Féminin Psycho n°65 nov/déc 2011
Féminin Psycho n°65 nov/déc 2011
  • Prix facial : 3,90 €

  • Parution : n°65 de nov/déc 2011

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (170 x 220) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 62,8 Mo

  • Dans ce numéro : psychologie féminine, ce que nous avons en plus.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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PHOTOS.COM ENQUÊTE Quand la honte envahit nos vies… Il existe donc un vrai cercle vicieux du silence que l’on peut briser en favorisant une meilleure compréhension, une meilleure écoute des multiples facettes de la honte. Derrière celle-ci se cachent souvent des trésors d'amour, de sensibilité et d'humanité qui n'arrivent pas à s'exprimer. 44 FÉMININPSYCHO « Pourquoi avons-nous honte ? » La honte est une souffrance d'autant plus forte que, par nature, on en parle peu. Il y a l'humiliation qui amène à taire les violences subies, à se replier sur soi-même, à cultiver un sentiment d'illégitimité, à se vivre comme un « moins que rien ». Il y a la gêne éprouvée face à la honte d'autrui, qui conduit, le plus souvent, à une mise à distance, à un refus d'entendre ce qui dérange. L'écoute de celle ou celui qui a honte est difficile. Ces deux attitudes se complètent et se renforcent. La gêne des uns contribue au rejet des autres et au silence de tous. Pourtant, comprendre, écouter et dire la honte, c'est s'affranchir d'une partie de la souffrance qu'elle provoque. Des sources très diverses De nombreuses personnes souffrent des effets toxiques de la honte. Les causes en sont variées : abus sexuels, secrets de famille, maltraitance, dépression, abandon, alcool, drogues, etc. Cette honte peut prendre des formes variées et dévaster des vies, détruire des mariages ou, à l'inverse, inciter à une réussite quasiobsessionnelle. La honte est une sensation interne d’être complètement diminué ou insuffisant en tant que personne. C’est le soi qui juge le soi. Un moment de honte peut constituer une humiliation si douloureuse ou PHOTOS.COM
une avanie si profonde que l’on se sent dépouillé de sa propre dignité, exposé dans une incapacité totale, mauvais ou passible de rejet. Un sentiment omniprésent de honte se traduit par l’idée continue que l’on est fondamentalement mauvais, plein de défauts, indigne, pas vraiment valable en tant qu’être humain. Avoir honte, c’est se sentir vu dans une position douloureuse et diminuée. Le soi se sent exposé à luimême et à toute autre personne présente. L’expérience est incapacitante, parce qu’on a l’impression qu’il n’existe aucune façon d’atténuer les choses ou d’en rétablir l’équilibre. On a tout simplement échoué en tant qu’humain. Ce n’est pas qu’une action est perçue comme incorrecte, car de cela on pourrait faire réparation : « c’est qu’il n’y a rien que je puisse faire pour compenser ». Là est l’impuissance liée à la honte : son affect inhibiteur porte sur l’entièreté du soi. Pour la psychanalyse, la honte est éprouvée au moment de l’Œdipe, lorsque l’enfant désire le parent du sexe opposé, et qu’il a la honte de ce désir et de ne pouvoir rivaliser avec le parent du même sexe, qui est perçu comme supérieur à lui. Lorsque le sujet ressent de la honte dans sa vie d’adulte c’est lié à la projection d’instances parentales sur des personnages ou des institutions, une répétition donc de la honte éprouvée EXPERT au sein de la famille en lien avec les images parentales. Décryptage de la honte Ils sont nombreux à avoir étudié les raisons et les ressorts de la honte.• Pierre Pachet étudie ce que révèle le corps. Il se penche sur l’expérience physique de la honte, qu’il définit comme « un mouvement de l’âme-corps », et revient sur l’analyse de la rougeur (blushing) menée par Darwin dans L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux (1872) : selon le naturaliste britannique, ce qui est primordial, c’est la conscience que nous avons de notre corps regardé par autrui. Aussi la rougeur de la honte a-t-elle, paradoxalement, une valeur positive dans notre vie relationnelle : elle renforce notre lien avec autrui en lui montrant combien son regard peut nous affecter, mais aussi en lui prouvant que, par notre vulnérabilité, nous sommes son semblable. Liée au secret en ce qu’elle trahit ce qu’il voudrait cacher, la honte, selon P.Pachet, lui est donc en même temps antinomique, puisqu’elle suppose une mise en lumière quand le secret ne vit que d’obscurité. PHOTOS.COM BORIS CYRULNIK, neuropsychiatre, auteur de « La honte » (Ed. Odile Jacob) On a tous éprouvé de la honte… « On a tous éprouvé un jour ou l’autre de la honte, pendant une heure ou pendant une vie ! Sauf les pervers ou ceux qui ont été pervertis par un système religieux, idéologique, qui ne se sentent jamais coupables parce que, à leurs yeux, l’autre n’a aucune valeur. Et puis, c’est vrai, il y a les narcisses qui pensent : « Moi seul compte ! Je suis beau, important, je peux tout me permettre », sans égard pour le monde mental des autres. Ce sont les éhontés. La honte, en revanche, témoigne de notre aptitude à souffrir du regard des autres parce que nous y attachons de l’importance, parce que nous leur attribuons le pouvoir de nous juger. C’est un sentiment qui crée un frein, une sorte de loi intime assez forte pour nous éviter de nuire à autrui ; elle permet le vivre-ensemble. Elle peut également se révéler morale quand un individu l’exprime pour se désolidariser d’un groupe qui se comporte mal, en écrasant des opprimés par exemple. On peut alors être fier d’être honteux en prenant le parti des plus faibles. » • Charles Baladier se penche sur ce que révèle le langage. À travers une étude lexicologique de la honte dans les langues d’Europe occidentale, il met en valeur deux axes forts : le versant social de la honte, liée à une violation des codes d’honneur en vigueur dans les sociétés, et son versant intime, en lien avec la sexualité et la culpabilité d’une faute intériorisée.• C’est aussi ce que fait Louis Flach (« La honte et l’ombre »), qui voit dans la faute d’Adam et Ève une prise de conscience de la bestialité dans l’homme. Toutes les autres hontes dérivent de cette honte originelle, consubstantielle de l’humanité : honte de la sexualité, honte de toute insuffisance par rapport à la représentation solennelle que nous donnons aux autres..., toutes hontes qui exigent l’ombre et la dissimulation. Le sentiment de honte, exacerbé par le sens de l’honneur, s’atténue cependant quand la part animale est, comme aujourd’hui, valorisée dans l’homme. La honte serait ainsi la marque de notre condition duelle et de l’antagonisme entre le ça et le surmoi.• Interrogeant Freud et ses propres expériences de psychanalyste, Lya Tourn (« Tierra, trágame ! ») propose quant à elle une autre interprétation FÉMININPSYCHO 45



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