Fragonard Magazine n°7 2019
Fragonard Magazine n°7 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de 2019

  • Périodicité : annuel

  • Editeur : Les Parfumeries Fragonard

  • Format : (190 x 230) mm

  • Nombre de pages : 144

  • Taille du fichier PDF : 15,1 Mo

  • Dans ce numéro : le soleil bleu de Provence.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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TENDANCES 118 Fragonard magazine De la même façon, sans éthylvanilline, pas de Shalimar de Guerlain, sans aldéhydes, pas de N o 5 de Chanel… On pourrait ainsi égrener longtemps les merveilleuses molécules qui se cachent derrière nombre de succès mondiaux. Et c’est toute l’ironie de la chose, l’une des grandes qualités des process chimiques est de reproduire le naturel… à la perfection. « Faites sentir une rose reconstituée de façon synthétique et une huile essentielle de rose, tout le monde vous dira que la note naturelle est la première et la préférée », raconte Jean Guichard, parfumeur auteur de Soleil chez Fragonard et ancien directeur de l’école de parfumerie Givaudan. « Ceci s’explique par le rendu olfactif de l’huile essentielle, qui présente un aspect artichaut peu plaisant et qui ne peut restituer toute la pureté d’un pétale senti au petit matin. Ses facettes fraîches très volatiles sont perdues lors de la distillation qui chauffe la matière. Inversement, lorsque l’on recrée une rose en laboratoire, on en assemble tous les composants olfactifs, d’où cette vraisemblance. » UNE NATURE TROP SOUVENT « MUETTE » Et encore, la rose livre une odeur lors de l’extraction, ce qui n’est pas le cas de nombre de végétaux alors qualifiés de « muets »  : le muguet en est l’exemple parfait, interprété par le nez Edmond Roudnitska dans le célèbre Diorissimo de Dior créé en 1956 à l’aide d’artifices. Celui-ci affirmait d’ailleurs  : « Si la nature est généreuse, la synthèse l’est infiniment plus, et sa corne d’abondance, ce sont des milliers de produits qu’elle a apportés aux parfumeurs. » Ainsi, les fruits – pomme, cerise noire, mûre, framboise – présents dans la majorité des créations féminines, ne peuvent être obtenus que par réaction chimique. Il en est de même des notes aquatiques et des sensations de fraîcheur abstraites. « Sans molécules, on en serait encore à faire des eaux de Cologne et des parfums oscillant entre notes boisées et aromatiques », estime Olivier Pescheux de chez Givaudan. Une réflexion partagée par sa consœur Céline Ellena  : « Lorsque j’ai imaginé Pivoine de Fragonard, la nature ne pouvait m’offrir d’huile C’est toute l’ironie de la chose, l’une des grandes qualités des process chimiques est de reproduire le naturel… à la perfection. essentielle, car la fleur est splendide mais totalement muette ! J’ai donc employé de l’Hélional, du Florol et de l’alcool phényléthylique pour mimer ces odeurs d’eau, de vent, et de pétales de pivoine. J’y ai ajouté des huiles essentielles de géranium et d’ylang-ylang pour aboutir à un effet final délicat, transparent. Je n’aurais pu réaliser un parfum aussi proche de ce que l’on sent dans un jardin sans réunir ces deux origines. » Daniela Andrier, parfumeuse chez Givaudan et auteur du best-seller Fleur d’oranger de Fragonard, emploie l’image d’un coton stretch pour illustrer l’apport de la chimie. « C’est un coton auquel de l’élasthanne donne de la technicité et du confort, autorisant des coupes et une texture qui épousent le corps. Ce serait impossible avec un 100% coton brut. C’est un fil conducteur, une trame sur laquelle il vient s’accrocher. L’ingrédient naturel a différentes facettes qui donnent de la vie et ondulent différemment d’une peau à l’autre. Le synthétique est plus monolithique mais offre une évaporation stable. En cela, il est intéressant de les associer. » Des notions techniques qui ne parlent probablement pas au consommateur, et pourtant celui-ci serait désemparé de ne pas retrouver un parfum constant au fil de ses achats. Or une essence embaume forcément différemment d’une saison et d’un terroir à l’autre, exactement comme le vin. Autre bémol de la nature, son champ des possibles n’est pas infini. Il est devenu rare que les fournisseurs proposent une espèce botanique à l’odeur encore jamais sentie puisque la majorité des végétaux de la planète ont déjà été « disséqués » pour en étudier les effluves potentiels. Alors, depuis quelques années, les nouveautés enregistrées comme naturelles sont plutôt issues de deux nouvelles sources  : d’un côté, de nouvelles techniques d’extraction (avec des distillations plus sophistiquées, des extractions par gaz plus fidèles car elles ne chauffent pas la matière) ; de l’autre, la biotechnologie, effectuant des réactions enzymatiques ou de biocatalyse sur une fleur, un bois… pour arriver à une nouvelle senteur. C’est un peu le principe de
