Fugues n°35-08 novembre 2018
Fugues n°35-08 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35-08 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Nitram

  • Format : (178 x 260) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 53,6 Mo

  • Dans ce numéro : afficher ses couleurs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ENTREVUE_AVEC NGABO Afficher ses couleurs NGABO ET SON NOUVEL ALBUM BEC TOUTES COULEURS UNIES//022 FUGUES.COM NOVEMBRE 2018 PHOTO  : JOHN LONDONO
PHOTO TIRÉE DU CLIP MAQUISART Sur la pochette de son prochain EP « BEC », on le voit couché par terre dans la verdure, fleurs jaunes à la main. Il porte du vernis à ongles bleu et, peint sur son front, un triangle rose inversé qui dévoile les couleurs de l’arc-en-ciel. Ngabo affiche dorénavant ses couleurs. Rencontre avec un musicien coup de cœur. C’était en 2011. Je ne me rappelle plus comment, mais le premier disque de Ngabo a atterri dans mon lecteur CD. Coup de cœur instantané pour cet artiste de la relève. Voix chaude, ambiance électro, musiques accrocheuses. Je craque. J’apprends qu’il est gai et l’invite à venir faire une prestation lors d’un Gala Arc-en-Ciel. Je découvre alors un homme sensible, allumé, drôle. Je lui lance alors une invitation  : une entrevue sous forme de portrait pour Fugues. Ce n’est pas l’envie qui manquait. Mais pas question d’accepter avant d’avoir fait son coming out auprès de ses parents vivant au Congo. Sept ans plus tard, il m’accueille chez lui et se livre en toute simpli-cité. Congo Assis à sa table de travail dans son salon, il accepte de me montrer les premières images de son prochain clip, la chanson Maquisard, une des quatre nouvelles pièces de son prochain EP, disponible en novembre. « Regarde, on a fait le tournage du clip dans un cimetière d’avions. C’est juste à côté d’où j’habitais. Enfant, j’allais souvent jouer dans ces avions. » Ngabonziza Kiroko est né à Byahi, au Congo. Il a quitté ce pays à 20 ans. « Je suis gai et je savais que ça marcherait pas pour moi au Congo. » Le clip continue de rouler. On le voit dans un lac, le lac Kivu, aussi très associé à son enfance. « Je me rappelle que j’allais souvent m’y baigner avec mes cousins. Après l’école, on allait chercher l’eau là et on en profitait pour se laver et nettoyer nos uniformes scolaires. Et pendant que nos vêtements séchaient, je me souviens que je trouvais ça beau de voir mes cousins… mais je savais que c’était pas normal (rires) ! » Il découvre son attirance pour les gars alors qu’il a 11 ans. « Et je savais que je ne pouvais pas en parler, que c’était un interdit. » Aucun modèle gai à l’horizon, l’homosexualité ne fait pas partie non plus de son vocabulaire à ce moment. Ce n’est que des années plus tard qu’il apprend qu’avant l’arrivée des Blancs au Congo, un certain comportement homoérotique avait existé. « À l’époque, mon peuple, les Tutsis, était des éleveurs de bétail. Avant que les colons arrivent, il y avait cette tradition où les hommes partaient avec leurs troupeaux accompagnés des garçons du village. Ça a l’air que c’était normal que les hommes couchent avec les jeunes quand ils se retrouvaient privés de leur femme. Quand tu regardes les histoires d'autres peuples, tu vois qu’il y a beaucoup de comportements comme ça qui ont existé, notamment chez les Romains. Quand la religion catholique est arrivée, ça a tout scrappé ! » Montréal En quittant le Congo à 20 ans, il est passé par l’Angleterre (« J’ai vraiment pas aimé ça ») et par Ottawa avant d’atterrir à Montréal en 2005. Il se sent bien ici. Le Mile-End, le Quai des Brumes, Notre Dame des Quilles, les soirées Moonshine. Tout ça, c’est chez lui. « Ma vie, c’est au Québec », dit-il. Mais il reste très attaché au Congo. « Cette année, c’était la première fois en six ans que j’allais voir mes parents. Pis ça m’a vraiment fait du bien. » Son voyage a été l’occasion de faire son coming out. « J’en ai parlé à ma mère et mes sœurs. Avec mon père, on n’en a pas encore parlé. Mais il le sait, car j’ai presque 40 ans et à cet âge-là, chez nous, t’es censé avoir une famille, des enfants. Moi, ce qui importait, c’est qu’il ne me parle plus de mariage. » Fils aîné de son père, Ngabo ne cache pas qu’il ne l’a pas eu facile. « J’ai eu une relation combative avec lui depuis mon enfance. C’était très violent. Il voyait que j’étais maniéré. Aujourd’hui, je ne porte pas de shorts parce que j’ai trop de cicatrices sur les jambes. À l’époque, je comprenais rien  : pourquoi était-ce toujours moi qui ramassais les coups ? C’est plus tard que j’ai compris. Et j’ai eu pitié de lui, car il ne savait rien de ce qu’était l’homosexualité. » « J’en ai parlé à ma mère et mes sœurs. Avec mon père, on n’en a pas encore parlé. Mais il le sait, car j’ai presque 40 ans et à cet âge-là, chez nous, t’es censé avoir une famille, des enfants. Moi, ce qui importait, c’est qu’il ne me parle plus de mariage. ». PHOTO TIRÉE DES ARCHIVES DE L’ARTISTE



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