Féminin Psycho n°56 mai/jun 2010
Féminin Psycho n°56 mai/jun 2010
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°56 de mai/jun 2010

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (170 x 223) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 22,3 Mo

  • Dans ce numéro : rencontrer quelqu'un ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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C'est la raison pour laquelle certaines personnes qui bénéficient de soins ou d'attentions rejettent parfois avec violence cette assistance qui les choque. Le premier principe à appliquer est en effet le respect de l'autre et donc de ce qu'il veut bien, ou pas, accepter. Etre convaincu d'avoir raison ne suffit pas, il faut d'abord savoir écouter et ne pas s'ingérer dans l'intimité de l'autre alors qu'il ne le souhaite pas. Pas d'obligation de résultat Daniel Sibony oppose donc le don de soi, souvent difficile à contrôler, à la notion de partage de soi. La théorie est séduisante et permet au moins de réfléchir au problème. On peut adhérer à une cause et essayer d'aider une personne emprisonnée ou un SDF par exemple, mais l'obligation de résultat ne fait nullement partie de l'engagement. Il faut prendre la personne telle qu'elle est aujourd'hui et telle qu'elle peut, ou ne peut pas, devenir demain. Le bénévolat, un don formalisé Le bénévolat est l'une des actions par laquelle le don de soi peut s'exprimer. Evidemment, nous sommes tous à même de faire preuve d'écoute auprès de nos proches, collaborateurs ou collègues. Avec le bénévolat, le contexte change. On s'engage alors par conviction, par militantisme, mais aussi parce que l'on dispose de plus de temps lorsque les enfants sont grands ou que l'on est à la retraite par exemple. Le bénévolat est l'occasion d'aider une juste cause, mais en retour, le bénévole ressent qu'il est utile, ce qui n'était peut-être pas le cas. La sensation d'être utile est évidemment un énorme plus, car cela renforce en quelque sorte nos certitudes et notre satisfaction personnelle. Le bénévolat permet aussi 104 FÉMININPSYCHO parfois d'aborder un milieu différent de soi et de s'ouvrir à d'autres idées, d'autres cultures et constitue un enrichissement. Pour ce genre d'activité, une seule règle : ne pas aller trop loin au point de s'oublier soi-même. De plus, les personnes que l'on aide peuvent aussi ressentir comme un véritable poids une attention trop pesante, des conseils trop difficiles à suivre, des règles imposées trop rigides. Si un rejet s'exprime alors, il est extrêmement douloureux pour la personne qui est « dans le don » et qui risque de ne pas comprendre les raisons pour lesquelles elle est ainsi repoussée. Ce comportement est typique de certaines typologies de personnes bénévoles qui, bien qu'ayant en tête de bien faire, n'ont pas su véritablement respecter la personnalité qui se trouve en face d'eux. Les convictions personnelles ne sont pas si facilement adaptables auprès des autres, et l'écoute est parfois difficile à installer. Lorsque l'on est bénévole, il faut donc accepter que l'autre ne soit pas forcément séduit par l'aide qu'on lui apporte. Le syndrome de la dette Le plus difficile est de faire en sorte que la personne aidée ne se sente pas en situation de débiteur et cela demande donc une grande délicatesse d'esprit et de vocabulaire. Ne pas attendre de retour Une société qui fonctionne convenablement intègre forcément le don, mais avec habituellement une notion de troc. On donne et l'on reçoit en échange. Pour les objets, mais aussi pour les sentiments. L'amour et l'amitié à sens unique ne durent normalement qu'un temps assez court, sauf chez des sujets en déséquilibre dans leur vie. Or, lorsque l'on est dans le don de soi, on rompt cet équilibre pour donner sans attendre aucun retour. En théorie du moins, car il est difficile pour n'importe quel être humain de ne pas attendre en dépit de tout une « récompense » : soit parce que l'on a pu aider concrètement à sortir quelqu'un de l'ornière, soit parce qu'il y a expression d'une reconnaissance. Il est important en fait de ne surtout pas rejeter cette notion en culpabilisant de se sentir mieux face à la détresse des autres. Cela est parfaitement humain et si aider fait du bien aux différents individus impliqués, c'est que tout va pour le mieux. Il ne s'agit donc pas de devenir bénévole par pur égoïsme ! Mais il est normal d'intégrer la notion de satisfaction, si l'on a l'impression d'avoir accompli un acte utile pour l'autre. La notion de domination La perversion du bénévolat serait en fait de verser peu à peu, parfois de façon totalement inconsciente, dans une situation de pouvoir et de domination par rapport à l'autre. Nous sommes tous susceptible de ressentir une grande satisfaction, quasiment jouissive, à l'idée que l'autre dépend en fait de nous. Ce sentiment n'est évidemment pas l'expression d'une sorte de méchanceté de notre part. Il s'agit d'une réaction totalement logique. La plupart des mères ont expérimenté ce sentiment face à un bébé ou un petit enfant, voire un petit animal. Rien d'anormal à partir du moment où ce sentiment n'est que temporaire, car nous savons que ces êtres pourtant si proches ne nous appartiennent pas. Mais la prudence doit être de mise. En effet, lorsque l'on s'engage dans cette situation de puissance par rapport à l'autre, le nouveau danger qu'il convient d'éviter est de ne pas prolonger cet état de choses, et savoir prendre du recul. Très difficile en fait, car cela signifie que l'on se rend
