Féminin Psycho n°40 nov/déc 2007
Féminin Psycho n°40 nov/déc 2007
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°40 de nov/déc 2007

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (170 x 223) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 29,7 Mo

  • Dans ce numéro : s'ouvrir aux autres.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 18 - 19  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
18 19
MOI ET MES AMOURS Premier amour Je ne t’oublierai jamais Le premier grand amour n’est pas un mythe. Il existe. Bien souvent, il est fugace, intense, et délicieux. Plus tard, il restera à jamais gravé dans nos mémoires. Mais à quel prix ? Quand des années après, le souvenir est encore à fleur de peau, gare à la nostalgie qui vous reste sur le cœur. Juliette, 27 ans, n’oublie pas. Même huit ans après. « J’ai rencontré Olivier à 19 ans. C’était mon premier grand amour : pour lui j’aurais été prête à tout. Même à le suivre quand il est parti aux États-Unis. Et depuis notre rupture en 1999, je n’ai pas eu d’autre petit-ami. Pour moi, Olivier reste un idéal. Pendant une période, je n’ai pensé qu’à lui, c’était devenu obsessionnel. Je me suis perdue dans toute cette histoire. Je n’arrive pas à tourner la page, à passer à autre chose. Je sais que je ne l’aurai plus, que ce gars « n’est plus sur le marché », j’en suis consciente, mais au fond de moi je sais que c’est ce mec que je veux. Depuis, il s’est marié, je suis même allée à son mariage. » Il faut faire la différence entre le grand amour et le véritable amour 18 FÉMININPSYCHO L’engrenage se met alors doucement en place et le piège se referme sur la jeune femme. Malgré elle ? Là est toute la question. « Il arrive qu’on se revoie de temps en temps, car il n’est pas toujours fidèle. Du coup, forcément, j’ai envie de le revoir la fois d’après. Souvent je me dis « est-ce que je ne suis pas en train de faire n’importe quoi ? », mais rien n’y fait. Parfois j’ai même l’espoir qu’Olivier quitte sa femme. C’est plus fort que moi. Je n’arrive pas à couper les ponts et lui revient chaque fois à la charge. Je sais que cette relation n’est qu’illusion. Qu’il faudrait que je rencontre quelqu’un d’autre. Et je sais que cette histoire me bloque et que ce n’est pas très sain mais qu’est ce que je peux y faire ? Je l’ai tellement idéalisé. Si tout ça me rend malheureuse, je me demande toujours « est-ce que ces moments de bonheur ne valent pas la peine ? En fait je suis lucide mais amoureuse. » Des histoires comme celle de Juliette, il en existe des tas. Pour Gérard Leleu, médecin sexologue, pas étonnant que le premier grand amour ait une telle importance. Selon lui, c’est une grande découverte, comme la découverte de la beauté. Une découverte qui laisse une empreinte profonde dans un cerveau encore tout neuf, encore vierge. La première personne qu’on aime, on la met dans un « moule » et toute sa vie on n’aura de cesse de trouver quelqu’un que l’on pourrait couler dans ce moule. Seulement voilà, cette recherche peut vite tourner à l’obsession. « Un grand amour peut parfois être néfaste pour la suite. Il est des gens pour qui ça gâche toute une vie. On reste toujours dans le souvenir », commente Gérard Leleu. Impossible d’aller de l’avant, de faire d’autres rencontres. Car si le premier grand amour a frappé à votre porte, un autre le suivra, à condition de le laisser entrer ! Travail de deuil Il ne s’agit pas d’enterrer cet amour pour toujours. Selon le sexologue, faire le deuil est un processus psychologique naturel. Il s’agit avant tout de faire un travail sur soi, sur ses fantasmes et obsessions. Se dire que finalement, on a peut-être surévalué cet amour. Il n’était peut-être pas si idéal que ça. Il n’est pas forcément question d’oublier pour toujours mais de se dire « Voilà, je l’ai aimé, il appartient désormais au passé ». Une démarche qu’a effectuée Laurence, 23 ans. « Avec David, on est sorti ensemble durant huit mois. À l’époque j’avais 16 ans. C’est mon premier grand amour, l’unique car il est le seul qui m’ait marqué comme ça, le seul que j’ai aimé de la sorte. Quand j’ai rencontré par la suite mon partenaire actuel, je lui en ai PHOTOS : DYNAMIC GRAPHICS. D.R.
