Finyear n°36 sep/oct 2014
Finyear n°36 sep/oct 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36 de sep/oct 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Alter IT

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 11,3 Mo

  • Dans ce numéro : Working Capital Tour... le road show de l'optimisation du cash.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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LIFESTYLE PARISIAN GENTLEMAN Ma nouvelle vie chez Berluti  : Entretien avec Anthony Delos Si vous lisez PG depuis quelques années, vous savez que nous tenons en grande estime le jeune maître bottier Anthony Delos auquel nous avons consacré de nombreux articles dans ces colonnes entre 2009 et 2012 (voir Ici et Ici). En Juillet 2012 la nouvelle avait ainsi un peu fait l’effet d’une bombe sur PG, sur les fora et dans le petit monde des amoureux des très beaux souliers sur mesures  : Anthony Delos, l’un des bottiers préférés des calcéophiles de France (et d’ailleurs), allait rejoindre l’atelier Berluti avec sa petite équipe jusqu’alors installée aux Rosiers sur Loire (dans l’atelier d’Anthony) à côté de Saumur dans le Maine et Loire. C’était, pour beaucoup, une sorte de crève-coeur tant les souliers du jeune Delos faisaient à l’époque l’objet d’une très grand engouement, notamment pour leurs formes d’un équilibre stupéfiant et pour leurs patronages toujours discrets et élégants. Depuis lors, nous n’avions pas eu l’occasion de revoir Anthony et beaucoup d’entre nous se posaient la question de savoir non seulement comment il s’acclimatait à sa nouvelle vie mais également comment la « patte » Delos allait pouvoir faire pour s’exprimer au sein d’une maison possédant un univers esthétique aussi fort et singulier que Berluti. J’ai donc le plaisir de retranscrire aujourd’hui dans les colonnes de PG les meilleurs moments d’une longue et passionnante discussion que j’ai eue il y a quelques jours avec Anthony à propos de sa nouvelle vie chez Berluti. Dans cet entretien fleuve, Anthony revient sur son parcours, évoque ses vieux maîtres, partage sa vision du métier de bottier, nous parle de sa nouvelle vie, de ses nouvelles responsabilités et bien sûr, de sa passion, intacte, pour ce métier si difficile et si exigeant. Parler bottes et souliers avec Delos c’est un peu comme parler rugby avec Jonny Wilkinson. Anthony est en effet l’archétype de l’artisan humble et discret qui, quelle que soit l’occasion, 34 | Finyear N°36 - SEPTEMBRE - OCTOBRE 2014 s’efforcera toujours de parler des mérites d’autrui (ses collègues, ses maîtres, ses compagnons) plutôt que des siens. Mais parler souliers avec Anthony, c’est aussi évoquer et passer en revue tout ce que la France compte de bottiers et de cordonniers de talent, tant son parcours est émaillé, comme tous ses frères Compagnons du Devoir, de rencontres marquantes et souvent décisives avec ceux qui font la richesse de ce noble artisanat en France. PG  : Pouvez vous nous expliquer pourquoi vous avez choisi, en 2012, d’intégrer la Maison Berluti alors que vous commenciez à jouir d’une belle renommée nationale voire internationale avec votre propre atelier et que votre production de souliers sur mesures était en pleine progression ? J’imagine que l’aspect économique, quoique important, n’a pas été le seul facteur pesant dans la balance pour prendre une telle décision ? Anthony Delos  : Au moment où Berluti me propose d’intégrer l’entreprise et de prendre des responsabilités au sein de l’atelier mesure, je suis en effet dans une situation en apparence favorable avec mon propre atelier. Je dis « en apparence » car en réalité, ma situation est assez compliquée  : j’ai, en effet, de plus en plus de commandes et de plus en plus de clients. Mais le problème c’est que dans notre métier le temps n’est pas compressible, et que quelle que soit la santé de votre affaire, il vous faut toujours et invariablement entre 40 et 60 heures de travail à la main pour fabriquer et livrer une paire de souliers. Et cela sans compter la prise de mesures, les essayages et tous les imprévus qui font le charme, mais aussi la difficulté extrême de notre métier. A l’époque je suis donc récemment installé dans mon atelier situé proche de mon domicile et mon emploi du temps est de plus en plus difficile à
