Féminin Psycho n°42 mar/avr 2008
Féminin Psycho n°42 mar/avr 2008
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°42 de mar/avr 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (170 x 223) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 47,9 Mo

  • Dans ce numéro : c'est décidé, je m'écoute.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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MOI & MA VIE plus jeunes générations qui ont « donné du SMS à tout va » et les nouveaux donateurs attirés par la consommation solidaire, EXPERT questions sur l’origine du don et sur ces ressorts qui nous poussent, pour ne pas dire nous obligent, à donner. ALAIN CAILLÉ Professeur de sociologie et directeur de La Revue du M.A.U.S.S. « Le dontel qu’on le découvre à l’œuvre est très paradoxal » Comment expliquer l’importance de la générosité des Français ? Si les gens donnent massivement lors des opérations de type « Téléthon » ou à chaque fois qu’une catastrophe arrive, c’est parce que ces événements résonnent en nous. Ils déclenchent chez les individus une envie de donner, refoulée ou mobilisée selon les circonstances. S’ils la mobilisent, c’est à la fois parce qu’ils évoquent une fragilité commune à tous les hommes, un sentiment de commune humanité et parce que l’on a d’une certaine manière peur pour soi-même. Dans les élans de générosité qui ont suivi le tsunami, on peut voir un réflexe naturel de choc face au nombre colossal des victimes subites, accentué par le fait que nombre d’entre elles étaient occidentales. Quelles sont les caractéristiques d’un don ? Le don peut être analysé sur un plan philosophique, psychologique ou anthropologique. En reprenant le constat fait par Marcel Mauss dans son célèbre Essai sur le don (1924), il faut le prendre comme un invariant des sociétés archaïques : ces sociétés ne reposent pas sur la loi du donnant-donnant, du contrat intéressé, mais sur la « triple obligation de donner, recevoir, rendre ». C’est là un système générateur de lien social. Le don est en ce sens 16 FÉMININPSYCHO notre pays se révèle potentiellement généreux. On est, face à l’élan quasi spontané de cette année, en droit de se poser des un opérateur d’alliance, un opérateur politique. Mais, plus généralement, tous les gestes qui manifestent l’attention particulière de quelqu’un envers son prochain revêtent une dimension politique. C’est le don qui façonne les sociétés, même de petite taille, à l’image du cercle des amis, de la famille… Il tresse la trame des rapports sociaux, crée, modèle et sous-tend les relations entre les personnes, que ces relations soient bonnes ou mauvaises d’ailleurs. Avec le don, on offre un peu de soi : il est donc aussi un opérateur de personnalisation qui permet de reconnaître publiquement l’autre dans sa singularité, au cas par cas. Est-il possible de donner sans rien attendre en retour ? Il y a certes chez les individus une propension à donner, mais il convient d’ajouter que nous sommes tous régis, dans le don, par une dimension d’égoïsme et d’intérêt pour soi, d’un côté, et d’intérêt pour autrui (ce que j’appelle l’aimance), de l’autre. C’est ce qu’on trouve à la base des relations amoureuses : l’aimance que l’on a pour son conjoint est tout aussi puissante que l’intérêt pour soi. Le don est aussi une obligation sociale, que l’on effectue par exemple pour les fêtes, les anniversaires, mais cette obligation doit composer, dans une dialectique paradoxale, avec la liberté. Le don ne vaut que s’il est libre, généreux, spontané. Il se traduit finalement par un jeu de bascule incessant entre l’obligation de donner et le dépassement de celle-ci. Le don est donc on ne peut plus paradoxal, puisque s’y conjuguent à la fois l’intérêt et le désintérêt, l’aspect obligatoire de l’acte et la liberté de l’effectuer ou pas. Le don n’est de toute façon pas un abandon : on y gagne souvent. S’il attend au mieux un retour du don, le donneur trouve dans ce qu’il a fait, au minimum, une satisfaction personnelle, une certaine rétribution narcissique qui valorise l’estime qu’il a de lui. En tout état de cause, le discours sur la gratuité absolue et le désintéressement total du don est un discours mystificateur. Un don qui n’appelle