Féminin Psycho n°40 nov/déc 2007
Féminin Psycho n°40 nov/déc 2007
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°40 de nov/déc 2007

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (170 x 223) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 29,7 Mo

  • Dans ce numéro : s'ouvrir aux autres.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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MOI ET MA FAMILLE partageons plus rien depuis longtemps. Au nom d’un fonctionnement quasi préhistorique et de la sacro-sainte unité familiale, pourquoi passer une soirée, sinon plusieurs, qui nous paraissent interminables, avec des personnes que l’on n’apprécie plus guère, avec qui l’on n’a plus rien en commun, ni plus rien à partager ? De plus, chacun a un parcours personnel propre, évolue en fonction de ses orientations culturelles, politiques, sociales… Et il arrive que ce côté identitaire soit balayé par les autres membres du groupe pour ne plus laisser place qu’au statut familial. La tante enquiquineuse, le neveu rigolard ou la petite EXPERT PIERRE ANGEL Psychiatre, psychothérapeute « La famille reste un point d’ancrage solide, mais s’invente désormais de nouveaux rituels... » Quel est le rôle des réunions familiales ? Nous vivons dans une période où il y a beaucoup de familles éclatées avec des séparations familiales et/ou professionnelles. Les gens habitent dans des mégalopoles, l’urbanisation est croissante, d’où une certaine difficulté de se voir. Les réunions familiales servent alors de ciment qui renforce l’identité familiale. C’est un lieu où on se raconte l’histoire, le mythe de la famille. Dans ces occasions-là, on conforte ses croyances, on se différencie des autres familles. Ont-elles la même signification que par le passé ? La famille reste un point d’ancrage solide, mais s’invente d’autres rituels. On décide par exemple de mobiliser oncles et cousins pour retaper une maison ensemble, on part une semaine en 108 FÉMININPSYCHO vacances au ski, on se retrouve dans une maison de campagne autour de l’aïeule de la lignée, on fait du sport ou des sorties en commun… Dans un environnement actuel où tout est incertain (chômage, divorce, conflit avec les ados…), ces néorituels permettent que chaque membre d’une même famille ne se sente pas isolé. Elle reste un vrai point de repère, mais son périmètre varie. Y a-t-il des comportements spécifiques à adopter pour favoriser une relative sérénité lors des fêtes de famille ? Lors de ces retrouvailles, des conflits refont surface. Rapports de force, rivalités au sein de la fratrie, sentiments de privilège accordé ou non, cadeaux… Bien que tout le monde se déclare de bonne foi, toutes ces relations plus ou moins bien gérées augmentent le stress familial. Sans compter les troubles de la personnalité, la vulnérabilité exacerbée, les tendances parano des uns ou des autres. Dans certaines familles, les valeurs chrétiennes, précommunautaires, les ritualisations familiales permettent de transcender ces difficultés. Le poids de la tradition donne alors des garde-fous. Ce n’est plus à chaque famille d’inventer la fête, elle se contente de suivre les règles préétablies par l’habitude. De façon générale, il faut essayer de contractualiser les rencontres en organisant par exemple un tour de rôle pour la confection des plats, un repas au restaurant une fois sur deux… ou inviter un copain ou deux devant lesquels on hésitera plus à se « lâcher ». Mais surtout, il faut continuer à inventer, à transformer les choses, à être créatif. sœur délurée et irresponsable sont là avec leurs étiquettes indécollables, englués dans un portrait figé frisant la caricature, dont l’évolution aura échappé à tous, ou dont personne ne tiendra compte par peur de voir s’envoler l’image jaunie des souvenirs d’enfance à laquelle tout le monde se raccroche. Mais les difficultés soulevées par les réunions familiales ne s’arrêtent pas là. Éducation des enfants, sujets de conversation délicats, choix et importance des cadeaux… Tout peut être motif à conflit, transformant un joyeux réveillon en prise de bec mémorable. La place attribuée à chacun à la table familiale, aussi anodine qu’elle puisse paraître, peut également se révéler un problème insurmontable et source de rancœur accumulée lorsque, année après année, les mêmes personnes se retrouvent à la droite du Père, tandis que les autres sont systématiquement reléguées au coin des enfants, PHOTOS : IMAGE LIBRARY. DR.
