Féminin Psycho n°42 mar/avr 2008
Féminin Psycho n°42 mar/avr 2008
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°42 de mar/avr 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (170 x 223) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 47,9 Mo

  • Dans ce numéro : c'est décidé, je m'écoute.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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MOI & MA VIE EXPERT.■ NICOLE PRIEUR Psychothérapeute familiale « Fonder une famille nombreuse répond avant tout à une envie de transmettre des valeurs » Qui sont les couples qui choisissent de fonder une famille nombreuse ? Pourquoi se lancent-ils dans cette aventure ? Ce choix délibéré, réfléchi, répond avant tout à une envie de transmettre des valeurs. Le couple a une certaine idée morale du rôle de parents. La fonction de la famille est mythifiée. C’est un véritable engagement idéologique qui est pensé, discuté et dont l’organisation est anticipée. Le couple doit être très déterminé pour supporter le regard d’incompréhension de l’extérieur et ce choix bien trempé lui permet de se renforcer. La femme accepte généralement de ne pas travailler, mais il n’y a aucune notion de sacrifice, car elle se réalise grâce à sa famille, à ses enfants. 98 FÉMININPSYCHO Quelle influence le fait d’appartenir à une famille nombreuse a-t-elle sur l’épanouissement des enfants ? Sur le couple parental ? Pour les enfants, c’est une expérience riche, avec des jeux relationnels plus variés que dans une famille classique. Les notions d’entraide et de solidarité sont bien présentes. Une des difficultés peut être de se singulariser, de ne pas avoir assez de place pour mettre sa différence en valeur. Les enfants doivent beaucoup partager, ce qui implique un grand renoncement parfois, mais il est souvent compensé par le cocon que constitue la fratrie. Le couple, lui, a la nécessité de faire face. Il doit imposer plus de cadres, plus de règles et il n’y a pas de réelle place pour les conflits qui sont moins pris en compte que dans une famille « traditionnelle ». Au départ des enfants, il peut y avoir remise en cause de tous les renoncements effectués (travail, sorties…) et cette période peut être vécue comme très difficile. Y a-t-il des conseils éducatifs particuliers à donner aux parents de famille nombreuse ? Le risque d’uniformité identitaire peut être très angoissant pour un enfant. Il appartient donc aux parents d’instituer vraiment des différences entre chacun, d’entendre les demandes et d’apporter des réponses personnalisées, ne serait-ce qu’à travers des petits détails (couleur de la couette…). Il faut vraiment prendre un temps pour chacun, être à l’écoute. Il faut également aider les plus petits à gagner leur autonomie et ne pas renforcer les aînés dans un rôle de substitut parental, en leur donnant des responsabilités d’adultes qui ne sont pas les leurs. j’ai pu voir mes filles grandir et évoluer chaque jour depuis leur naissance et je n’aurais pas voulu manquer ces instants précieux. » D’un point de vue financier, les difficultés peuvent également être à l’ordre du jour. Malgré une politique familiale française plutôt favorable, contrairement à d’autres pays européens comme l’Allemagne par exemple, investir dans un véhicule grand format ou habiter dans une vaste maison n’est pas forcément économique. Sans compter que rien n’est adapté au-delà de cinq personnes : ni les locations de vacances, ni les moyens de transports en général : « Avezvous essayé de prendre le métro avec trois enfants en bas âge, ou bien le bus avec une poussette ? C’est pratiquement mission impossible », regrette Magali. Alors que beaucoup de couples font le choix de n’avoir que deux enfants grand maximum, décision qui leur permet d’assouvir toutes leurs envies et celles de leurs bambins, il est plutôt conseillé aux enfants de familles nombreuses d’oublier les habits de marque portés par leurs copains, la dernière PHOTOS : ABLESTOCK. DR.
