Féminin Psycho n°47 nov/déc 2008
Féminin Psycho n°47 nov/déc 2008
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°47 de nov/déc 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (170 x 223) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 21,9 Mo

  • Dans ce numéro : le goût de vivre... savoir le trouver et le conserver.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 16 - 17  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
16 17
DOSSIER « Bonheur » Avant toutes choses, il convient de s’interroger sur l’illusion du bonheur. Ne sommes-nous pas tous entourés de personnes qui se disent heureuses, alors qu’elles se maintiennent en fait dans l’illusion du bonheur ? Parlons du cas de Mathilde, 45 ans. Cadre dans une banque, mariée, trois grands enfants, elle fait croire autour d’elle qu’elle vit depuis 22 ans une vraie passion avec son mari, alors que tout le monde sait qu’ils font lits séparés et que son mari est odieux avec elle. Pourtant, à l’entendre, « tout va pour le mieux dans le meilleur du monde et je souhaite à toutes mes amies du vivre une si belle vie que la mienne ! ». Peut-être Mathilde a-t-elle confondu comme beaucoup de monde le vrai bonheur avec le sentiment sécurisant d’une vie quotidienne sans difficultés financières ? Le fait d’avoir une grande maison, de beaux bijoux, des toilettes à la mode, d’aller souvent au restaurant ou en vacances à l’autre bout du monde garantit-il d’être heureuse ? L’illusion du bonheur Il est donc très intéressant de s’interroger sur le rôle de l’illusion, son statut ambigu 16 FÉMININPSYCHO Peut-on choisir de vivre heureux ? La formule de Jules Renard peut paraître étrange. Le bonheur, selon lui, ne serait pas dans le fait d’être heureux, mais dans le fait de le rechercher. Or, généralement, lorsqu’on dit qu’on recherche quelque chose, cela signifie qu’on ne le possède pas. Et plus que de le chercher, peut-on choisir d’être heureux ? Et doit-on croire qu’il n’y a pas de chemin qui mène au bonheur, puisque le bonheur est sur le chemin ? Réflexions... « La joie est en tout. Il faut simplement savoir l’extraire. » [Confucius] par rapport à la réalité et à la vérité. Est-il possible et même souhaitable de vivre sans illusion ? C’est ce à quoi que nous exhorte la tradition philosophique depuis Socrate, à sortir de la caverne. Peut-être cet idéal n’est-il jamais complètement accessible, peut-être la vérité ultime des choses nous échappera toujours, en partie ou totalement. Pourtant, le choix est le suivant : ou bien accepter le réconfort de l’illusion (l’ordre de nos désirs tendrait alors à supplanter l’ordre du monde), ou bien refuser l’illusion, aux côtés de la philosophie et de la science, qui s’appuient sur la seule raison humaine. Constatant les ravages que certaines illusions ont pu causer dans l’histoire de l’humanité (guerres de religions, intolérance, fanatisme, idéologies politiques telles que le nazisme, le fascisme ; obscurantisme prôné par les sectes, les superstitions...), le bon sens nous pousse à choisir clairement et résolument en faveur de la philosophie et de la lucidité. Cette quête inlassable du sens des choses humaines, du bonheur par la sagesse et au moyen de la raison se nomme, en effet, philosophie (amour de la sagesse). Elle implique donc un travail de deuil de toutes nos illusions et, pour ce qui nous concerne, se réclame expressément de la tradition du matérialisme ; elle refuse tout secours de la croyance et de la religion, en faisant le pari de la liberté de penser et de la raison pour comprendre le réel, le monde et s’interdit tout enchantement, toute espérance ; mais inversement, elle se montre très exigeante en cela qu’elle fait de l’être humain un être seul responsable de lui-même et du sens de son existence. Vivre dans la réalité, vivre en vérité Il faut du courage pour passer ces épreuves, mais une fois tout cela réglé, ne serions nous pas plus heureux qu’avant ? Si nous arrivions à penser tout en restant heureux, ne serait ce pas ça le bonheur ? Voir la réalité de sa vie et l’aimer quand même, ne pas se cacher derrière des illusions ! Un faux bonheur, c’est tellement dur, mais la récompense que nous offrira peut être le bonheur n’en vaut-elle pas la peine ? Un concept indéterminé Comment atteindre ce bonheur ensuite ? Le bonheur est une chose tellement mystérieuse... Il est impossible de le décrire, il varie en fonction de chaque personne, de l’âge, de la classe sociale, du moment de notre vie... Alors même en y réfléchissant, nous ne pouvons pas savoir exactement ce qui nous rendrait heureux, nous ne pouvons jamais être sûrs de nos choix, de leurs conséquences sur le futur. Par exemple, aujourd’hui je désire me marier