gérer  : la semaine je travaille à l’atelier en province avec ma petite équipe de quatre personnes (dont deux apprentis) quelques jours, puis je fonce dans mon show-room à Paris très fréquemment pour rencontrer les clients, prendre les mesures, faire les essayages et le weekend je fais la gestion et l’administratif. La dure réalité de notre métier c’est donc que lorsque les petits ateliers comme le mien bénéficient d’un peu d’exposition médiatique (grâce aux forums et à des sites comme PG), ils arrivent en réalité très vite à un goulet d’étranglement lié à la complexité de notre artisanat  : en effet, sauf à être capable de recruter très vite des bottiers confirmés pour faire face aux commandes (si toutefois vous avez la chance de les trouver et les moyens de les payer), les délais de livraison s’allongent irrémédiablement et vous vous retrouvez à courir après le temps en permanence. C’était grossièrement la situation dans laquelle je me trouvais lorsque Berluti m’a contacté pour me proposer d’intégrer la maison. Je dois avouer qu’entrer chez Berluti était tout simplement un rêve pour moi et je remercie vivement Antoine Arnault de m’avoir donné cette opportunité unique. PG  : Si je vous comprend bien, le bottier court d’abord après les clients, puis après ce sont les clients qui courent après lui car il n’a que deux mains ! C’est un cercle infernal. Est-il encore possible de réussir dans ce métier en travaillant seul ou avec un ouvrier en 2014 ? Anthony Delos  : Tout dépend de votre objectif. Je connais quelques bottiers en province qui ont choisit la qualité de vie, qui préfèrent se contenter de quelques clients par an plutôt que de développer leur affaire et qui sont très heureux comme ça. Dans ce cas, je pense que c’est encore possible mais c’est un choix de vie différent et ce n’était pas ma vision de l’entreprise au moment de mon installation. Après plusieurs années, je vois cependant les choses différemment et je comprends aujourd’hui très bien ce type de choix. En revanche, s’installer avec l’ambition de venir chasser sur les terres des nouveaux gentlemen élégants qui sont courtisés par tous les bottiers de la planète, est une toute autre histoire. Et le nerf de la guerre, c’est la main d’oeuvre et donc la capacité à recruter mais aussi, et surtout, à former des jeunes bottiers. Et c’est surtout ce dernier point, capital, qui pose problème aux petites structures qui n’ont souvent pas les reins assez solides pour recruter et pour avoir le temps de former des employés. Quand j’ai accepté la proposition de Berluti, j’avais deux apprentis en première année d’apprentissage, un jeune ouvrier et mon chef d’atelier, Laurent Maitre, qui est mon compagnon de route depuis 2006 et qui d’ailleurs dirige toujours l’atelier des Rosiers. Non seulement ont-ils tous été embauchés par Berluti, mais à ce jour j’ai déjà aidé à former cinq jeunes bottiers ce qui, pour moi, est très important et fait partie intégrante du métier. Ce rapprochement avec Berluti a donc été pour moi et pour mon équipe, une formidable opportunité nous permettant d’exercer notre métier dans les meilleures conditions possibles dans l’une des plus grandes et des plus belles maisons du secteur. PG  : Continuez vous à faire des souliers ? Anthony Delos  : Lorsque j’ai dit oui à Berluti, j’ai posé deux conditions  : tout d’abord le maintien de mon atelier aux Rosiers sur Loire avec mon équipe (ce qui est le cas) et ensuite la possibilité pour moi de continuer à faire des souliers. Je n’y peux rien, je suis fait ainsi  : il m’est en effet impossible de m’éloigner de mes outils plus de trois LIFESTYLE i semaines sans commencer à sentir un manque. Donc oui, je continue à faire des souliers et des bottes même si, évidemment, mes responsabilités dans l’atelier couvrent également d’autres domaines, comme la création des formes, l’organisation du travail, le contrôle qualité et la formation des jeunes bottiers. En fait je veille à faire en sorte de fabriquer directement au moins une paire par mois. J’ai par exemple récemment refait, pour un client, la bottine Balmoral avec laquelle j’avais remporté mon concours de Meilleur Ouvrier de France. Cette bottine, d’une haute technicité (voir photo ci-dessous) a ceci de particulier qu’elle propose trois types de couture différents  : le cousu trépointe, le cousu norvégien, mais aussi le « tressé norvégien » pour souligner le talon. PG  : Parlez nous de votre nouvelle vie chez Berluti. Comment vous êtes vous acclimaté au fait de travailler sous la direction de quelqu’un alors que vous étiez seul maître à bord chez vous ? N°36 - SEPTEMBRE - OCTOBRE 2014 Finyear | 35



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