parlé car le fantôme de ce premier amour était encore bien présent. J’ai même refusé d’enlever un pendentif que m’avait offert David et ce pendant un an. » Avec le temps, Laurence a appris à mettre EXPERT Pourquoi est-ce parfois si difficile de se remettre de ce premier grand amour ? Ce premier grand amour est celui qui a le plus à voir avec des conflits non réglés : ceux de l’époque œdipienne. Quand on est petite fille, on pense qu’on va se marier avec papa et qu’on va l’avoir pour toujours ! Durant cette période, il n’y a qu’un amour, c’est papa, le seul, l’unique, le vrai. Et cela prend un temps pour y renoncer. Résultat : quand on a mal fait son Œdipe, des problèmes resurgissent avec le premier grand amour qui intervient tôt, à la sortie de l’adolescence. On reste fixé sur cet amour, on n’arrive pas à s’en défaire. « Je l’aurai se dit-on ». Les femmes s’en remettent-elles plus difficilement que les hommes ? Oui, les traces ne sont pas David dans un coin de tête. Jusqu’au jour où… « Je l’ai revu récemment et cela m’a fait un effet énorme ! Il n’avait pas changé physiquement. À la rigueur, j’avais plus changé que lui. Il m’a frôlé la main et là j’étais au bord de l’évanouissement. Et c’est aussi pour ça que je ne pourrais l’oublier : au moindre contact, je suis toute chamboulée. Et il fallait me voir une semaine avant le rendez-vous : je faisais les cent pas, j’avais des crises d’angoisse, et je me demandais comment j’allais m’habiller, Le grand amour est celui des trois grandes illusions une vraie ado ! Mais bon, pas question de rempiler. Aujourd’hui, j’ai un compagnon que j’aime. Ce premier amour est une histoire qui appartient désormais au passé. De toute façon ça n’aurait jamais marché, les sentiments n’étaient pas réciproques. Aujourd’hui, je m’attendris plutôt sur cet GENEVIÈVE DJÉNATI Psychologue « Ce premier amour est celui qui a le plus à voir avec l’époque œdipienne... » les mêmes. Les hommes tournent la page plus vite. Un homme retrouvera plus vite une autre partenaire, il a une plus grande faculté d’oubli liée en partie à sa sexualité. De plus, pour un homme il s’agit davantage d’un échec narcissique. Les femmes, elles, restent profondément marquées. La comparaison avec le grand amour demeure et c’est très lié à leur éducation. Pendant très longtemps, on a vu les femmes avec un seul partenaire. Que faut-il faire pour tourner la page ? Ne plus être disponible une fois l’histoire finie. On coupe les ponts. On est injoignable. Il faut se débarrasser de cette emprise, faire le deuil. C’est-à-dire réinvestir le monde extérieur : se rendre séductrice. amour, je le garde dans un coin de ma tête, c’est comme un rayon de soleil. » Les trois illusions Peut-être que la difficulté de renaître après avoir chaviré d’amour réside dans la nature profonde de ce premier grand amour. Pour Gérard Leleu, il n’y a pas de doute. « Il faut faire la différence entre le grand amour et le véritable amour. » Car le grand amour est celui des trois grandes illusions. Première illusion : l’idéalisation et la surévaluation. L’autre est le plus fort, le plus merveilleux. L’autre est tel qu’on voudrait qu’il soit. Deuxième illusion, celle des « âmes sœurs » : toi et moi on est pareil. Troisième illusion, celle de la fusion : 1 + 1 = 1. Une fois que la réalité intervient, que l’ombre de quotidien a envahi ce grand amour, c’est la désillusion. On se rend compte que l’autre n’est pas un héros, qu’il est profondément différent de vous (toi et moi, on n’a finalement pas tant de choses que ça en commun) et qu’on n’existe plus à force de fusionner ! Que faire alors ? Gérard Leleu explique : « Aimer l’autre, c’est accepter qu’il soit différent. Le véritable amour c’est passer de la passion fusionnelle à l’autonomie, à l’indépendance. » Geneviève Djénati, psychologue, renchérit : « Il faut avoir été déçu par l’autre et accepter la déception. Tolérer la différence et être capable de ne pas être satisfait par l’autre fait aussi partie de l’amour. » Il n’y aurait peut-être pas de grand amour, mais uniquement l’illusion de cet amour. En définitive, on aime un fantasme. « Quand on a compris cela, ça permet de se consoler », explique Gérard Leleu. Aimer encore une fois Continuer à aimer, mais aimer différemment, c’est peut-être plus facile à dire qu’à faire, pourtant il n’est pas de solution miracle. Quand Hélène, 25 ans, étudiante évoque son premier grand amour, c’est avec beaucoup d’humour et de recul. « On croit toutes au prince charmant. Le prince c’est ce type idéal qu’on épousera, qui nous fera des enfants et nous regardera toute sa vie avec des yeux de merlan frit. Aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que c’était une relation basée sur l’illusion. Et l’illusion a été tellement grande qu’il m’a fallu tout de même une année pour m’en remettre. J’avais peur de le perdre, je manquais de discernement. » Ce premier grand