Food Magazine n°16 décembe 2009
Food Magazine n°16 décembe 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de décembe 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Silvestri Media

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 7 Mo

  • Dans ce numéro : le chocolat dans tous ses états.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L’INTERVIEW La Fenagri doit être plus forte, avec une base, des membres beaucoup plus actifs Amine Berrada ne manque pas de projets, que ce soit en qualité de tout nouveau Président de la Fédération Nationale de l’Agroalimentaire ou de dirigeant d’une chocolaterie particulièrement dynamique. Il évoque ici avec nous les problèmes qui lient les mains des industriels marocains et empêchent un réel essor du secteur. Aujourd’hui, le gouvernement semble enfin prêter l’oreille à ces doléances. Pour saisir la balle au bond, Amine Berrada en appelle à une mobilisation générale des opérateurs. FOOD Magazine Vous venez d’être élu à la présidence de la Fenagri : quels sont vos objectifs, vos projets pour le secteur agroalimentaire ? Amine Berrada J’aimerais d’abord signaler que je suis élu par intérim, en attendant de futures élections, suite à la nomination de M. Marrakchi, l’ancien Président, comme Vice-Président de la CGEM. Les deux postes ne pouvant pas être cumulés, le conseil d’administration de la Fenagri m’a élu jusqu’aux prochaines élections, qui auront lieu en 2010. Comme mon mandat est assez court, il fallait se concentrer sur quelques points. Nous avons sollicité toutes les associations pour essayer de recenser toutes les problématiques sectorielles. Il en est ressorti 4 grands axes pour le développement de la filière industrielle. Le premier chantier est l’accès aux intrants, en particulier pour les FOOD MAGAZINE - N°16/Du 15 Nov. au 15 Déc. 2009 34 entreprises de seconde transformation, qui payent des droits de douane sur les matières premières alors que des produits finis rentrent à 0 ; c’est une aberration. La deuxième problématique est le combat contre la sous-facturation, qui touche tous les secteurs, et qui rend superficiellement moins cher les produits qui en bénéficient. Le troisième problème est la réglementation et la philosophie de la réglementation. Nous estimons qu’il y a un déficit de réglementation, et, quand elle existe, elle n’est pas réellement efficace ni appliquée. Quand la réglementation date de 1914 ou 1920, elle n’est plus d’actualité ! Le gouvernement a entamé une démarche, mais le chantier est énorme et nécessite un travail minutieux et aussi une philosophie de contrôle du produit fini et non du process. Les pouvoirs publics veulent mettre en place le HACCP, c’est-àdire imposer des process aux industries alors qu’ils devraient plutôt contrôler la qualité et la sécurité du produit fini, pour toute la filière, producteurs comme importateurs. Appliquer une règle seulement aux industriels est aussi un danger car il y a beaucoup de produits de Chine, de Turquie… qui rentrent sur le marché sans respecter la réglementation en vigueur ou les normes d’étiquetage. Quatrièmement, un des gros problèmes est la TVA. La politique du gouvernement a toujours été axée en faveur de l’agriculture. L’agriculture est sacrée au Maroc, donc on l’a défiscalisée. Mais le différentiel entre la TVA sur les Amine Berrada, Président de la Fenagri et Directeur Général d’Aiguebelle produits agricoles et la TVA sur les produits agroalimentaires est tel – 20% ! - que c’est un frein important pour le développement de l’industrie. Prenez une orange qui vaut 2 Dirhams. Cette même orange, au moment où vous décidez de la presser, coûte déjà 2,40 à un industriel avant sa transformation en jus. Un agriculteur est défiscalisé car il ne paye ni IS ni TVA. S’il décide de transformer son produit, il doit supporter la TVA sur le produit agricole également. Faire le pas de la transformation (l’industrie) lui coûte trop cher. S’il transforme son produit, ce sera de façon informelle, en dehors de tous les circuits de contrôle sanitaires. Cet informel comporte des risques sérieux d’intoxication de la population marocaine. En Europe par exemple, la TVA sur les produits agroalimentaires tourne autour de 6%. En Espagne, elle est de 8% mais il n’y a pas de différentiel avec la TVA agricole. En