et je pense que cela me rendra heureuse ; mais qui peut me dire si dans deux ans mon mariage me rendra encore heureuse ? Il est possible qu’il me rende heureuse toute ma vie, qu’il me donne de merveilleux enfants qui me rendront encore plus heureuse. Mais il est aussi possible que ce mariage m’apporte des tas de problèmes financiers par exemple, qu’au bout de trois mois je divorce, que je sombre dans une dépression. Personne ne peut savoir l’avenir. Ce que je pensais qui allait me rendre heureuse peut me rendre heureuse ou malheureuse, là est toute la complexité du bonheur. On peut ainsi se rendre compte que même en pensant, nous ne sommes pas sûrs d’atteindre le bonheur. C’est ce que nous confirme Kant dans les fondements de la métaphysique des mœurs, avec son impossibilité de déterminer le bonheur : « le bonheur est un concept si indéterminé ». Rechercher le bonheur Même si le bonheur ne nous est pas accessible, il faut essayer de s’en rapprocher et éviter des peines inutiles. Comme le bonheur est plus à mettre en rapport avec notre intériorité, qu’avec les biens extérieurs ; nous pouvons donc chercher le bonheur à travers une réflexion sur nous-mêmes et un développement de notre intériorité. Enfin, la recherche du bonheur est ce qui motive l’homme à l’action, à l’invention. En tant que promesse future de bonheur, les moyens pour parvenir au bonheur sont le bonheur même. Ainsi, la poursuite du bonheur constitue une fin universelle de la nature humaine. C’est ce que Pascal a vu très tôt dans ses Pensées : « Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient. » Pourtant définir le bonheur et les moyens pour y parvenir est chose complexe. Il s’agit non pas ici de savoir si tout le monde recherche le bonheur, mais bien si la recherche du bonheur est quelque chose de positif, si les conséquences de celle-ci ne sont pas fâcheuses. Vouloir être heureux Car cette recherche est toujours déjà intéressée, égoïste, donc contraire à la morale. Le bonheur est l’accomplissement de la vie sensible comme telle, et par conséquent il appartient à tout être sensible en possédant la notion de souhaiter être heureux. Mais il y a une différence entre souhaiter qui n’engage à rien (souhaiter être riche, c’est juger positivement la richesse en refusant de faire quoi que ce soit pour le devenir) et vouloir qui est déjà une mobilisation des moyens par la représentation contraignante d’une fin. Si tout le monde souhaite évidemment être heureux (le contraire signifierait qu’on n’existe pas comme vivant sensible), tout le monde ne veut pas le devenir. C’est que nous n’avons pas que des aspirations sensibles, du moins certains d’entre nous : pour les héros qui donnent leur vie parfois dans des conditions atroces (Jean Moulin) ou pour les créateurs qui subissent les affres d’un travail épuisant et ingrat (cf. la correspondance de Flaubert, notamment ses lettres à Louise Colet), il est clair que ces aspirations ne comptent pas, et qu’ils ne peuvent être soupçonnés de chercher un bonheur simplement paradoxal, puisque sa notion renvoie d’abord au maintien de la vie et à l’exclusion de la souffrance. Cela est vrai également dans l’ordre de la conscience morale : agir par devoir, c’est avoir implicitement décidé que le bonheur ne compterait pas et que les inconvénients liés à l’accomplissement de l’action ne seraient pas pris en considération, dès lors que sa nécessité s’imposait. Les héros, les créateurs et les sujets moraux en tant que tels ont donc en commun de considérer que, si important que son désir puisse être par ailleurs, le bonheur ne compte absolument pas. Autrement dit les meilleurs d’entre nous se refusent de faire du bonheur le but de leur vie, - même s’ils souhaitent évidemment être heureux-, parce que pour eux ce n’est pas cela qui compte, même si cela importe évidemment. Cette opinion seraitelle donc le propre des gens qui ne sont ni des créateurs ni des héros et qui accomplissent leur devoir à la seule condition qu’ils ne mettent en cause ni leur confort ni l’idée qu’ils ont d’euxmêmes ? Décider d’être heureux ? Mais cela est impossible pour la majorité des hommes, surtout quand ils vivent en société. Ainsi pour Freud, toute culture s’élabore sur le refoulement des désirs, la satisfaction des désirs profonds de chacun semble alors impossible. C’est pour cela que Kant considère que le bonheur nécessitant une plénitude absolue, un bien-être maximum, est impossible à avoir. De plus, pour lui, l’homme est incapable de se faire « un concept déterminé de ce qu’il veut ici véritablement ». Le bonheur, c’est être soi-même. Le bonheur est cependant moins à l’extérieur qu’à l’intérieur de nous-mêmes. Comme le dit Schopenhauer « comme tout ce qui se passe pour l’homme ne se passe et n’existe immédiatement que dans sa conscience. » (Aphorismes sur la sagesse dans la vie, chap. 1) « le