Féminin Psycho n°56 mai/jun 2010
Féminin Psycho n°56 mai/jun 2010
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°56 de mai/jun 2010

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (170 x 223) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 22,3 Mo

  • Dans ce numéro : rencontrer quelqu'un ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Christiane BALASC-VARIÉRAS est psychanalyste, membre praticien à la Société de psychanalyse freudienne (SPF). Elle a publié Désir de rien (Aubier, 1991) et vient de signer une contribution dans Le malaise adolescent dans la culture, ouvrage collectif paru en avril 2005 chez Campagne Première. 32 FÉMININPSYCHO L’ŒIL DU PSY L’INVITÉE DU MOIS : CHRISTIANE BALASC-VARIÉRAS L’adolescence Quand on parle des adolescents aujourd’hui, c’est le plus souvent en termes négatifs : la violence, l’inso - lence, la provocation, le désordre, le refus de s’insérer, etc… Bref, ils dérangent. Mais sont-ils vraiment si différents de ceux d’hier, c’est-à-dire de ceux qui sont adultes aujourd’hui. Pourquoi un tel décalage entre ce qui a constitué l’adolescence des parents et ce dont ils se souviennent plus tard comme si un trou de mémoire leur avait fait oublier que les jeunes d’aujourd’hui sont confrontés aux mêmes questions identitaires que celles qu’ils ont rencontrées jadis. Les jeunes rappellent aussi, souvent douloureusement, à leurs parents qu’ils devront leur laisser la place ; rappel d’autant plus insupportable qu’eux-mêmes s’étaient promis – ado lescents – une jeunesse éternelle et qu’aujourd’hui, les progrès de la science ont fait reculer certaines limites du biologique ; l’espérance de vie a rallongé et l’on peut effacer les marques du vieillissement.. On se trouve confronté à ce paradoxe que tout à la fois les adolescents dérangent mais dans le même temps, leur jeunesse devient une image à valoriser, voire un slogan publicitaire. Qu’en est-il exactement ? Qu’est-ce qui se joue donc dans cette opération adolescente qui peut aller jusqu’à fracturer le jeune et son milieu familial ? D’une façon géné - rale, les transformations corporelles et psychiques sont vécues comme un véritable traumatisme puisqu’on n’est plus ce qu’on était et qu’on n’est pas encore ce qu’on va devenir. C’est dans ces moments-là que la violence adolescente peut surgir ; le jeune se trouve confronté à une interrogation et à une remise en question des valeurs enfantines. Il se sent locataire de son corps, dépossédé de tout bien propre et mis à nu. Pour se réapproprier de lui-même, il doit prendre ses distances vis-à-vis de ceux qui l’ont conçu, intégrer ses nouvelles formes et en éprouver les effets de contenance. Pour cela, il doit se distinguer à travers toutes sortes de comportements, pas toujours bien compris par les adultes. Dans cette re - cherche de démar cation, on va trouver les conduites d’opposition et de revendication (qui sont souvent des vérifi - cations de limites fiables), des conduites à tenir pour tenter de ressentir ses transfor - mations et les mettre à l’épreuve, d’autres vont aller, de plus en plus, jusqu’à des atteintes du corps (le piercing, le tatouage, les scarifications). On voit combien cette accession à la propriété de soi est périlleuse et il semble que la multipli cation des prises de risques (pour l’adolescent et les autres), avec souvent un sens sacrificiel, sont à en - tendre comme un désarroi face à un choix qui n’est peut-être pas impossible mais difficile... Qu’est-ce que l’adolescent doit rencontrer qui soit fiable pour lui-même et pour les autres ? Il attend que quelqu’un entende son appel, non pour imposer une réponse mais en acceptant la confrontation sans se sentir psychiquement en danger. Le jeune a besoin d’une force pour contenir ses émois pubertaires, mais qui ne doit en aucun cas s’imposer de façon autoritaire. Or, il se trouve souvent confronté à une société qui tout à la fois réfute les interdits traditionnels mais qui n’hésite pas à soumettre à de nouvelles con traintes. On ne peut pas éviter l’adolescence aux jeunes. Alors, ayons la sagesse de la leur laisser vivre en acceptant cette con - frontation pour les soutenir dans leur difficile acceptation de se donner du temps. CHRISTIANE BALASC-VARIÉRAS PHOTO : D.R.
