Faces B n°5 jun/jui/aoû 2013
Faces B n°5 jun/jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de jun/jui/aoû 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 12,8 Mo

  • Dans ce numéro : portfolio Elizerman, Miguel Ramos.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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dossier Espèce en voie de réapparition C’est l’été. Place aux jupettes et autres bikinis plus ou moins échancrés, qui ramènent avec eux le diktat du moment : seule une peau lisse et imberbe tu exhiberas ! Mais en matière de poil, la mode va et vient. Notamment celle qui touche de près à notre intimité. En quelques années, les toisons naturelles ont laissé place nette aux pubis de fillette et l’épilation intégrale semble devenue la norme chez les jeunes, quel que soit leur sexe. Mais des voix protestent et prônent un retour au naturel, pour raisons médicales, politiques ou culturelles. Le poil n’a pas dit son dernier mot. Au fil des tendances, le poil apparaît et disparaît de notre intimité. Ce sont les années 1990 qui marquent l’apogée de l’extermination pileuse, avec l’avènement des films pornographiques et leur développement sur Internet. Les actrices ne s’épilent pas pour l’esthétique ou l’hygiène, mais avant tout pour des nécessités cinématographiques (sans poil, on voit mieux les gros plans sur le clou du spectacle... CQFD). Le psychologue-sexologue Pascal De Sutter précise même que « selon la quantité de poils, on peut évaluer la date du film ». Les films du genre datant de l’ère poilue sont d’ailleurs rangés dans le rayon vintage... Du coup les femmes, victimes plus ou moins consentantes de cette tendance, désherbent à tout va et l’intégrale est à présent tout à fait assumée. Haro sur le poil Ainsi en 2011, 80% des étudiants américains confiaient épiler une partie ou l’intégralité de leurs poils pubiens. Et la tendance du « ticket de métro » concernerait, selon une étude IPSOS de 2006, 54% des femmes en général et 73% des adolescentes et jeunes femmes de 15 à 25 ans (mais sans préciser s’il s’agit d’une épilation intégrale). Les hommes sont également concernés mais il y a peu de données (peut-être moins de 50% dans la même tranche d’âge). Bien sûr, l’épilation intime n’est pas un phénomène nouveau puisque certaines statues de la Grèce Antique ne présentent pas de pilosité pubienne, et qu’elle fait partie dans la religion musulmane, des pratiques considérées comme inhérentes à la nature humaine. Mais l’épilation intégrale était loin d’être aussi répandue dans tous les milieux socioculturels et confessionnels. Véritable phénomène de mode, pour la nouvelle génération, la mort du poil est devenue la norme. L’épilation intégrale correspond-elle à une volonté de s’affranchir du règne animal, à une nouvelle étape de la libération sexuelle ou est-elle, au contraire, asservie à la pornographie du net ? Emily Gibson, directrice du centre de recherche sur la 34• Faces B santé à la Western University dans l’état de Washington, explique que « certaines théories sociologiques suggèrent que cette tendance a à voir avec la mode des bikinis et des strings, des acteurs et actrices sans poils, un désir de revenir à l’enfance, une tentative hygiéniste ratée, ou une volonté de devenir plus attractive pour son partenaire. » Autant de raisons qui ne tiennent pas quand on connaît les dangers que représente l’épilation pubienne. Entre morpions et MST tu choisiras En plus d’être douloureuse, l’épilation du maillot comporte quelques risques graves pour la santé, comprenant des infections, des brûlures et même des MST. Le marketing ne résiste pas à la tentation de nous faire croire que rester glabre nous assurerait une meilleure hygiène. Pourtant, les gynécologues sont catégoriques : les poils pubiens forment une barrière naturelle contre les microbes et peuvent ainsi prémunir les femmes de bien des infections comme les mycoses vaginales. « Si les poils pubiens sont là, c’est pour une bonne raison », précise Emily Gibson. « Ils protègent contre le frottement qui peut causer écorchures et blessures, ils sont un rempart naturel contre les bactéries. » Si l’on tient compte des inflammations causées par le rasage, des infections transmises lors de l’épilation à la cire dans les salons d’esthétique, des brûlures causées par le laser ou les lotions dépilatoires, des kystes et poils incarnés qui se forment lors de la repousse, on y réfléchira à deux fois avant de déclarer la guerre à ceux qui ne sont finalement que des cousins des cheveux... Aussi, résistant à l’aseptisé et à l’hygiène poussée à son paroxysme, certaines femmes militentelles pour un retour à la pilosité intime et naturelle. Les défenseurs du poil En France, le débat n’est pas nouveau. Afin de s’ériger contre cet énième canon de beauté, journalistes et écrivains ont pris la plume pour manifester leur agacement. En janvier 2010, Laure Watrin, journaliste sur Slate.fr, s’offusquait de cette esthétique du « porno soft », de cette dictature de la pilosité très maîtrisée : « Lissons, aseptisons, uniformisons ! Après les jambes, les aisselles, les sourcils, c’est donc au tour de notre pubis de se mettre au service des ‘control freaks’. » Mais c’est Stéphane Rose, auteur de l’essai Pour la Défense du poil : contre Publicité pour la radio Le Mouv'