la levure ajoutée au blé pour faire du pain ou de la fermentation du sucre du raisin qui aboutit au vin. D’ailleurs, la « bio-tech » est devenue un enjeu majeur de la recherche actuelle, même si les nouveautés qui en sont issues sont encore confidentielles. Car celles-ci doivent répondre aux impératifs d’éthique et d’écologie, en plus d’être intéressantes olfactivement. Ce qui explique leur long process. À QUAND LA RECONNAISSANCE D’UN ART DE LA COMPOSITION ? Dernière idée reçue, penser que les ingrédients naturels sont forcément chers, versus les chimiques bon marché. Prenons le cas des agrumes, très utilisés pour donner du fusant et de la fraîcheur (dans les Cologne notamment, qu’ils composent à 75%). Leur prix reste très abordable puisque leur exploitation dépend de sous-produits de l’industrie alimentaire. Ainsi, l’huile essentielle d’orange douce, autour de 13 € /kg, vient de l’écorce récupérée des fabriques de jus de fruit. Inversement, certaines molécules ont des process sophistiqués atteignant des prix exorbitants. Ainsi la Muscenone aux inflexions de propreté et de rondeur réconfortante se négocie autour de 400 € /kg. L’Ambroxan, boisé ambré unique, atteint aussi plusieurs centaines d’euros le kilo… On l’a bien compris, ce n’est ni le prix, ni la provenance des ingrédients qui fait la valeur d’un parfum mais bien sa force d’évocation et sa signature. Des caractères qui dépendent avant tout du talent du nez qui tire les fils des diverses matières à la façon d’un magicien. « Un peu comme en musique, un accord est fait de plusieurs notes simultanées », développe Olivier Pescheux. « La molécule serait alors la note majeure de l’accord puisqu’elle raconte tout de suite une histoire précise et simple. Les essences naturelles ajoutées forment la mélodie. Sachez par exemple que l’huile essentielle de patchouli contient plus de cent composés différents. J’en ai mis 25% dans ma création Patchouli de Fragonard, avec aussi des agrumes pour alléger le tout. En parallèle, du Pepper Wood, une molécule épicée boisée, fait le relais entre cet envol frais et ce bois rauque, quand des muscs (synthétiques) apportent moelleux et sensualité. » Ce patchouli tour à tour frais, piquant, légèrement floral puis doucereux flirte plus avec la symphonie qu’une partition en solo. Il est aussi un bon résumé de ce qui nous pousse à acheter un parfum  : nous embarquer dans une odyssée des sens, peu importe finalement comment. Et qui souligne au passage que la composition de parfum mériterait d’être considérée comme un art, au même titre que la musique, la danse ou la poésie… DES INGRÉDIENTS SOUS HAUTE SURVEILLANCE Vous êtes-vous déjà étonné que votre parfum « ne sente plus comme avant » ? C’est possible et probablement parce que l’un de ses composants n’est plus conforme à la législation en cours. Depuis sa création par l’industrie en 1973, l’IFRA (International Fragrance Association www.ifraorg.org) est un organisme qui contrôle l’innocuité des matières premières utilisées et édite régulièrement les directives (appelées amendements) régissant leurs standards d’utilisation. Les sociétés ont obligation de suivre ces amendements qui réduisent régulièrement le champ des possibles. Ainsi, les ingrédients utilisés depuis toujours sont passés au crible les uns après les autres pour détecter tout potentiel allergène voire toxique. On compte déjà un certain nombre de composés interdits ou bien limités à de faibles dosages, comme les furocoumarines, présentes dans la bergamote, l’oranger, le pamplemousse…, le méthyleugénol (dans la muscade, le clou de girofle) ou la mousse de chêne inhérente aux familles Chypre ou Fougère… Les naturels peuvent aussi être nettoyés en laboratoire de leurs substances irritantes, mais cela a une influence sur leur parfum. D’où l’intérêt croissant à incorporer dans une formule des molécules issues de la synthèse, qui subissent des tests d’innocuité drastiques avant mise en circulation. Et pour pallier ces restrictions, les marques reproduisent au plus proche les substances bannies mais sans arriver forcément au même résultat final. Ce qui aboutit à cette sensation justifiée d’un parfum modifié – mais c’est pour votre sécurité. TENDANCES Fragonard magazine 119



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