avec conversation en rapport. Comment réussir à profiter de la fête et des autres invités lorsqu’il faut passer son temps à courir après ses enfants pour les prier de se calmer (mot qu’ils ont bizarrement zappé de leur vocabulaire ce soir-là) ou pour qu’ils évitent de répéter pour la énième fois à la tante Paulette qu’elle a « plus de rides que la dernière fois ». Difficile aussi de faire face aux remarques que l’on juge objectivement très désobligeantes lorsqu’elles concernent notre progéniture. « Tu la laisses sortir habillée comme ça ta fille ? » ne nous laisse évidemment pas de marbre. Comment aussi discuter sereinement sans aborder les sujets qui fâchent et réveillent les passions, tels que la religion et la politique ? Sans compter les conflits familiaux non réglés qui peuvent refaire surface à la moindre occasion. Ce n’est pas parce que c’est Noël que l’on va oublier que l’on s’est fait flouer lors de l’héritage de l’arrièregrand-père, en écopant d’un bureau bancal alors que les autres se sont partagé le mobilier en chêne. Que dire des cadeaux, qui loin d’être échangés de façon équilibrée et adaptée attisent les ressentiments en fonction de leurs valeurs, de la sincérité apparente de celui qui l’offre, de l’effort que chacun a fait dans son choix, prouvant ainsi son attention aux autres, ou au contraire la banalité du geste, révélant plus une corvée qu’un réel plaisir d’offrir. Que dire encore de ces personnes qui s’arrangent aussi pour que la fête ait toujours lieu… chez les autres. Pas de place pour recevoir, pas de temps pour organiser… Comment discuter sereinement sans aborder les sujets qui fâchent et réveillent les passions ? Bizarrement, leur agenda est tout à coup overbooké à cette époque de l’année et leurs conditions de vie plus misérables que celles des autres. « Tu comprends, c’est pas que je ne voudrais pas, mais… » Mais bon, ils ont raison, au final, c’est quand même moins fatigant de se faire inviter que de passer des heures aux fourneaux. Cécilia a connu un peu tous ces cas de figures : « Progressivement, ça s’est détérioré. Depuis quelques années, on ne fête plus les anniversaires, ou alors en petit comité. Noël est une prise de tête, c’est à celui qui ne l’organisera pas. Quand aux grandes occasions, là où on est encore plus nombreux, c’est le désastre : ambiance pourrie, règlements de compte… C’est dommage car je me rappelle les fêtes de mon enfance et les ANGÉLIQUE, infirmière, mère de deux enfants « En tant que pièce rapportée, je n’ose plus intervenir... » Personnellement je n’attends plus rien des réunions familiales. L’atmosphère y est souvent pesante de sous-entendus et dans ces conditions, c’est vraiment une corvée d’y assister. Je dois contrôler mes propos, éviter de me mêler le plus possible des affaires des autres mais je crains toujours un éventuel dérapage qui mettrait le feu aux poudres, une simple parole qui ferait tout exploser. En fait, tout se passe bien si on écoute ma belle-mère se plaindre, si on évite les sujets qui fâchent, si on ne répond pas au beau-frère mythomane ou à la belle-sœur bouledogue… Mais en tant que pièce rapportée, je n’ose plus intervenir, d’autant plus que je déteste les conflits. L’absence de relations sereines est un énorme problème pour moi. Les relations fraternelles me manquent énormément. Malheureusement, du plus loin que je me souvienne, ça a toujours été comme ça, et je ne sais malheureusement pas ce qui pourrait faire évoluer la situation vers un peu plus de positif. réunions d’une famille très unie et j’aimerais que ma fille connaisse la même chose. On dirait que quelque chose a disparu. À moins qu’on soit tous si stressés qu’on n’arrive plus à oublier ses problèmes. Du coup, la moindre chose devient un sujet de dispute. En définitive, c’est mieux entre amis. » Amour, tolérance et respect... La vie en couple et l’entrée en jeu de la belle-famille ne font, en général, que jeter de l’huile sur le feu. Chez qui irons-nous passer les fêtes ? Aurai-je droit aux réflexions habituelles de ta mère ? Une nouvelle mise au point et un réglage minutieux de ces nouvelles relations s’imposent. La solution pour pouvoir se réunir de façon pondérée passerait-elle par un mutisme de règle et un sourire béat ? Il reste, bien heureusement, de nombreuses familles capables de se rassembler plusieurs fois par an sans que ces retrouvailles ne dégénèrent en bataille rangée. À moins que la solution passe par la diminution significative de ces rencontres… Ces familles font preuve incontestablement de respect, d’amour et de tolérance envers les autres membres du « clan », acceptant les différences des uns et des autres et passant outre les questions qui agacent, souvent sujets futiles, et privilégiant de loin et avant tout le plaisir d’être ensemble. Les parents, véritables gardiens du temple, peuvent avoir également un rôle important à jouer pour faire que cette harmonie se perpétue au sein de la famille. Piliers de la tribu, ils peuvent pacifier, parler ou au contraire taire les choses pour essayer de mieux les résoudre. Le principal n’est-il pas de garder les liens tissés depuis l’enfance et profiter de la richesse que leurs évolutions et les différentes orientations de chacun engendrent ? Et se souvenir de la citation de Gérald Godin : « Une famille qui crie est une famille unie » … ● FÉMININPSYCHO 109



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