pas un contre-don à soi ou à d’autres est un non-sens. Il y a évidemment des dons plus ou moins impliquants. Mais ce qui compte au final dans le don, c’est de donner la possibilité à celui qui reçoit de donner à son tour – et pas nécessairement à celui qui lui a donné – puisque c’est en entrant dans le don, dans la générosité, qu’on s’affirme comme sujet pleinement humain et qu’on est reconnu comme tel. Celui qui reçoit sans pouvoir donner voit, au contraire, son humanité niée et tombe sous la domination au moins symbolique du donateur. Un système complexe et illogique Pour Jacques T. Godbout, professeur chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique (université de Québec) et auteur des livres Le langage du don et, en collaboration avec Alain Caillé, de "L’esprit du don, les choses sont claires : « Quand on pense au don dans la société aujourd’hui, ce qui vient à l’esprit spontanément, c’est un type particulier de don : philanthropie, don humanitaire. Le don est défini comme gratuit au sens de sans retour. » On abandonnerait de ce fait quelque chose à quelqu’un sans rien recevoir de lui en retour. Cette vision des choses s’oppose à une autre définition du don qui prévaut, elle, en sciences sociales, et qui réduit le don à « un échange intéressé, tendant vers l’équivalence ». Il n’en faut pas plus pour se rendre compte à quel point la notion même de don est complexe et illogique. « Le don est un peu fou, il répond à des impulsions émotives ; il laisse aller les choses, il suppose l’abandon actif. Il s’oppose au contrat, où on essaie de tout prévoir ; dans le don, au contraire, on libère l’autre de ses obligations contractuelles », précise Jacques T. Godbout au cours d’une conférence donnée en 2003 sur la logique du don. « Ça fait même partie des multiples définitions du don : donner, c’est une forme de circulation des choses qui libère les partenaires de l’obligation contractuelle de céder quelque chose contre autre chose. Comme l’écrivait déjà Sénèque : un bienfait est un service rendu par quelqu’un qui eût été libre, tout aussi bien, de ne pas le rendre. » Retenons tout d’abord que le don est une force sociale élémentaire, qui est à la base des relations et des échanges qu’entretiennent les hommes et les femmes appartenant à la même société ou micro-société, comme un cercle d’amis ou PHOTO : ABLESTOCK. D.R.
de parents. L’ethnosociologue Marcel Mauss, dans son Essai sur le don, distingue, en plus des modalités du marché et de la redistribution étatique, un troisième mode de circulation des biens et des services : la circulation par le don et le contredon. Le don serait ainsi partout, de tout temps, à façonner, tisser, nouer du lien social. C’est son acceptation, ou son refus, qui fait et défait les réseaux de confiance et de loyauté qui existent dans notre société. On peut donner en diverses circonstances, graves ou heureuses, pour plusieurs raisons, que ce soit par pitié, par amour, par respect d’une culture, d’une morale, d’une religion. On peut donner à quelqu’un parce que l’on a vécu la même situation que la sienne ou parce que l’on en a les moyens. Mais au bout du compte, nous donnons constamment, nous sommes incités à le faire naturellement dans la plupart de nos rapports sociaux, toutes les fois où nous "rencontrons" autrui, où nous assimilons ses besoins, clairement énoncés ou implicitement suggérés, que les contacts se fassent de manière réelle, dans la rue par exemple, ou virtuelle, à travers les médias. Donner et recevoir : le principe de réciprocité Souvenons-nous ensuite que le don appelle quelque chose en retour qui pourra profiter au donneur, même si ce retour n’est pas assuré. Il constitue, selon Alain Caillé, « un risque pris d’effectuer une prestation sans garantie de contrepartie ». Comme l’explique Jacques T. Godbout, « l’appât du don est aussi important que l’appât du gain ». Dans le don, altruisme et égoïsme s’entremêlent, on veut se montrer généreux tout en recherchant un intérêt propre. Paradoxalement libre et obligé à la fois, le don est aussi intéressé et désintéressé. Le don "pur", gratuit, semble dans ces conditions n’être que chimère, FÉMININPSYCHO 17



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