soi, un taux de TVA élevé incite à l’informel, mais un différentiel élevé freine encore plus le développement de l’industrie. Voilà donc les 4 grands chantiers pour lesquels nous mobilisons les pouvoirs publics. Nous avons déjà sensibilisé le Ministère du Commerce et de l’Industrie, qui se fait fort de nous soutenir dans cette démarche et d’intervenir auprès des autres acteurs du gouvernement. Avez-vous présenté ces doléances à l’occasion des Journées de l’industrie, qui viennent de se dérouler ? Nous avons effectivement eu deux réunions avec le Ministre du Commerce et de l’Industrie : la première pour faire part de nos doléances, auxquelles le Ministre est venu répondre ; la deuxième concernait les points spécifiques du Pacte Emergence et leur avancement. Le Ministre est venu tenir au courant les industriels des avancements sur les engagements qu’il avait pris. Pour moi, c’est une révolution des mentalités ! Toute l’équipe du Ministère, et c’est louable, est
venue nous écouter : le Secrétaire Général, la Direction de la production industrielle, les responsables de l’agroalimentaire… en tout une dizaine de personnes. Le Ministère nous accompagne totalement dans notre démarche. Maintenant il va falloir rencontrer tous les autres intervenants : les Douanes, le Ministère de l’Agriculture, … Un autre point qui a été discuté avec le MCINET est l’activation de l’UMOA, les accords avec l’Afrique de l’Ouest. Certains produits marocains exportables avaient été enlevés de la liste et nous souhaiterions les y remettre. Le Ministre va aussi se mobiliser dans ce sens. Ce Pacte National pour l’Emergence industrielle est assez ambitieux, puisqu’il prévoit un PIB additionnel de 10 milliards de Dh. Les actions retenues correspondent-elles justement à une partie de vos doléances ? Non, il ne couvre pas toutes les doléances, notamment techniques, car le Pacte est plus général, plus transversal. Mais nous nous inscrivons totalement dans cette démarche, surtout que ce Pacte vient compléter le Plan Maroc Vert. Il faut savoir qu’aujourd’hui le Maroc est importateur net de produits agricoles. Et compte tenu des problèmes précités, l’agriculteur a plus intérêt à exporter ou à vendre sa production en vrac plutôt qu’à un industriel. Avec le Plan Maroc Vert, il y aura plus de disponibilités en matières premières pour l’industrie. Et l’industrie est nécessaire aussi pour pérenniser le Plan Vert, car si on ne valorise pas les commodités produites sur le marché intérieur, elles seront soumises à une concurrence mondiale, donc à des prix et une valeur ajoutée très bas, ce qui va maintenir une certaine paupérisation de la population. Alors que l’industrie peut tirer les prix vers le haut… Tout à fait, cela va créer un marché local, peut-être moins soumis à la concurrence mondiale. D’ailleurs, on peut constater aujourd’hui que l’industrie alimentaire marocaine, pour toutes les raisons que j’ai citées, reste très faible, elle est quasiment inexistante. La valeur ajoutée industrielle, rapportée à la valeur ajoutée agricole, est trois fois inférieure au Maroc par rapport à d’autres pays à vocation agricole comme la France ou l’Espagne. C’est dire si la marge de progression est importante. En levant les freins, je pense qu’il y a matière à développer une industrie locale, à même d’accompagner le Plan Maroc Vert. Les mentalités changent aujourd’hui. L’industrie a été complètement délaissée, mais aujourd’hui, avec la crise, on a pris conscience que l’industrie était une source de valeur ajoutée pérenne et importante, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. On continuera toujours de manger. Désormais, on a en face un gouvernement qui veut développer l’industrie, et c’est une première. Concernant les difficultés de la filière, des avancées concrètes ontelles pu être obtenues ou bien est-ce que tout reste à faire ? Non, il y a clairement des avancées. Le Ministre a passé en revue tous les axes du Pacte Emergence, qui se focalise sur les métiers mondiaux du Maroc identifiés par McKinsey (filières oléicoles, biscuiterie, viande…). Tout ce qui est cité dans le Pacte est en train d’avancer vraiment, c’est ce que M. Chami nous a démontré lors de la Journée de l’Industrie consacrée au secteur agroalimentaire. Concernant les 4 axes que j’ai mentionnés