Fugues n°32-08 novembre 2015
Fugues n°32-08 novembre 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32-08 de novembre 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Nitram

  • Format : (184 x 262) mm

  • Nombre de pages : 164

  • Taille du fichier PDF : 34,7 Mo

  • Dans ce numéro : image + nation, avant-goût du festival de films.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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SANTÉ ET BIEN VIVRE_VIVRE AVEC LE VIH VIH et travail SYLVAIN BEAUDRY TÉMOIGNE « NE TOUCHE PAS À MA BROCHEUSE ! » Après 10 ans à travailler pour les organismes Rezo, la Maison plein cœur et ACCM, Sylvain Beaudry a recueilli quantité de témoignages sur le traitement des personnes porteuses du VIH– sida en milieu de travail  : discrimination à l’embauche, congédiements injustifiés et travailleurs aux prises avec des conceptions du virus à des années-lumière de la réalité. 118 FUGUES.COM NOVEMBRE 2015 Il y a quatre ans, il a travaillé comme assistant de recherche pour une étudiante au doctorat en santé publique, qui travaillait sur l’attitude de la population québécoise envers les gens vivant avec le VIH. Son rôle  : écouter les réponses des participants à des questions comme « si vous appreniez qu’une personne de votre milieu de travail a le VIH, comment réagiriez-vous ? ». « Quelqu’un a dit qu’il la tuerait plutôt que de la côtoyer ! J’ai entendu plusieurs monstruosités. Le VIH a encore une connotation sale et dangereuse. Pas surprenant que les gens ne veulent pas se dévoiler. » Discrimination avant l’embauche Dans un contexte d’entrevue d’embauche, toutes questions relatives au statut sérologique sont interdites. « Ce n’est presque plus abordé aujourd’hui. Mais certaines questions donnent matière à interprétation, comme « devezvous consulter un médecin ou prendre des congés régulièrement ? ». » Un employeur peut questionner l’état de santé général d’un candidat si cela lui permet d’évaluer sa capacité à effectuer les tâches demandées. Toutefois, à ce jour, aucun employeur n’a réussi à démontrer que la séronégativité était une exigence professionnelle justifiée. Assurances collectives Les choses se complexifient si l’entreprise offre un régime d’assurance collective à ses employés. « Comme on ne peut pas mentir à son assureur, on doit dévoiler son statut sérologique. La compagnie d’assurance est tenue de conserver la confidentialité, mais entre la loi et la réalité, il y a parfois une marge. Si une entreprise embauche une seule personne en trois mois et que sa prime d’assurance globale augmente largement d’un seul coup, le patron peut conclure que son nouvel employé prend des médicaments qui coûtent cher. À moins que celui-ci subisse un traitement de chimio pour un cancer, ce qui est visible, il peut déduire que le nouveau venu a possiblement le VIH. » Éducation Si un employeur craint qu’une personne porteuse du VIH ne puisse accomplir son travail adéquatement, M. Beaudry lui suggère de consulter un organisme communautaire spécialisé. « Récemment, les dirigeants d’une cuisine collective m’a consulté au sujet d’un candidat porteur du VIH pour un poste de cuisinier. Je les ai rencontrés avec le candidat et je leur ai ex-
pliqué que lorsqu’un cuisinier se coupe, peu importe son statut sérologique, on met de côté la nourriture touchée et on stérilise le couteau. Il faut aussi avoir un plan de travail (une planche) qui est changeable. Finalement, ils l’ont engagé. » Discrimination Les porteurs du VIH qui parlent ouvertement de leur état font encore face à plusieurs préjugés. Comme celui du « bon » et du « mauvais » séropositif. « Si les gens apprennent que tu as attrapé le virus par transfusion sanguine ou lors d’un accident médical, ils vont être désolés pour toi. Mais si c’est par contact sexuel ou par drogue injectable, plusieurs pensent que c’est bien fait pour toi et que tu n’avais qu’à faire attention. » Dans le cadre de son travail, Sylvain Beaudry a entendu plus d’une histoire à faire dresser les cheveux sur la tête. « Certains se font dire "ne touche pas à ma brocheuse". Ou ils apprennent qu’un collègue a demandé à être changé de bureau, parce qu’il avait peur d’attraper le virus. À cause de ce genre d’attitude, plusieurs porteurs du VIH vont quitter leur emploi d’eux-mêmes. Ils ne peuvent plus gérer le harcèlement, la discrimination et le non-soutien du patron. » Au travail, il existe deux types de discrimination. La directe, quand un employé est traité différemment, exclu d’une activité ou rejeté d’un lieu en raison de son statut sérologique. Et l’indirecte, lorsqu’une personne séropositive souffre des règles de son entreprise, comme le rythme de travail trop élevé, l’équipement inadapté ou le nombre restreint de pauses et de jours d’absence. Accommoder la santé Pourtant, tout employé présentant un handicap – dans le contexte des lois du travail, le VIH/sida est présenté comme un handicap – a droit à des mesures d’accompagnement sur son lieu de travail  : ajustement des heures de travail et des jours de congé, adaptation de l’environnement, etc. « Par contre, c’est plus complexe de demander un