Féminin Psycho n°40 nov/déc 2007
Féminin Psycho n°40 nov/déc 2007
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°40 de nov/déc 2007

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (170 x 223) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 29,7 Mo

  • Dans ce numéro : s'ouvrir aux autres.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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MOI ET MOI tentation a été grande au début de mettre ces grands ados dans des cases. « La société a tellement évolué. La façon d’être adulte aussi. Le temps où l’on était adulte parce qu’on gagnait sa vie, ce monde-là a disparu. » Nous serions donc des nouveaux adultes nourris aux dessins animés, dans une société qui offre tellement de possibilités de s’évader (Internet, boîtes, bars…) et notre jeunesse en serait une. Une jeunesse d’images et de sons : le mélange parfait pour faire la fête. 6 FÉMININPSYCHO Il y aurait donc un peu d’adulescent en chacun de nous ? Nous serions tous enclins à écraser une petite larme en pensant à nos mercredis aprèsmidi devant le poste ou nos héros des dimanches matin. Et ces mélodies sucrées des génériques de dessins animés, sontelles finalement jamais sorties Maman, papa, Casimir et Nounours, voilà ce qui a fait de notre enfance une époque bénie EXPERT ROBERT EBGUY Sociologue de nos petites têtes blondes ? Qui sait. Seulement voilà, à écouter ces adultes nostalgiques du bon vieux temps de l’île aux enfants, on en viendrait presque à croire que de 3 à « C’est une forme de théâtre social » Qui sont ces adulescents ? Ils ont souvent la trentaine, vivent en ville, et viennent d’un milieu favorisé. L’une des constantes c’est qu’ils vivent encore chez leurs parents. Et c’est un phénomène qui dure puisque la moyenne d’âge pour quitter les parents est toujours aussi tardive. N’est-ce pas une forme de régression ? Dans le langage psychologique, on entend régression comme une pathologie. Or pour moi, cette pathologie est positive. De plus c’est une régression à temps partiel. C’est un peu comme un « shoot » d’enfance. De temps en temps ces adulescents vont boire un cocktail dans un biberon, écouter Chantal Goya au Queen ou dans des soirées gloubiboulga. Et puis, il ne faut pas oublier que c’est un jeu. C’est une forme de théâtre social, où le temps d’une soirée on se la joue un peu kitsch. Qu’a l’enfance de meilleur par rapport à d’autres moyens d’évasion ? L’enfance est un réservoir de valeurs que j’ai appelé valeurs de réconfort. Il y en a trois : l’émotion, la création et le jeu. Et ce sont justement ces trois choses qui manquent cruellement aujourd’hui. En somme ces valeurs sont une façon de se consoler. Nous sommes dans une société de consommation mais surtout de consolation. PHOTOS : PHOTOALTO. D.R.
18 ans, nous vivions dans un monde parfait. Haro sur le monde adulte. Chez Julien, « l’adolescence c’est un monde du rêve. Un monde du possible. Nouvelles rencontres, éclate, échanges, changements d’habitudes, épanouissement ». Et pour Cécile, il n’y a pas de doute non plus : « On se souvient de ces mercredis enchanteurs où Claude Pierrard venait « visiter » les enfants des foyers français et que les parents recevaient avec confiance. Les enfants étaient heureux, les parents aussi. Pas de violence mais de l’évasion, du bonheur à l’état pur, le temps d’une télé éducative et distractive. Maman, papa, Casimir et Nounours, voilà ce qui a fait de notre enfance une époque bénie. » Un monde d’illusions ? « C’est une illusion, explique Marie Giral. L’adolescence n’est quand même pas la meilleure période de notre vie. Loin de là. C’est plutôt un grand bouleversement : le corps change, on se forge une identité, tout s’accélère, on n’a pas beaucoup d’indépendance. Or que nous vend la télévision à travers des séries ou le cinéma ? Des adolescents créatifs, solidaires qui n’hésitent pas à parler de leurs problèmes de cœur et à s’écouter. C’est un leurre, un mythe, une invention. » Robert Ebguy, sociologue, va encore plus loin : « Ce sont les États-Unis qui nous ont amené un modèle type de l’adolescent : celui qui est l’avenir de l’homme, qui a une vision du futur. L’ado est en contact avec les nouvelles technologies : du coup c’est devenu un mythe. Donc on l’observe, il suscite de l’intérêt. » Intérêt qui s’est mué en véritable vénération. Nos souvenirs d’adolescent ne seraient-ils pas plutôt des rêves d’adolescent ? Marie Giral pose la question : « Est-ce que j’ai vraiment baigné dans un monde rose, tranquille, si valorisant ? » La liberté de l’ado nous fascine tandis que l’innocence