je vis ! » Ainsi, au fil des 200 pages, l’ouvrage propose des Portraits d’illustres butchs, de théoriciennes influentes (Judith Butler, Audre Lorde, Gertrude Stein), aux artistes (Chavela Vargas, Claude Cahun, Gladys Bentley), en passant par des athlètes (Martina Navratilova). « Ce sont toutes des personnes inspirantes qui m'ont inspiré », appuie l’auteure  : « Chavela a été la première ; elle se foutait de l'environnement sexiste dans lequel elle a évolué et, ce faisant, elle s'est "créée" elle-même. Elle est devenue une artiste unique en son genre, une chanteuse capable de subvertir la signification d'une chanson simplement en l'interprétant, en ajoutant des couches et des couches de sens. Elle a souffert et fut exclue de la scène musicale, car fidèle à elle-même (aimer les femmes ouvertement, chanter à ce sujet, se présenter de manière masculine). Mais au final, elle fut vengée, en remportant un franc succès. Les femmes présentées dans le livre ont des trajectoires complètement différentes et toutes ne se terminent pas bien. En ce sens, elles sont le reflet de leur époque et c'est ce que j’essaie de présenter, la façon dont la société les a façonnées, dans leurs choix, mais aussi comment elles ont défié les règles. » À la lecture de Portraits d’illustres butchs, nous pouvons en apprendre énormément sur ces femmes au passé anticonformiste ; des portraits fragmentés, non dénudés d’humour, où le format ludique du zine, comme son esthétique, reflète admirablement ces butchs et leurs vies anticonformistes. D’ailleurs, le terme « butch » est ici utilisé par l’auteure, non pas dans une dichotomie butch/femme, ou en lien avec des concepts binaires rigides de genre, mais plutôt dans une perspective inclusive, explique l’auteure  : « C'est un concept malléable et je l'utilise non pas pour définir et limiter, mais pour agrandir et illuminer mes personnages. Butch est un terme très contesté qui revêt maintes significations. Le mot apparaît uniquement dans le titre de la collection et non dans le texte des zines eux-mêmes, car je pense que ce serait réducteur. Pour moi, "butch" signifie une personne forte qui, face à un monde parfois indifférent ou hostile, choisit de vivre sa propre authenticité, défiant les normes de genre en laissant une marque inspirante. » 6 JULIE VAILLANCOURT Le lancement du livre Portraits d’illustres butchs se tiendra le 11 novembre prochain dès 13h, à la librairie L’Euguélionne (1426 Rue Beaudry, Montréal). https://leseditionssansfin.wixsite.com/home
TOUS LES HOMMES DÉSIRENT NATURELLEMENT SAVOIR DE NINA BOURAOUI DE PURS HOMMES DE MOHAMED MBOUGAR SARR DE L’ALGÉRIE AU SÉNÉGAL EN PASSANT PAR LA FRANCE Qu’est-ce que l’homosexualité dans la vie des gens et des peuples, surtout en Afrique où le fait d’être gai peut vous mener à l’assassinat et à la mort ? On l’a vu récemment avec ce qui se passait en Syrie avec les djihadistes jetant du haut d’un immeuble un homme attaché à une chaise ou une femme lapidée et brûlée. Il y a du chemin à faire pour que les femmes et les hommes gais soient acceptés comme des personnes à part entière, ayant les mêmes droits que les autres citoyens. Nina Bouraoui touche un peu ce sujet dans son roman aux accents biographiques et au titre décalé (ou ironique), Tous les hommes désirent naturellement savoir (l’expression est d’Aristote). Cette écrivaine née en France, mais ayant vécu en Algérie, emploie le « je » pour décrire son enfance, son déracinement (sa famille retourne en Algérie), sa difficile vie d’adulte, sa détresse d’être homosexuelle, ses premiers pas dans les sorties dans les bars. Elle sent chez elle une schize du sujet femme, séparée entre deux identités contradictoires, deux cultures qu’elle voudrait assumer et qui lui barrent l’accès au réel. Ne lui reste pro-bablement que la volonté d’avoir une écriture française pour la sauver, ce qu’elle avait déjà interrogé dans ses livres précédents, en particulier dans Garçon manqué (2013) avec lequel son dernier roman a beaucoup d’affinités, à la fois dans son discours et dans son esthétique. Elle est donc proche de l’autofiction des écrivaines Annie Ernaux et Christine Angot et de l’écrivain Hervé Guibert, mais son écriture est moins violente, moins brutale dans sa frontalité entre l’écriture et la vie. Sa plume est moins sèche aussi. Quoique ses phrases soient courtes et que ses chapitres le soient aussi (le livre est formé de fragments), Nina Bouraoui réussit à émouvoir (il faut lire, à cet effet, son meilleur livre, Beaux rivages, publié en 2016). DERNIÈRE CHANCE DE