console de jeux à la mode, les vacances au ski ou les activités culturelles coûteuses. Ici, on privilégie les plans « débrouille » à pas cher : vacances dans la famille, balades en forêt, vêtements des aînés passés aux plus jeunes, quitte à être un peu marginalisés dans la cour de récré. Mais les valeurs des familles nombreuses ne reposent en rien sur les apparences et la consommation, et ne pas posséder les derniers produits sortis ne constituent en rien une pénalité – bien au contraire peut-être –, sans compter que les réseaux d’entraide tels qu’échanges de matériels, d’astuces, ou de coups de main fonctionnent généralement très bien. Cependant il faut parfois également faire face au regard des autres. Difficile, lorsqu’on arrive à huit au cinéma, d’être considérés comme des bêtes curieuses sous prétexte qu’on n’est pas dans la norme et qu’on n’a pas les mêmes idéaux que les autres. « C’est dur d’entendre des réflexions du style « c’est pour l’argent qu’ils font des enfants » ou « ils doivent toucher beaucoup d’allocations familiales », mais ce qui compte, c’est que nous sommes heureux comme ça, et c’est l’essentiel », confie Virginie, mère de quatre enfants. Il faut également accepter parfois de ne plus être invités chez les uns ou les autres parce que l’on est trop nombreux ou que notre choix de vie n’est pas compris. Claudine, mère de dix enfants, en a fait la dure expérience : « Nos familles respectives n’ont ni respecté, ni accepté notre envie de fonder une grande famille. Je le supporte très mal, comme je supporte mal le regard que la société porte sur nous. C’est l’impression d’être rejetés, de passer pour des extra-terrestres aux yeux des autres… » Et le couple dans tout cela ? Quelle place reste-t-il pour les tendres tête-à-tête et le partage de moments forts lorsqu’il y a toujours un repas à préparer ou des devoirs à surveiller ? Les couples à l’origine de la formation d’une famille nombreuse constituent une base généralement très solide avec une même vision de la vie et de l’avenir. L’unité familiale prévaut. La nécessité de se retrouver uniquement à deux semble Savoir se réserver des moments privilégiés entre adultes... donc un peu moins prioritaire mais rien n’empêche de faire des aménagements dans le quotidien pour arriver à se réserver des moments privilégiés entre adultes. « Personnellement, je me garde une journée par semaine, atteste Magali, et nous essayons de nous réserver une demi-journée une à deux fois par mois. » T É M O I N CLAUDINE, 38 ans, mère de 10 enfants « Ce n’est pas évident d’accorder du temps à chacun... » Nous n’avions pas de projet de famille nombreuse au début de notre mariage, nos enfants se sont succédé très naturellement avec un grand bonheur. C’est avant tout un choix de vie même s’il s’est décidé au fil du temps et n’était pas prémédité. Mon mari est seul à travailler mais nous avons la chance de ne pas avoir de souci côté finances. Ce n’est pas évident d’accorder du temps à chaque enfant mais nous faisons en sorte que chacun ait la parole. Les repas sont très animés car c’est l’occasion pour tout le monde de raconter sa journée. Quand quelque chose ne va pas, on en discute et on voit comment on peut aplanir le conflit et ça se passe bien en général. Nous essayons de leur inculquer les notions de savoir-vivre, de respect de soi et des autres, de partage, de politesse… Ma famille, c’est mon cocon. Je m’y épanouis en tant que mère et en tant que femme. Je pense qu’une famille nombreuse était mon destin tracé quelque part.'° Trouver le juste équilibre Autre difficulté pour les parents : faire en sorte que chacun de leurs enfants se sente unique et trouve sa place, son épanouissement, au milieu de ses frères et sœurs. Alors que dans une fratrie de deux, chacun bénéficie d’une attention individuelle, certains, dans une famille nombreuse, toujours les mêmes peut-être, vont monopoliser l’attention par la parole tandis que d’autres vont désespérément essayer de se faire remarquer par les bêtises… Ce sentiment d’être noyé dans la masse, de ne plus avoir de moments à soi peut être source de souffrance. En contrepartie, étant moins sous le regard exclusif de leurs parents, ils bénéficient d’une attention diluée synonyme parfois d’un espace de liberté plus grand que celui dont bénéficient les enfants uniques par exemple, devant supporter une pression énorme et répondre aux attentes de leurs parents. Trouver le juste équilibre reste donc une lourde tâche pour ces derniers d’autant plus que les exigences de la société, évaluant les capacités des uns et des autres à être de « bons » parents, se font de plus en plus lourdes. En dépit des difficultés, les mères et pères semblent pourtant faire face, grâce peut-être à l’énergie que leurs enfants leur procurent. À l’image de Magali, qui déclare : « C’est pour ma famille que je me lève chaque jour. C’est à elle que je pense à chaque instant. Elle représente mes joies, mes peines, mes amours, ma vie. » ● (1) Sources : Insee, Ined. À LIRE La Famille Michel Fize. Éditions Cavalier Bleu - Collections « Idées reçues », 124 p., 9 €. Sociologie de la famille Martine Segalen Armand Colin, 294 p., 27,5 €. Arrêtez de vous disputer Nicole Prieur et Isabelle Gravillon Albin Michel, 130 p.,8 €. FÉMININPSYCHO 99



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