amour a duré moins d’un an. « J’étais dans l’optique « c’est l’homme de ma vie ». Encore aujourd’hui, tout est très frais dans ma tête mais j’ai tourné la page. Il le fallait, sinon j’allais me perdre moi-même. » En couple depuis cinq ans, Hélène doit beaucoup à son nouveau copain : « Tout au début, je comparais systématiquement : « ah tiens, lui, pensait l’inverse, il n’aurait jamais fait comme ça ! » Heureusement que mon nouveau chéri a été très compréhensif. » Il est vrai qu’un nouvel amour aide plus facilement à tourner la page. Mais pas seulement. « La solution pour qu’une histoire d’amour fonctionne, c’est accepter que chacun ait son jardin secret, que l’autre ait une part de mystère alors que dans le grand amour, on s’oublie totalement dans l’autre, on existe difficilement, il n’y a plus de mystère. » Le premier grand amour est donc parfois un cadeau empoisonné tant il se répand vite et peut tuer la vie À LIRE Écologie de l’amour Gérard Leleu, Flammarion, 276 p., 15 € La Caresse de Vénus, Les rêves secrets du clitoris Gérard Leleu, Leduc. S Éditions, 240 p., 18 € Le prince charmant et le héros Geneviève Djénati, Archipel, 332 p., 19 € FÉMININPSYCHO 19



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 1Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 2-3Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 4-5Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 6-7Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 8-9Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 10-11Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 12-13Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 14-15Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 16-17Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 18-19Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 20-21Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 22-23Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 24-25Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 26-27Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 28-29Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 30-31Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 32-33Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 34-35Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 36-37Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 38-39Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 40-41Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 42-43Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 44-45Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 46-47Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 48-49Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 50-51Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 52-53Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 54-55Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 56-57Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 58-59Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 60-61Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 62-63Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 64-65Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 66-67Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 68-69Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 70-71Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 72-73Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 74-75Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 76-77Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 78-79Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 80-81Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 82-83Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 84-85Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 86-87Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 88-89Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 90-91Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 92-93Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 94-95Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 96-97Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 98-99Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 100-101Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 102-103Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 104-105Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 106-107Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 108-109Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 110-111Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 112-113Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 114-115Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 116-117Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 118-119Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 120-121Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 122-123Féminin Psycho numéro 40 nov/déc 2007 Page 124