Féminin Psycho n°42 mar/avr 2008
Féminin Psycho n°42 mar/avr 2008
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°42 de mar/avr 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (170 x 223) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 47,9 Mo

  • Dans ce numéro : c'est décidé, je m'écoute.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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MOI & MA VIE EXPERT ■ 110 FÉMININPSYCHO vions pas accueillir un enfant ayant des troubles mentaux et présentant un lourd handicap. De plus, notre fils aîné est déjà un enfant différent. Nous en avons discuté autour de nous, avons rencontré des médecins, des représentants d’associations qui nous ont longuement parlé de ces enfants que personne ne veut et nous avons compris que notre projet d’adoption pouvait s’orienter vers l’un d’entre eux. Un mois plus tard, on nous présentait le cas d’Anaïs. » Habituellement de neuf mois, le délai d’attente de l’agrément, auquel s’ajoute celui de l’arrivée de l’enfant, se trouve réduit de façon non négligeable lorsque les parents choisissent d’accueillir un enfant « à particula- CÉCILE DELANNOY Professeur, formatrice « Il n’est pas sûr que ces familles rencontrent plus de difficultés que d’autres... » Qu’est-ce qui fait, selon vous, qu’un couple fait le choix de l’adoption d’un enfant « différent » ? Lors de l’agrément, la question est systématiquement posée aux parents : accepteriez-vous un enfant avec un handicap ? Il est peut-être difficile pour certains de s’entendre répondre « non » à cette question, comme un aveu de manque de générosité. Ou encore ils sont sollicités pour un enfant précis, et « craquent » devant le dossier de l’enfant. En cas de choix spontané, je vois deux explications : la première est la présence du handicap dans la vie personnelle des parents qui adoptent, donc la fidélité à un passé. La seconde est plus complexe… Les parents ont déjà des enfants, biologiques ou adoptifs, tout s’est bien passé pour eux, et ils éprouvent à la fois compassion pour ces enfants peu demandés et exigence intérieure de « payer » leur propre chance. À quelles difficultés particulières pensez-vous que ces familles doivent faire face, comparées aux autres ? Il n’est pas sûr que ces familles rencontrent plus de difficultés que d’autres car ce sont des difficultés auxquelles elles se sont préparées. Un enfant trisomique est un enfant trisomique, adopté ou non, souvent très affectueux, mais limité dans ses possibilités d’apprentissage et d’autonomie. Lorsqu’on parle de handicap, on pense handicap mental, sensoriel, psychomoteur, mais on oublie qu’il existe aussi des handicaps affectifs et émotionnels, assez fréquents chez les enfants adoptés en raison de leur histoire. Les parents les plus en difficulté sont peut-être ceux qui ont souhaité un enfant sans handicap et qui accueillent un enfant tellement blessé par la vie qui ne parvient pas à s’attacher à sa nouvelle famille. Dans les cas que je connais, les enfants sont très attachés à leurs parents adoptifs, le seul problème auquel ces derniers doivent faire face est celui du handicap… Et c’est déjà beaucoup. Quels dispositifs peuvent être proposés pour guider les parents dans cette démarche ? Les mêmes que pour tout parent d’enfant handicapé… Chacun sait que les établissements spécialisés sont trop peu nombreux, que l’intégration se fait à l’économie, qu’il reste beaucoup à faire en France pour intégrer dignement chaque personne avec ses différences. manquer de faire face. Le parrainage semble dans ce cas-là bien plus indiqué. Élever un ou plusieurs enfants, agrandir la famille en évitant les grossesses à risque ou trop tardives, tout en s’interrogeant sur la future vie familiale offerte à l’enfant attendu… L’adoption, ne doit répondre qu’à un seul désir : celui d’être parent. « Lorsque nous nous sommes dirigés vers l’adoption pour notre quatrième enfant, nous ne pensions pas adopter un enfant différent, précise Patricia. C’est lors d’une réunion d’Enfance et Famille d’Adoption que cette possibilité s’est imposée à nous. Nous nous sommes cependant posé des limites : notre plus jeune fils n’ayant que 1 an, nous ne pourités ». Mais, si cette démarche est délibérée pour le couple, qu’en est-il pour la fratrie et l’entourage proche, qui eux, ne sont pas responsables de cette décision ? « Il y a eu un nécessaire recadrage au sein de la famille, souligne Marie, notamment avec ma fille aînée qui voulait trop s’occuper de son frère au début. Bien que partie prenante, il n’a jamais été question que la fratrie prenne Pierre- Antoine en charge. Je leur ai proposé à un certain moment de participer à des groupes de paroles, mais ils n’en ont jamais vu l’utilité. Quant à l’entourage, pour certains, notre couple n’allait pas tenir, pour d’autres, nous étions extraordinaires. Quoi qu’il en soit, nous n’avons aucunement été influencés par ce que nous avons entendu. »