accommodement, car le VIH est un handicap invisible, contrairement à une personne en chaise roulante, qui demande un accommodement évident. » N’empêche, les porteurs du VIH peuvent avoir des besoins particuliers. « On a des rendez-vous médicaux plus souvent, explique Beaudry, lui-même porteur du VIH depuis 2005. Si on attrape la grippe, notre système peut prendre trois semaines pour se remettre, parce qu’il est déjà compromis par le VIH. Si on tombe malade, on doit s’absenter plus longtemps. Dans mon environnement de travail, quand des collègues sont fiévreux, ils sont fortement encouragés à rester chez eux. Ils prennent des congés préventifs. » Congédiement injustifié Autre écueil majeur  : les congédiements justifiés par des performances décevantes, des absences trop fréquentes ou un niveau d’expertise ne correspondant pas à ce que la personne avait affiché au moment de l’embauche. Tout cela, alors que le VIH est la cause réelle de la mise à pied. « Les employeurs s’y prennent de façon détournée. Heureusement, il y a moyen de se défendre en allant devant la Commission des normes du travail ou devant la Commission des droits de la personne. Avec des lettres d’anciens collègues affirmant qu’on travaillait bien et qu’ils ne comprennent pas notre licenciement, et unC.V. répondant à presque toutes les exigences de l’offre d’emploi, on peut alléguer un congédiement abusif. Et on n’est pas obligé de prouver hors de tout doute que la raison non officielle mettait en cause le VIH, ce qui nous obligerait à nous dévoiler à plus de gens. » 6 SAMUEL LAROCHELLE Pour plus d’informations sur la discrimination en milieu de travail, consultez le site web de la COCQ-SIDA  : http://www.cocqsida.com/ressources/vihinfo-droits/discrimination-et-harcelement.html RECHERCHE DÉCOUVERTE DE L'UNE DES CLÉS DU VIH POUR INFECTER LES CELLULES Deux équipes ont mis au jour une des tactiques utilisées par le virus du sida pour envahir les cellules humaines à leur insu et s'y répliquer. Le VIH est un malin. Au fil l'évolution, le microbe a développé des parades afin d'annihiler les boucliers mis en place par les cellules humaines pour éviter d'être systématiquement infectées. Deux équipes de recherche, dont l'une impliquant des généticiens et bioinformaticiens de l'Université de Genève, ont mis au jour l'un de ces mécanismes de défense. Leurs études viennent d’être publiées dans la revue Nature. C'est une découverte qui explique pourquoi nos organismes sont bien protégés contre les infections de nombre de rétrovirus. Depuis longtemps, les scientifiques savent qu'une protéine, nommée Nef, joue un rôle crucial dans diverses étapes du cycle viral du VIH. « Notre travail de généticiens a été de comprendre pourquoi certaines cellules sont plus sensibles au VIH que d’autres, et donc à identifier les clés de cette variabilité en regard des actions de Nef », explique le professeur Stylianos Antonarakis, directeur de la Division de génétique médicale à l'Université de Genève, et co-auteur de l'étude. L’équipe de chercheurs a examiné des lignées cellulaires issues de différents organes. Et a mis la main sur SERINC5, une protéine de la membrane des cellules servant habituellement à leur autodéfense. Le mécanisme d'infection habituel du VIH se passe en deux temps. D'abord, le VIH se reproduit normalement dans une cellule. Mais lorsqu’il en ressort pour poursuivre son travail destructeur dans une autre cellule, il emporte avec lui une partie de la membrane cellulaire infectée pour constituer sa propre membrane. Cette bribe de membrane inclut des protéines SER- INC5. Ensuite, quand le VIH essaie d’infecter une seconde cellule, SERINC5 agit comme un signal d’alarme et prévient cette dernière de l’arrivée du pathogène. Le virus ne serait alors en principe plus capable d’y pénétrer, la cellule-cible, parée, l'en empêchant. « C'est ce processus qui explique pourquoi nous ne résistons à l'attaque de nombreux rétrovirus », conclut les chercheurs. Mais pas à l'assaut du VIH, car toute l'astuce est là  : la protéine Nef du virus du sida inhibe SERINC5. Autrement dit, le microbe VIH fait disparaître ce qui, pour la cellule qu'il vise, constitue un signal d'alarme de l'attaque en cours. Ce facteur cellulaire antiviral pourrait être exploité pour développer des thérapies géniques anti-VIH. En soulignant à nouveau l'importance de ces travaux, Didier Trono relativise  : « Cette protéine SERINC5 s'ajoute à la longue liste des molécules impliquées dans le cycle d'infection du VIH, qui constituent autant de possibilités pour développer des médicaments » freinant le pathogène. Trois de ces molécules, en jeu directement dans la réplication du VIH lui-même, sont déjà ciblées par les substances qui constituent les trithérapies. « Or, dans ce nouveau cas, il faudrait développer un produit neutralisant non pas l'action d'une seule molécule, mais l'interaction entre deux protéines », à savoir Nef et SERINC5. « C'est possible, mais plus complexe. Et l'on connaît la frilosité de l'industrie pharmaceutique à se lancer dans la recherche de médicaments entièrement novateurs. » 6



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