Finyear n°27 septembre 2013
Finyear n°27 septembre 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de septembre 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Alter IT

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 8,5 Mo

  • Dans ce numéro : États-Unis... une renaissance industrielle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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TREASURY Bitcoin : derrière la bulle, de vrais débats Les bitcoins ont fait couler beaucoup d’encre récemment, avec l’éclatement d’une bulle spéculative qui s’était formée autour de cette nouvelle monnaie. Pourtant, ces soubresauts ne doivent pas occulter d’autres débats, plus techniques mais aux enjeux considérables. Cette technologie représente en effet dans les solutions de paiement en ligne un véritable saut qualitatif, qui facilite le règlement des petits montants en réduisant les coûts de traitement des transactions. Rappelons brièvement de quoi il s’agit (pour plus de détails le lecteur pourra se reporter à notre article précédent : http://www.paristechreview.com/2012/01/20/bitcoin-devisecomplementaire-universelle/). Le protocole bitcoin, publié sur Internet en 2008, a permis de créer un système monétaire complet et indépendant des banques, que 24 | Finyear N°27 - SEPTEMBRE 2013 Par Pierre Noizat, Directeur général, Paymium. chacun peut adopter en se joignant à un réseau de pair-à-pair sur Internet : concrètement, il suffit de télécharger une application ou de s’enregistrer sur un des nombreux sites qui donnent accès au réseau. Chacun peut dès lors être sa propre banque et opérer librement des transactions avec ses pairs. Les unités de compte qui circulent sur ce réseau sont appelées « bitcoins » et sont convertibles en devises classiques grâce à des places de marché sur Internet. Les bitcoins ne sont pas générés comme les euros ou les dollars par l’émission d’un crédit. Ils sont créés ex nihilo : toutes les dix minutes, une transaction spéciale créant une certaine quantité de bitcoins est émise par un des participants du réseau, à son profit. La technologie s’appuie sur un mécanisme assez complexe d’empreintes numériques et de signatures électroniques (cf. le livre que j’ai publié en 2012 : Bitcoin, monnaie libre pour en savoir plus sur le fonctionnement du protocole). Ce mécanisme fixe une limite asymptotique de 21 millions de bitcoins à la quantité maximale de monnaie qui pourra être créée par le réseau. Cette création ex nihilo est désormais la règle pour toutes les devises en circulation depuis la fin de l’étalon or dans les années 70, de sorte que le vocable « monnaie virtuelle » ne permet plus de distinguer les monnaies officiellement reconnues par les Etats des nouvelles monnaies dont l’encadrement règlementaire est encore flou. Mais la création monétaire limitée par le protocole bitcoin présente un modèle radicalement différent de toutes les autres monnaies étatiques dont la masse monétaire est en croissance exponentielle : l’algorithme de bitcoin est public et libre d’accès alors que les décisions des banquiers centraux sont prises derrière des portes capitonnées. Les géants d’internet comme Amazon ou Facebook n’ont envisagé la création de leur propre monnaie sur internet que dans la perspective d’en être les banquiers centraux. Pourtant, depuis 2009, le réseau Bitcoin s’est développé pour devenir le plus grand réseau de calcul distribué sur internet, sa puissance de calcul (1000 petaFLOPS, le calcul d’une empreinte numérique représente environ 13 kFLOP) dépassant largement la capacité de calcul combinée des 500 premiers super-ordinateurs de la planète. Cette énorme puissance de calcul combinée des participants au réseau bitcoin assure la vérifiabilité et la sécurité des transactions bitcoin. On peut aujourd’hui effectuer