PHOTOS : IMAGE SOURCE. D.R. Faire le deuil de l’enfant parfait Cécile Delannoy, auteur de Au risque de l’adoption, affirme dans son ouvrage qu’« une adoption « réussie » suppose que les parents adoptifs, comme tous les parents, franchissent avec succès les trois épreuves de la désillusion que leur réserve la vie familiale : le deuil de l’enfant parfait, le deuil de leur propre perfection et de leur toute-puissance comme parent, le deuil de la relation parfaite ». Apparemment, ces deuils successifs se font sans trop de heurts, la situation étant connue dès le départ. Les parents font alors face aux difficultés de façon plutôt sereine, partant du principe que personne n’est à l’abri de difficultés et que celles-ci peuvent survenir là où on ne les attendait pas forcément, à savoir chez leurs autres enfants. Il leur appartient donc de ne pas se focaliser sur celui qui présentait à la base le plus de différences, mais dont l’évolution peut évoluer ou se dérouler de manière tout à fait positive, et de s’attacher à solutionner les problèmes au fur et à mesure de leur arrivée sans les anticiper. Marie confirme : « Nous n’attendions rien de particulier. Nous nous sommes comportés comme avec ses frères et sœurs. La seule différence, c’est que nous connaissons moins ses limites, ce qu’on peut lui imposer en fonction de ses capacités. » Même discours chez Patricia : « Nous nous étions préparés au pire et pourtant, deux heures après notre rencontre, Anaïs ne voulait plus nous quitter. Elle progresse tous les jours. Nous avons appris à ne plus comparer ses acquisitions avec celle de son frère, qui n’a que six heures d’écart d’âge avec elle. » Cependant, si pour certaines familles, le handicap est un des facteurs déterminants pour l’adoption d’un enfant, il arrive par contre que celui-ci soit découvert après son arrivée. Les parents adoptants se retrouvent alors dans la même situation que tout autre parent devant la survenue brutale du handicap : ils sont désorientés par ce bouleversement qui va révolutionner leur vie tout en se sentant terriblement responsables de l’avenir de cet enfant qui a déjà connu la tragique expérience de l’abandon. Les attentes de réussite sont à revoir, les objectifs d’évolution à adapter. Marielle, maman de Géraldine, a été dans cette situation : « Les médecins locaux n’avaient rien dit. Ils pensaient, en toute honnêteté que Géraldine était juste une « toute petite fille » et je me disais que je m’inquiétais à tors. Le retour a été terrible : honteuse annonce du handicap par un médecin qui nous a annoncé la mort prochaine de ma fille et nous a poussé à l’abandon, terrible réaction des proches qui T É M O I N MARIE, mère de six enfants, dont Pierre-Antoine, porteur d’une trisomie 21, adopté à l’âge de 1 an. « Je n’ai jamais remis en question ce choix... » Lorsque nous avons rencontré Pierre-Antoine pour la première fois, tout était déjà clair dans nos têtes et dans nos cœurs. Cela l’était depuis le jour où nous avons décidé d’adopter un enfant trisomique. Nous étions prêts, rien ne pouvait modifier notre décision. Cette certitude de vouloir adopter un enfant handicapé mental s’est installée en nous sans que nous nous en rendions vraiment compte. Je crois que chaque individu est prêt pour quelque chose de particulier à lui et qu’il n’existe pas d’actes ou de paroles mieux que d’autres. Il n’est donc pas question de mérite ni de courage. Pierre-Antoine est mon fils, comme mes autres filles et fils que j’ai mis au monde. C’est ainsi et cela me dépasse. Je n’ai jamais remis en question ce choix. Par contre, il est mon fils avec ses différences, ses problèmes et en tant que maman je suis attentive et perturbée lorsqu’il vit des situations particulières. Il poursuit son chemin comme chacun de nous. La chance pour nous tous, c’est que nous soyons ensemble… estimaient que nous nous étions fait « avoir sur la marchandise », terrible réaction personnelle, le gouffre, la panique, la culpabilité. Le handicap envahissait tout et passait bien loin devant l’adoption. » Même écho chez Annie : « À 2 ans et demi, François souffrait d’hospitalisme, il ne parlait pas, ne marchait pas. De retour en France, constatant la lenteur des progrès, nous avons commencé à consulter des spécialistes locaux… Silence… Nous avons eu un grand sentiment de solitude pendant plusieurs années, jusqu’au jour où un médecin a posé un diagnostic d’autisme. À partir de là, l’horizon s’est éclairci. Il aura fallu beaucoup de temps pour décoller l’image de l’enfant idéal que nous attendions mais mon fils nous a conduit sur un chemin qui nous a fait grandir. » Quoi qu’il en soit, cette expérience douloureuse serait à vivre idéalement comme une richesse, une ouverture vers les autres, un autre regard porté sur la différence. Avec un handicap connu ou non, ces enfants sont en attente d’amour et d’attention comme n’importe quel autre, comme le confirme Marielle : « Malgré la galère, c’est elle, avec tout l’amour qu’elle nous donne, et ça n’aurait pas pu être un autre enfant. » ● Enfance et Famille d’Adoption Enfants en Recherche de Famille www.adoptionefa.com À LIRE Au risque de l’adoption. Une vie à construire ensemble Cécile Delannoy La Découverte 240 pages,18 €. Au cœur de l’adoption Sylvie Servan-Schreiber Coll. Réponses Pratiques Hachette Pratique 240 pages, 14,90 €. Mon enfant est différent Marielle Lachenal Fayard 356 pages, 17,50 €. FÉMININPSYCHO 111 Egq



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