la dictature de l’épilation intime (paru en octobre 2010) qui incarne le plus fervent défenseur du poil. « En découvrant que l’épilation était utilisée comme une arme par diverses forces oppressantes et aliénantes pour l’humain (pornographie, presse féminine, industrie cosmétique, hygiénisme...), mon point de vue est devenu politique et engagé. (...) Puisque le poil est un signe de la maturité sexuelle, s’épiler durablement et définitivement (comme c’est le cas quand on le fait au laser) signifie, il me semble, renoncer à cette maturité, bref devenir un perpétuel enfant. (...) Ce qui va bien dans le sens des courants hygiénistes qui nous contraignent à combattre les poils, mais aussi les rides, le gras et tout ce qui égratigne l’idéal juvénile associé au corps désirable. » Plus récemment encore, en 2011, la marque Veet lançait la campagne « Mon minou tout doux » pour vanter l’épilation intégrale. Après avoir choqué de nombreux internautes avec le site lancé à cette occasion, la marque a dû faire marche arrière. Renée Greusard, journaliste à Rue89 relate cette polémique et raconte le principe du site mis en cause : « Il y avait un jeu qui consistait à épiler « le minou ». Le but ? Enlever tous les poils de la bestiole puisque selon la chanson, « un minou qui pique partout, ça fait bien trop voyou », « le minou (de Veet) aime être plus épilé ». Venait ensuite le test final du matou. Un chat moche à l’air grave inspectait la chatte. Et si « le minou » était mal épilé, la sentence tombait : « Tu as choisi le bon produit, mais le minou aime être plus épilé. Repasse le test du matou. » Boum ! Du féminisme pur jus. » Le retour au naturel ? Une nouvelle tendance, la « tendance fourrure », aurait commencé avec les revendications de certaines féministes. Le Mouvement International pour une Écologie Libidinale (MIEL) devenu célèbre en 2009 avec le fameux slogan « Voilée en Afghanistan, épilée en France » organisait l’été dernier son 8 e été sans épilation (pas moyen de savoir si l’opération se poursuit en 2013). Il y a également celles qui prônent un retour au naturel : la femme ayant été créée avec ses poils, pourquoi les enlever ? Pourquoi ne pas faire rimer pilosité avec sensualité ? Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, des blogueuses racontent leur vie sans rasoir. Sur Facebook ou Tumblr, des groupes de femmes affichent fièrement des photos de leur pilosité retrouvée. Le site français, Téléchatte.fr (www.telechatte.fr), « le site des amoureux des femmes naturelles », s’est donné pour mission de « contrer la tyrannie de l’épilation » (allez y faire un tour -si vous avez plus de 18 ans-, il y a « du lourd » !). Les aisselles repoussent (tendance incarnée par Julia Roberts), les jambes se dévoilent couvertes de duvet (c’est ainsi que Natalia Vodianova a récemment foulé un tapis rouge sans complexe) : après la dictature contre l’aisselle velue, la jambe qui pique et la toison sauvage, le poil entame sa réhabilitation. Laetitia Casta l’avait prédit : « Vous allez voir, ça va revenir à la mode, les poils. Elles vont être bien emmerdées, celles qui se sont fait épiler définitivement. » Une tendance qui devrait être confortée par les récents résultats d’une étude britannique (pour la marque Nad’s) qui révèle que le « look » préféré des 1000 hommes interrogés n’est pas un maillot à la brésilienne, mais plutôt un « qui soit bien taillé et ordonné, un ‘jardin féminin’bien entretenu ». 43% des hommes interrogés ont ainsi dit qu’ils préféraient les maillots féminins au naturel en « triangle des Bermudes » (soit une toison taillée et épilée sur les côtés). 17% ont indiqué qu’ils aimaient le « ticket de métro », 15% une forme de cœur (oups !), et seulement 12% ont déclaré préférer un maillot brésilien intégral. En d’autres termes, ils apprécient les poils et donc les femmes au sexe peu épilé. Pour le plus grand bonheur des entomologistes, le morpion n’est pas prêt de disparaître ! ● Caroline Simon Le hairy panty de la marque Nutty Tarts Pendant des siècles tout allait bien/Tout le monde en prenait grand soin/On le trouvait mignon tout plein/Et tout d’un coup, tout soudain.../Une conspiration infernale/a décidé qu’il était sale/Vous savez bien de qui je parle/Mais oui, c’est de lui, c’est du poil ! /Le poil est un être vivant/Il ne demande rien/Il veut pousser tout simplement/Il porte dans son cœur toutes les couleurs de ses parents/Isabelle Ferron, Le poil, Extrait de la comédie musicale Chienne d’Alexandre Bonstein : www.youtube.com/watch ? v=pF38HM-g_Tk Que doit faire Monsieur avec ses poils ? dossier « A l'heure actuelle, la barbe est une valeur très bobo. Face au poil, on assiste à une véritable scission de la société française. Si on caricature, nous avons d'un côté le bobo, de l'autre le candidat de télé-réalité. Sébastien Tellier contre Greg le millionnaire. Le candidat de télé-réalité honnit le poil et passe de longues heures à le traquer, quitte à demander son aide à son homologue féminine. En cela, il est représentatif d'une nouvelle tendance masculine. » Titiou Lecoq sur le site slate.fr, en mai 2010. Faces B• 35



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