VOIR L’EXPO SHALOM MONTRÉAL Cette exposition met en lumière la participation des communautés juives au développement et à l’effervescence de la ville au 20e siècle. Elle met de l’avant des réalisations qui ont été et qui sont encore marquantes pour tous les Montréalais dans les domaines de l’architecture, de la protection du patrimoine, des sciences et de la santé, des droits de la personne, du commerce, des arts et de la culture.Shalom, un mot symbole d’ouverture et d’amitié ! L’histoire des communautés juives à Montréal est le reflet de la force de leurs traditions et de leur enracinement pluriséculaire. Issues d’un terreau culturel et intellectuel fécond, leurs réalisations attestent d’un désir de collaboration et d’entraide.Découvrez les histoires captivantes derrière plusieurs grandes contributions à la ville ! La scénographie présente un parcours riche en témoignages, en vidéos et en photographies subdivisé en cinq zones, chacune abordant un thème différent  : vivre ensemble, bâtir ensemble, prendre soin ensemble, lutter ensemble, commercer ensemble. 6 SHALOM MONTRÉAL, jusqu’au 11 novembre au Musée Mc COrd www.musee-mccord.qc.ca/fr Ses lecteurs et ses lectrices ne seront donc pas dépaysés pas son nouveau roman. Le livre suit deux grandes lignes chronologiques d’événements, ceux de sa jeunesse et ceux de son âge adulte en tant que femme aimant les femmes. Que ce soit sa vie déchirée en Algérie au moment de la terreur semée par les islamistes ou ses errances dans la nuit parisienne, elle se trouve dans une indétermination constante quant à son destin et à son avenir. La nostalgie se mêle sans relâche à ses chagrins, ses hésitations, ses désaveux, ses passions perdues et retrouvées, entre soupirs et idées noires, en particulier envers Ely et Julia rencontrées au bar lesbien, le Kat. On est devant une écrivaine tourmentée qui voudrait savoir où va son destin. Elle fouille son passé, interroge son présent, elle cherche une vérité unique dans un mouvement de va-et-vient entre ce qui était avant et ce qui viendrait après. Elle ressasse sans arrêt son histoire, rumine sur le chemin tortueux de son enfance et de son quotidien gai. Le roman pourra lasser celles et ceux qui ne seront pas sensibles à l’écriture simple, pleine de finesse et mélancolique de Nina Bouraoui. C’est pourtant une fiction à lire pour savoir justement ce qu’est la recherche d’une identité pleine et entière, entre le désir d’aimer et le désir d’écrire. Les hommes, dans le troisième roman du Sénégalais MohamedMbougar Sarr, n’ont pas, eux, la disponibilité ni le courage de s’affirmer homosexuels. Ils vivent dans la terreur d’être dénoncés. On est en Afrique de l’Ouest, et il n’est pas bon d’être góor-jigéen, ce qui veut dire « homme-femme » en langue wolof. Si tu n’es pas exclu de ta communauté, si tu n’es pas assassiné, ce sera, une fois mort, la revanche, la punition. On ne te pardonnera pas ta sexualité  : tu ne seras pas enterré. Ou bien, tu seras déterré, comme Amadou, cet homme tiré hors de sa tombe au cimetière pour cause d’homosexualité. C’est ce que découvre sur vidéo Ndéné Gueje, jeune professeur de lettres classiques qui n’en peut plus de l’hypocrisie et de la moralité traditionnelle qui pèsent sur l’enseignement (on lui reprochera d’enseigner Verlaine, connu pour sa relation avec Rimbaud). Il se mettra à la recherche du passé de cet homme, va voir sa mère, mais ses démarches suscitent incompréhensions, puis suspicions et rumeurs malveillantes. Il cherche à comprendre d’où viennent le rejet des homosexuels et la cruauté qu’on leur inflige. Il vit dans un pays musulman, et comme dans tous les pays musulmans, croît une intolérance envers la différence. Ce professeur a étudié en France et, de retour dans son pays natal, fait face aux désillusions. Il voudrait éveiller les consciences, mais il le sait, c’est presque impossible. La médisance sur lui, que lui révèle un confrère, le force à quitter son village natal pour aller dans la capitale. Ndéné n’est pas un lâche, mais un homme lucide, prêt à mourir pour défendre ce qu’il appelle le Mal, soit l’homosexualité. Dans une belle écri-ture, souvent poétique, MohamedMbougar Sarr livre un roman à la narration classique qui se veut, sans qu’il n’y paraisse, un pamphlet pour la justice et l’acceptation de la différence. 6 ANDRÉ ROY TOUS LES HOMMES DÉSIRENT NATURELLEMENT SAVOIR/Nina Bouraoui, Paris, JCLattès, 2018, 264 p.DE PURS HOMMES/MohamedMbougar Sarr, Dakar, Philippe Rey/Jimsaan, 2018, 191 p.



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