Finyear n°27 septembre 2013
Finyear n°27 septembre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de septembre 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Alter IT

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 8,5 Mo

  • Dans ce numéro : États-Unis... une renaissance industrielle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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TREASURY Bitcoin : derrière la bulle, de vrais débats mode « pull » et consistent à fournir une information sensible (le numéro de carte) permettant de prélever de l’argent sur un compte. Notons que sans possibilité d’enregistrer son numéro de carte, le client potentiel abandonne souvent (dans un tiers des cas) son panier avant la saisie fastidieuse des 16 chiffres de sa carte bancaire. C’est aussi qu’entre la décision d’achat et l’acte d’achat, il y a le doute, alimenté par la possibilité d’une fraude. Or une solution comme Bitcoin oppose une prévention efficace à la fraude : il est beaucoup plus logique et facile d’identifier les commerces de confiance que de scruter les habitudes d’achat de millions d’utilisateurs. De même, le stockage des numéros de cartes bancaires par un nombre croissant de sites marchands ou de porte-monnaie en ligne est à la fois coûteux et inefficace. Coûteux car les attaques visant ces bases de données contraignent les opérateurs à mettre en place des infrastructures dédiées. Inefficace car, sur le principe du maillon faible, une vulnérabilité d’un seul de ces opérateurs réduit à néant la sécurité mise en place par les autres. La question sensible de l’anonymat Les avantages indéniables de Bitcoin pour répondre aux problèmes actuels et futurs des solutions de paiement en ligne s’accompagnent de questionnements sur certaines innovations du protocole de paiement, qui ont pu susciter des inquiétudes. Notons d’emblée que les lobbies des banques privées n’ont pas hésité à caricaturer les risques supposés liés à Bitcoin. Deux représentants de la Bitcoin Foundation ont ainsi été conviés à Washington mi-juin pour une conférence consacrée à… la pornographie infantile. Il n’est pas 26 | Finyear N°27 - SEPTEMBRE 2013 interdit de penser que les lobbys des réseaux bancaires privatifs ont intérêt à créer une atmosphère sulfureuse autour d’une innovation aussi puissante car son émergence sonnera la fin de la rente de situation dont ils bénéficient depuis des décennies. Les mêmes tentatives d’amalgames avec le terrorisme ou la pornographie avaient été employées pour dénigrer l’émergence du web en son temps. Mais allons au fait. La principale inquiétude porte sur la possibilité de réaliser des transactions anonymes, qui laisserait augurer d’un boulevard offert au blanchiment d’argent. Or cette critique fréquente est doublement infondée. Tout d’abord, il faut se rappeler que dans certaines situations, l’anonymat est en fait souhaitable pour préserver nos libertés : si une entreprise privée ou publique peut accéder à toutes nos données de transaction, elle pourra utiliser ces données à l’encontre de tous ceux qui exercerait un contrepouvoir utile, comme remonter publiquement une alerte sur une pratique abusive ou dangereuse. Dans bien des pays, un citoyen hésitera à payer sa cotisation à un parti d’opposition avec une carte de crédit s’il suspecte une collusion entre sa banque et son gouvernement. Alors que les pouvoirs de l’État sur notre vie quotidienne sont désormais transférés pour partie au pouvoir supranational d’entreprises privées, cette question devrait nous inciter à une vision nuancée de l’identité numérique et de l’anonymat. Par ailleurs, l’anonymat, comme la décentralisation ou la sécurité, ne se mesure pas avec une variable booléenne, vraie ou fausse. Dans une transaction bitcoin, il y a au moins une adresse d’origine (hormis les transactions de génération qui créent les bitcoins ex nihilo mais en quantité limitée) et une adresse de destination. L’analyse des transactions peut permettre de remonter aux identités impliquées dans une transaction ou de mettre en évidence une volonté délibérée d’anonymat. En particulier, l’usage du réseau Tor (réseau d’anonymisation des adresses IP) ou d’un service de mixage des fonds sera révélateur d’une intention de dissimulation. De même, l’évasion fiscale s’appuie très majoritairement sur l’optimisation fiscale grâce aux niches généreusement accordées aux entreprises multinationales. L’usage de Bitcoin pour une entreprise ou un particulier à des fins d’évasion fiscale présente bien plus de risques que celui de l’argent liquide traditionnel car chaque transaction laisse une trace ineffaçable sur internet : même si il peut être difficile de remonter à sa source, cela reste faisable. Il est donc exagéré de dire que l’émergence de Bitcoin favoriserait ce genre de pratique. Enfin, la vérification d’un paiement par la vérification systématique d’une identité uniquement liée au nom accroît le risque d’un vol d’identité : cette conception de la sécurité est dépassée dans une société numérique et doit être revue par la prise en compte d’identité multiples où le nom du porteur n’est qu’un paramètres parmi d’autres. Par exemple, s’il faut vérifier l’âge du porteur d’une identité numérique à l’entrée d’un site, il est techniquement possible que sa date de naissance soit révélée sans que son nom le soit. Bitcoin s’inscrit tout à fait dans cette logique : il est possible de concevoir un moyen de paiement en bitcoins qui permette de vérifier que le paiement provient d’un porteur majeur sans pour autant vérifier son nom (il suffit de lier la clé privée utilisée pour le paiement à un certificat obtenu