monde dans lequel chacun vit dépend de la façon de le concevoir. » Le bonheur semble avoir plus à voir avec l’intériorité qu’avec l’objet et l’extériorité. En effet, il nous apparaît que certains ont tout pour être heureux et pourtant ne le sont pas. Si le bonheur est donc subjectif à chacun, nous pouvons néanmoins décider de nous en approcher et pour cela essayer de nous connaître, pour comprendre ce qui est mauvais pour nous et ce qui ne l’est pas. Et Kant de proclamer : « Personne ne peut me contraindre à être heureux à sa manière (c’est-à-dire à la manière dont il conçoit le bien-être des autres hommes), par contre chacun peut chercher son bonheur de la manière qui lui paraît bonne, à condition de ne pas porter préjudice à la liberté qu’à autrui de poursuivre une fin semblable (c’est-à-dire de ne pas porter préjudice au droit d’autrui), « Il est difficile de trouver le bonheur en nous, mais impossible de le trouver ailleurs. » [Chamfort] « Bonheur : faire ce que l’on veut et vouloir ce que l’on fait. » [Françoise Giroud] FÉMININPSYCHO 17



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 1Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 2-3Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 4-5Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 6-7Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 8-9Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 10-11Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 12-13Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 14-15Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 16-17Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 18-19Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 20-21Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 22-23Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 24-25Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 26-27Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 28-29Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 30-31Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 32-33Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 34-35Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 36-37Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 38-39Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 40-41Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 42-43Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 44-45Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 46-47Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 48-49Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 50-51Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 52-53Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 54-55Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 56-57Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 58-59Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 60-61Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 62-63Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 64-65Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 66-67Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 68-69Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 70-71Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 72-73Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 74-75Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 76-77Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 78-79Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 80-81Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 82-83Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 84-85Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 86-87Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 88-89Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 90-91Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 92-93Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 94-95Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 96-97Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 98-99Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 100-101Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 102-103Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 104-105Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 106-107Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 108-109Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 110-111Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 112-113Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 114-115Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 116-117Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 118-119Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 120-121Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 122-123Féminin Psycho numéro 47 nov/déc 2008 Page 124