de l’enfant nous émeut : « C’est un monde très rassurant. Le bien et le mal sont clairement définis contrairement au monde qui nous entoure. Et à la fin, le prince épouse la princesse », avoue Joseph. « Évidemment qu’on a tous une part d’enfance en nous. Mais tout est passé par le filtre du marketing, des séries TV, des films et des pubs », commente Marie Giral. D’où nous vient alors cette irrésistible envie de retomber en enfance ou à l’âge bête ? Peutêtre un quotidien qui n’est pas des plus folichons comme le scandent la plupart des adulescents. « C’est une part de nousmêmes qu’il faut préserver et entretenir pour que l’espoir soit toujours là, pas très loin, et qu’il nous permette d’y croire toujours face aux dures réalités de notre monde d’adultes », exprime Séverine, 30 ans. Julien, lui a un discours plus tranché, un discours désenchanté : « Aujourd’hui, on est de simples acteurs économiques. C’est un monde ennuyeux à mourir, rempli d’obligations, de monotonie, de responsabilités inutiles On est obligé de laisser de côté tout le côté sensible, artistique, côté qu’on avait davantage quand on était plus jeune. » Devant un avenir incertain, la désillusion du monde réel fait place à l’illusion du temps retrouvé. Face aux dures réalités du monde adulte, « y croire », permet de temps à autre de s’évader. Il ne s’agit pas de fuite, ni d’échappatoire, juste de petits moments de félicité et parfois une bonne occasion de faire la fête entre amis. Selon Robert Ebguy, « on se console face à un environnement de compétition permanente. On vit dans une société d’exclusion où l’on est condamné à se vendre en permanence. À ceux qui pensent que ces adulescents sont immatures et irresponsables, je rétorque que c’est la société qui SÉVERINE, 30 ans « Pour moi, ce sont des instants de fraîcheur ! » Si je suis restée une éternelle adolescente ? Ben oui. J’ai 30 ans, ne résiste pas aux fraises Tagada et adore les concerts de pop acidulée et le rock qui fait jumper ! Est-ce normal ? Je présume qu’à partir du moment où l’on fait ce que l’on aime et que l’on se sent bien comme ça il n’y a rien à changer… En bref oui je ne me considère pas encore comme une adulte. Ce que j’aime dans cette manière de redevenir ado, c’est ce côté première fois qu’on ne retrouvera jamais après, une fois entrée dans la vie adulte : première sortie, première boom, premier copain, premier verre d’alcool. Tous ces moments que l’on retrouve quand on redevient ado. Pour moi, ce sont des instants de fraîcheur. On se réapproprie des délires : quand on sort entre copines ou copains, on se retrouve un peu comme une bande d’adolescents trépignant d’impatience de se retrouver et de faire la fête. Il y a un côté aventure, un côté où l’on ne sait pas de quoi demain sera fait. Ne pas planifier, rester spontanée, jouer avec l’imprévu c’est aussi une manière de retarder l’échéance : quand viendra le jour où je serai contrainte de tout planifier justement. En même temps, je pense qu’il y a un autre paramètre à prendre en compte : le célibat. C’est le moment où l’on peut vraiment se concentrer sur les amis et les sorties. On réalise ses envies tout simplement et on remplit aussi un vide. Donc je pense vraiment que le célibat entraîne ce phénomène. Et si ça perdure, on se retrouve à 35 ou 40 ans avec un plateau télé devant Bridget Jones, " l’ado-trentenaire qui ne demande qu’à grandir comme tout le monde ". En attendant, on s’amuse ! ne leur donne pas de responsabilité. » Tout n’est finalement qu’un petit jeu sans conséquence. Il n’empêche que l’ambiguïté demeure. Comment se tourner vers l’avenir en arguant joyeusement que « c’était mieux avant » ? On croirait entendre nos parents ou nos grandsparents. Plus la société s’accélère, plus les nouvelles technologies nous font tourner la tête et plus se surprend à remuer le passé, ce passé idéalisé, rose bonbon, qui sent bon la pomme d’amour. Jeunes, libres, hédonistes jusqu’au bout des ongles, nous ne voulons pas vieillir et oublier notre jeunesse. À 30 ans il est déjà loin le temps des rires et des chants. Pourtant, impossible de s’en défaire. Nostalgiques ? Vieux avant l’âge ? Une chose est sûre : ça doit bien faire rire nos parents de nous entendre parler du bon vieux temps à 30 ans. ● DENIS MICHELIS À LIRE Les adulescents : Enquête sur les nouveaux comportements Marie Giral, Le Pré aux Clercs. 278 p.15 € La France en culottes courtes Robert Ebguy, Lattès, 200 p.17 € Parents immatures et enfants adultes Gisèle Harrus Révidi, Payot, 366 p.8 € FÉMININPSYCHO 7



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