plus tôt, sur la sous facturation il y a une prise de conscience mais tout reste à faire. Il s’agit surtout de trouver un système pérenne, une solution de process. Ce n’est pas mobiliser les douanes pendant une semaine ou un mois et puis après il y a un relâchement, comme nous l’avons vu par le passé. Il faut trouver une solution de surveillance constante, par un échange entre les pouvoirs publics, la Fenagri, les industriels, la douane et les importateurs. Pour cela, il existe beaucoup d’outils, comme la comparaison des statistiques d’exportation des pays émetteurs avec les importations du Maroc. La douane se mobilise clairement, maintenant il faut systématiser la coopération. Pour la réglementation, beaucoup de choses ont été faites, mais nous souhaitons une participation plus importante de tous les partenaires publics et privés pour avancer ensemble, afin que les objectifs se rejoignent. Ces objectifs sont la sécurité du consommateur d’une part, mais aussi une forme de protection via des barrières non tarifaires, que les industriels aimeraient appliquer. La plupart des pays ont des barrières non tarifaires très importantes ; au Maroc aucune n’est appliquée. Il y a donc encore des choses à faire. Concernant le problème de TVA, nous avons rencontré le Directeur des Impôts. Nous lui avons proposé, de façon utopique, d’aligner la TVA sur le taux minimum, soit de passer de 20 à 7 ou à 10%. Il est évident que ce n’est pas du tout dans la logique des choses, puisque la TVA augmente sur un certain nombre de produits aujourd’hui. Et l’agriculture reste totalement défiscalisée. Si on ne peut pas baisser la TVA pour l’industrie, existe-t-il un espoir de fiscaliser un peu l’agriculture ? Compte tenu du problème d’exode rural, non. D’ailleurs, ce n’est pas notre objectif. Pour nous, baisser le différentiel passe par la baisse de la TVA sur les produits alimentaires, ce qui engendrera une baisse des recettes fiscales à très court terme, mais compte tenu de 1) la baisse de l’informel et de l’augmentation de l’assiette fiscale, 2) du développement de l’industrie suite à la levée du frein fiscal, et 3) de l’augmentation des profits et donc de l’IS, les recettes fiscales devraient très vite augmenter, engendrant par la même occasion des créations d’emploi et une meilleure sécurité alimentaire tout en pérennisant l’agriculture. J’espère que dans quelques années on y arrivera. En attendant, nous continuons à sensibiliser le gouvernement. La solution, c’est d’avoir un différentiel zéro. C’est une décision très difficile, mais, pour moi, si un gouvernement voulait développer l’industrie, il la prendrait. Enfin, pour l’accès aux intrants, dans le cadre d’Emergence, la filière biscuiterie – confiserie – chocolaterie va bénéficier de baisses sur le sucre, le lait et la farine biscuitière. C’est une avancée qui va entrer en vigueur incessamment. Cependant, elle n’est pas complète, puisque, en contrepartie, les droits de douane sur les produits finis ont baissé, ce qui favorise les importations. Et il reste des droits importants sur des matières premières comme les graisses végétales, le cacao, le glucose, les emballages… Ce sont clairement des aberrations. Nous avons aussi sollicité les différentes associations membres de la Fenagri, mais, et c’est le dernier volet, il faudrait aujourd’hui une Fenagri plus forte. Il n’y a pas de culture associative, les gens n’y croient pas trop. Mais aujourd’hui, on a réellement en face un gouvernement qui a intérêt à avoir une association forte et qui veut un interlocuteur unique, M. Chami me l’a dit lui-même et je suis tout à fait d’accord avec lui. Il faut que la Fenagri soit plus forte, qu’elle soit un interlocuteur légitime du gouvernement, donc il faut qu’elle ait une base, des membres beaucoup plus actifs. C’est donc aussi à la Fenagri de fédérer plus. Donc vous lancez un appel aux industriels pour qu’ils se mobilisent. Tout à fait, il faut que les associations se mobilisent. Il y a beaucoup de choses à faire. En face, le gouvernement a envie de travailler et a besoin d’interlocuteurs crédibles. Cela passe par une participation plus importante des différents acteurs. La Fenagri peut être FOOD MAGAZINE - N°16/Du 15 Nov. au 15 Déc. 2009 35



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