compte que la situation est en train de nous échapper. A moins qu'un tiers ne soit à même d'intervenir. Mais nous connaissons tous autour de nous des personnes bienveillantes qui nous assomment parfois de leur bonne volonté, alors que nous ne sommes pas en demande. Ce type de personnalité a oublié en fait que le don de soi ne signifie pas l'oubli des véritables besoins de l'autre. Il faut alors parvenir à se recentrer sur soi-même avant d'être à même de recommencer à tenter d'aider les autres. Les déviations du don Il s'agit d'un phénomène bien connu dans le domaine de l'aide en milieu médical et dans la configuration la plus difficile, celle des soins palliatifs. C'est la raison pour laquelle les aides qui évoluent dans ce milieu sont entourées, afin de ne pas se laisser aller à des déviations inconscientes du comportement. Pour ce qui est des soins palliatifs, il est clair aussi que l'intervention ne peut pas durer des années sans une force de caractère hors pair. On ne peut s'empêcher de penser à Mère Teresa dont l'activité principale a été pendant des années de recueillir des personnes mourantes pour qu'elles puissent décéder pour la plupart en étant accompagnées et sans pour autant vouloir leur imposer quoi que ce soit, y compris une conversion hypothétique. Nul doute que Mère Teresa avait un caractère bien trempé elle aussi, une détermination à toute épreuve, mais le phénomène le plus frappant est ce qui a été révélé après sa mort : elle avait aussi des doutes. Ce qui prouve bien que ne se sentant pas détentrice de la vérité toute puissante, elle n'était pas tentée de l'imposer aux autres ni de s'imposer elle-même en tant que personne. Elle était dans l'action et dans l'amour et l'affection pour l'autre. En bref, dans le concret et l'acti- vité quotidienne d'aide aux plus démunis. Les personnes qui exercent dans ce contexte doivent en effet en premier lieu travailler sur elles et disposer de ce que l'on appelle communément un bel équilibre avant de pouvoir agir efficacement dans ce milieu très difficile à supporter sur un temps assez long. Exclure le sacrifice La notion de sacrifice est alors complètement à exclure. On peut dire qu'il s'agit du don poussé jusqu'à ses dernières limites et qui va à l'encontre du bien recherché. Les personnes qui se sacrifient sont la plupart du temps en recherche d'une amitié, voire d'un amour. Le don de soi est en effet souvent une façon d'échapper à sa solitude au départ, ce qui en soi n'a rien de spécifique ou d'inquiétant. On retrouve ce même phénomène dans les familles. Par exemple, une belle-mère envahissante ou vécue comme telle peut tout simplement se sentir isolée, lorsqu'elle est chez elle alors qu'elle se sent véritablement vivante lorsqu'elle aide à faire la cuisine, garder les enfants, faire du bricolage... La fameuse belle-mère comble en fait le vide de sa vie en prenant place dans la vie de ses enfants, beauxenfants. Et le rejet éventuel des enfants ou beaux enfants est alors évidemment très mal vécu, et reste souvent incompris. On accuse l'autre d'injustice, ou de tout autre qualificatif, car il est impossible de faire preuve de compréhension. Difficile de voir ses propres torts dans ce cas-là, puisque l'on cherche à bien faire. S'occuper d'abord de soi ? S'occuper d'autrui peut donc parfois être une simple fuite en avant. Il est souvent possible d'aller chercher au-dehors des solutions, plutôt que de se poser et réfléchir à ce qui n'est pas réglé dans ALTRUISME sa propre vie ou dans ses propres émotions. L'impression de se sacrifier pour les autres et de se sentir ensuite incompris est assez courante. Elle est aussi dangereuse, car elle fausse complètement les rapports avec les autres et risque à terme de n'avoir que des conséquences négatives, car il fait porter trop de responsabilités sur l'autre, celui que l'on est supposé aider. Le thème de la culpabilité Autre piège à éviter lorsque l'on se lance dans le bénévolat : répondre à un sentiment de culpabilité. Non pas que ce sentiment soit à rejeter, il existe et a son rôle à jouer. La télévision par exemple nous montre à certaines époques de l'année, ou à l'occasion de catastrophes des images parfois difficiles à supporter lorsque l'on a un peu de coeur. On peut se sentir alors véritablement mal à l'aise, par exemple lorsque des images de famine et d'enfants sont diffusées, tandis que nous avons bien conscience de vivre comme des privilégiés dans notre société de consommation. C'est alors l'occasion de faire des dons, en argent, en vêtements, en nourriture. Les images sont d'ailleurs utilisées et diffusées pour provoquer cette espèce de quasi réflexe. Les media savent qu'il faut parfois bousculer le public pour obtenir certains résultats. On peut par exemple être certain que la plupart des personnes qui FÉMININPSYCHO 105



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