sont-ils toujours un peu les mêmes ? Patrick ESTRADE est psychologue-psychothérapeute. Il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages. Son dernier livre : Comment je me suis débarrassé de moi-même : Les sept portes du changement est paru en mai dernier aux Éditions Robert Laffont, dans la Collection Réponses. http://www.patrick estrade.com Il y a une bonne vingtaine d’années, William Sheller chantait « Un homme heureux », une chanson qui commençait par les paroles du titre de ma chronique. Vous savez ce que c’est, on entend une chanson deux ou trois fois à la radio et cela suffit pour vous la mettre en tête. Vous la fredonnez sans y penser. Et puis un jour, peut-être, vous vous interrogez sur le sens de ces mots qui se sont agrippés à votre mémoire avec ses quelques croches et doubles croches et vous réalisez que vous êtes devant une petite splendeur de philosophie poétique. Pourquoi les gens qui s’aiment sont-ils, en effet, toujours un peu les mêmes ? Personnellement, j’ai observé trois choses à ce sujet, trois ressemblances dont je voudrais vous parler. La générosité La première chose est la générosité qui les caractérise. Lors - qu’une personne aime en vérité L’ŒIL DU PSY LA CHRONIQUE DE PATRICK ESTRADE et pas seulement en parole, elle se trouve dans le don : don de soi, don de son temps, don de son attention. Vous comprenez qu’il ne s’agit pas là de dons matériels, mais d’une attitude face à la vie, face à autrui et face au monde. La personne généreuse, c’est celle qui s’occupe des autres, qui prend régulièrement des nouvelles de sa vieille grand-mère, qui vous téléphone le lendemain pour dire qu’elle a passé une excellente soirée chez vous hier et qui vous complimente sur vos amis, c’est celle qui montre un vrai intérêt pour vos enfants et qui leur donne le sentiment d’être importants, etc. J’ai l’habitude de dire que les personnes généreuses sont en même temps intelligentes et perspicaces car quelque part elles savent qu’en donnant elles recevront davantage. Oh ! bien sûr, il existera toujours quelques profiteurs qui abuseront d’elles, mais finalement pas tant qu’on pourrait l’imaginer. Car la générosité, bizarrement, est contagieuse. Lorsque vous êtes en présence d’une personne généreuse, vous ne savez pas trop pourquoi, mais vous vous mettez à vouloir être généreux vous aussi. La non-violence La deuxième chose que j’observe concerne l’amour lui-même. Ils me semblent que beaucoup de personnes s’illusionnent sur l’amour et prennent des comportements affectifs pour de l’amour alors qu’il ne s’agit que d’élans passionnels non canalisés. Il me semble que ce qui caractérise avant tout l’amour, c’est qu’il n’est pas violent. L’amour et la violence n’ont jamais rien à voir l’un avec l’autre. Il s’agira de passion, il s’agira de tumulte sentimentalo conjugal, il s’agira de turpitude affective, mais il ne s’agira pas d’amour. Les gens qui s’aiment sont des gens pacifiques au fond d’eux-mêmes. Ils n’ont pas l’esprit de conquête, ils ont l’esprit d’ambassade. Ils ne cherchent pas à imposer, mais à échanger. Les gens non-violents sont intelligents et perspicaces car ils savent que la violence n’a jamais créé une patrie, seulement des prisons. La liberté Ce constat me conduit à ma troisième observation. Les gens qui s’aiment sont toujours un peu les mêmes, car ils sont épris de liberté et qu’ils veulent préserver celle de l’autre. Vous voyez que nous sommes ici bien loin des chaînes, prisons, et autres cages que vante la littérature romantique. J’ai toujours pensé que « liberté » était l’un des noms de l’amour. Car, qu’est-ce qu’aimer, si ce n’est donner à l’autre les moyens de sa liberté ? Vivre ensemble, ce n’est pas faire partie d’un même bateau avec la hiérarchie traditionnelle (un capitaine, un chef de quart, plus éventuellement quelques moussaillons). Vivre ensemble, c’est partager le port. Le port d’attache. Chacun part, le matin, sur son navire, à la conquête de l’océan et revient le soir au port. Parfois, les cales sont pleines, d’autres fois, moins. Un jour, la pêche a été miraculeuse, un autre, on a subi des avaries et le port d’attache est là, pour réparer ce qui doit l’être, pour partager les richesses, pour raconter les aventures qu’on a vécues. Les gens épris de liberté sont intelligents et perspicaces car ils savent que seule la liberté confère le sentiment existentiel du construit, en d’autres termes, le bonheur. Lorsque la générosité, la nonviolence et la liberté sont là, le respect naît et coule dans le regard de l’un et de l’autre. Les gens respectueux sont intelligents et perspicaces ; ils ne confondent pas tout. Ils savent que le respect est politesse, alors que l’amour est sentiment. Les gens qui s’aiment sont toujours un peu les mêmes car ils vivent dans ce regard. Et c’est ce regardlà qui les rapproche et les rend heureux. " Pourquoi les gens qui s’aiment sont-ils toujours un peu les mêmes ? Ils ont quand ils s’en viennent le même regard d’un seul désir pour deux. Ce sont des gens heureux. " Un vrai philosophe, William Sheller, vous ne trouvez pas ? FÉMININPSYCHO 33



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