auprès d’une autorité de vérification, qui révélera l’âge du porteur sans divulguer son nom). Évolutions en vue Les États-Unis montrent une prise de conscience de ces changements par les pouvoirs publics. Jennifer Shasky Calvery, nouvelle directrice du Financial Crimes Enforcement Network (FinCen), équivalent américain de TracFin en France, a déclaré le 13 juin 2013 que les opérateurs de site de change de bitcoins n’avaient rien à craindre s’ils se conformaient aux règles prescrites concernant la lutte contre le blanchiment d’argent. En pratique, les principaux sites de change de bitcoins aux État-Unis ont entrepris d’obtenir les licences de « Money Services Business » (MSB) nécessaires à l’exercice légal de leur activité dans chaque Etat. Seuls ceux qui ont reçu des financements de Business Angels ou de capital-risque peuvent se lancer dans ces démarches relativement coûteuses. En Europe, un site de change doit s’appuyer sur un établissement de paiement pour recevoir de dépôts en euros et vérifier l’origine des fonds. Contrairement aux Etats-Unis où une licence MSB doit être attribuée par chaque Etat dès lors qu’un client est domicilié dans cet Etat, une licence d’établissement de paiement permet d’exercer son activité dans l’ensemble de la zone euro. Le partenariat entre Bitcoin-central et l’établissement de paiement Aqoba a été une première mondiale parmi les place de marché bitcoin. À défaut d’une licence d’établissement de paiement, une licence de bureau de change en ligne permet de vendre des bitcoins directement à un prix de marché fixé librement par l’opérateur sur la base des cours constatés sur les places de marché. C’est le cas par exemple de Bitsofgold en Israel ou de Coinbase aux Etats-Unis. Dans ce cas, le bureau de change peut se contenter d’appliquer la TVA sur les commissions qu’il prélève, en supposant que bitcoin soit considéré comme une devise numérique plutôt que comme une matière première qui serait, elle, taxée avec une TVA de 20% sur l’ensemble de la vente. Il semble que la BCE (« Virtual currency schemes », octobre 2012) et Fincen (FIN-2013-G001, en mars 2013) ont déjà reconnu à Bitcoin le statut d’une devise numérique (« virtual currency ») dans leurs avis. Pour mettre en œuvre des moyens de paiement nativement adaptés à internet, il faudra qu’il soit permis aux entreprises et aux particuliers d’utiliser un autre système que les circuits bancaires existants : puisqu’un autre réseau libre, le web, a permis de développer des services de « banque en ligne », compléments rapides et efficaces des agences « brick and mortar », il est permis d’imaginer que le réseau bitcoin complétera bientôt l’éventail des moyens de paiements du plus grand nombre. Concurrence et monopole s’opposent comme résilience et efficience : l’économie manque aujourd’hui de résilience avec des crises à répétition et l’efficience du monopole n’est plus perçue que par le secteur bancaire, qui en bénéficie directement. De même que l’émergence d’opérateurs alternatifs a contraint les opérateurs télécoms « historiques » à davantage d’innovation et de performance, les systèmes alternatifs comme Bitcoin doivent être mis en concurrence avec les systèmes de paiement traditionnels. Aujourd’hui, Bitcoin est une technologie libre et crédible, à TREASURY même d’offrir les bénéfices d’une concurrence significative, qui doit être reconnue par les régulateurs sans effacer au passage son potentiel d’amélioration des pratiques bancaires. Pierre Noizat, Chief Operating Officer, Paymium A graduate from Ecole Polytechnique and Columbia University, Pierre Noizat has worked for the past 20 years as an engineer and business leader in the telecommunications and media industries. In his most recent executive position, he founded and managed a trade association of mobile network operators that produced the specifications of a new interoperable mobile contactless (NFC) transaction system. He quit this association to become the COO of Paymium, a start-up venture specializing in innovative payment solutions he cofounded in 2011. Ce contenu est issu de ParisTech Review où il a été publié à l’origine sous le titre « Bitcoin : derrière la bulle, de vrais débats ». http://www.paristechreview.com/2013/07/29/bitcoin-bulledebats/N°27 - SEPTEMBRE 2013 Finyear | 27



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