avec bitcoin, gratuitement et en quelques secondes, une transaction électronique d’un point du globe à un autre, au grand dam des intermédiaires financiers traditionnels qui y voient une menace pour leur marges confortables. Comme le protocole, les transactions bitcoins sont parfaitement vérifiables et transparentes car publiées sur Internet. Les données des transactions sont suffisamment diversifiées pour que chacun soit en mesure de décider d’associer son identité à une transaction ou de garder l’anonymat. En tout cas, ces caractéristiques uniques de Bitcoin et la vitalité du réseau n’ont pas manqué d’attirer la convoitise des investisseurs et des spéculateurs, ces derniers étant à l’origine de la volatilité observée depuis 2011 sur le taux de change flottant des bitcoins. Ce défaut de jeunesse ne doit pas faire oublier la façon dont Bitcoin peut redistribuer les cartes dans le monde du paiement en ligne. En effet, publié sous licence libre, le protocole Bitcoin constitue de facto une norme mondiale qui permet à toutes les solutions de paiement s’appuyant sur cette technologie d’être compatibles entre elles, à l’inverse des derniers projets des banques (Kwixo, s-money) ou des opérateurs télécoms (Buyster). Ces projets se heurtent au mur de « l’effet réseau » : un utilisateur de Kwixo ne peut pas payer simplement un utilisateur de Buyster. Seul Paypal, grâce à sa position dominante basée sur un très grand nombre d’utilisateurs, peut convaincre aisément les marchands de proposer sa solution de paiement en ligne. C’est pourquoi les concurrents de Paypal sont condamnés à se mettre d’accord rapidement sur un protocole standard ou à disparaître. Une alternative aux réseaux privés de paiement C’est dans ce contexte que Bitcoin prend tout son intérêt, et représente une excellente nouvelle pour les consommateurs : pour la première fois, il est possible désormais de faire émerger une alternative aux réseaux privés de paiement (Visa/Mastercard,Western Union, etc). Bitcoin est donc un ingrédient essentiel pour introduire davantage de compétition parmi des moyens de paiement qui prélèvent actuellement une part significative des marges de la distribution en ligne : une commission de 3% prélevée par Paypal sur le montant d’un achat en ligne peut représenter plus du tiers de la marge du commerçant. L’un des avantages de Bitcoin est qu’il s’agit d’un logiciel libre. Il instaure ainsi un régime de concurrence saine, car aucune société ne pourra jamais imposer des commissions excessives sur le réseau Bitcoin sans craindre d’y être dépassée par ses concurrents. Les enjeux sont considérables car le domaine encore neuf des paiements en ligne n’est aujourd’hui pas suffisamment concurrentiel. La Commission européenne a estimé que le total des paiements effectués par carte s’élevait à 1350 milliards d’euros par an et ces paiements donnaient lieu à des commissions d’interchange d’un montant évalué à 25 milliards d’euros par an, que les banques facturent indirectement aux entreprises de l’Union européenne. À l’instar de diverses autorités nationales, la Commission européenne a pointé à plusieurs reprises le caractère infondé, anticoncurrentiel et disproportionné de ces commissions. Elle critique notamment le fait que ces commissions gonflent le coût de l’acceptation des cartes par les TREASURY détaillants sans générer des gains d’efficacité prouvés, ainsi que le risque pour les consommateurs de payer deux fois les cartes de paiement (une première fois sous la forme de frais annuels payés à leur banque et une seconde fois sous la forme de prix de détail majorés). Un problème grandissant : les fraudes à la carte bancaire Le développement du commerce en ligne est menacé par la hausse sensible des fraudes à la carte bancaire, qui appelle une réponse non pas seulement pénale et réglementaire, mais aussi technologique. Une étude de février 2012 dénonçait l’ampleur de la fraude sur les paiements en ligne, fraude jusqu’à 113 fois plus élevée que sur les paiements de proximité. Fin 2012, l’Observatoire de la sécurité des cartes de paiement (organisme présidé par la Banque de France) confirmait la progression de la fraude, de 12% en montant de 2010 à 2011 alors que les paiements par carte ne progressaient que de 7%. Le commerce à distance représentait 61% de la fraude, pour seulement 8,4% des transactions. De plus, dans 70% des cas ce sont les consommateurs qui ont détecté la fraude, les banques n’ayant prévenu les clients que dans 22% des cas. Bitcoin fait partie des solutions technologiques qui peuvent permettre de dénouer ce problème et de restaurer une confiance aujourd’hui menacée. Avec la technologie Bitcoin, l’utilisateur n’expose aucune donnée bancaire susceptible d’être utilisée pour prélever des sommes indues sur son compte. Bitcoin est un paiement « push » consistant à envoyer un message comportant une transaction signée alors que les moyens de paiement traditionnels (cartes bancaires) fonctionnent en N°27 - SEPTEMBRE 2013 Finyear | 25



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