Faces B n°5 jun/jui/aoû 2013
Faces B n°5 jun/jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de jun/jui/aoû 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 12,8 Mo

  • Dans ce numéro : portfolio Elizerman, Miguel Ramos.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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dossier Un mois plus tard me voilà inscrite pour cinquante-deux semaines de cours à raison d’une heure par semaine. Tout ça pour la modique somme de 235 euros. J’allais pas m’priver. Premier cours. Le prof débarque… avec l’entrain, le sourire au coin des lèvres et la tenue qui va bien : le chapeau à la Charlie Winston, pantalon large et bretelles à la mode. Loin de faire le clown, il impose son style. Les trente initiés dans mon genre obéissent à ses premiers mots : « En piste ! » Ni une, ni deux, me voilà embarquée dans la ronde. D’abord seules, puis en couple, les filles tournent, changent de partenaires. Tantôt un « minet » de 25 ans, tantôt un « poivre-sel » de 60. Tous sont là pour la même chose : découvrir CETTE danse. La sauce prend. Le prof est bon, sa partenaire aussi. La musique est entraînante et l’ambiance aussi : pas de prise de tête et une musique qui y reste (dans la tête)... « Allez, on tourne ! » entonne notre « Don Juan à bretelles ». C’est reparti. Mon danseur tâtonne puis prend le pas, comme moi. Il ne me faudra pas moins de trente minutes pour comprendre la base : si vous connaissiez le rock à quatre temps, le lindy se danse en six ou huit temps. Mais si vous aimiez le style « carré » du rock, ne venez pas vous aventurer dans la jungle « swinguée » de cette danse rétro qui laisse 28• Faces B une grande place aux sensations et aux sonorités. Swingtime Anthony Rojo La musique ralentit : le « triple step » se fait plus fluide, rond, ample… Le tempo s’accélère : les pas se font plus petits, nombreux, précis. J’adore. Les mois passent, les cours se suivent, les pas se retiennent et les regards se font plus complices. J’appartiens désormais à ce « monde du rétro » … Ce monde d’un autre temps. Celui où les femmes portent la jupe haute, la ceinture large et la fleur dans la tignasse. Celui où les hommes arborent leur costard/nœud pap’sans vergogne. C’est le monde à part de la « swing party » du samedi soir. De 17h à minuit, on danse, on rigole, on bade les couples endiablés et on se désaltère… à l’eau évidemment. Mieux vaut garder tous ses neurones pour réussir sans encombre son « lindy turn » suivi des non moins célèbres « basic charleston » et « tandem ». Me voilà embarquée depuis deux ans… emportée par cette danse et tout ce qu’elle englobe : un rythme oui… un style vestimentaire bien sûr, mais aussi toute une philosophie, une façon de « penser la vie » : plus fluide, épicée, cadencée… À vous de tester. Moi j’dois vous laisser : on m’attend à un apéro-blues ! ● Karine Jamin
Claire Lupiac En quête de vintage ou l’itinéraire d’un adulescent dossier Autrefois, tout semblait clair : on trouvait d’un côté le monde des adolescents et de l’autre celui des adultes. Mais aujourd’hui tout a changé, la limite paraît plus floue, on vit dans une confusion où nous n’avons parfois plus l’âge de notre âge. Entre éternel ado ou adulte nostalgique, nous voilà sans repère, totalement perdus… En quête de vintage, je m’interroge : ne suis-je finalement pas qu’un adulescent comme les autres ? Un Peter Pan, qui prône le retour à l’enfance comme mode de survie… Pour la plupart d’entre vous, il vit toujours chez papa/maman, reste attaché à son doudou, se déguise en super-héros, collectionne des BD et se bâfre de bonbons… Mais au-delà de la caricature, l’adulescent peut être « le fruit d’une société incapable de donner une place aux nouvelles générations » *. S’il souhaitait s’émanciper hier, il s’applique aujourd’hui à garder son âme d’enfant. Est-ce pour autant un refus catégorique du monde adulte ? Je ne pense pas. Attaché à son propre univers vintage, côtoyant bibelots et figurines qui lui rappellent ses souvenirs, ses désirs et ses rêves, l’adulescent se protège. Il a su trouver son moyen d’adaptation au monde et, entre lubies et manies, le voilà prêt à se confronter à une réalité qu’il sait pourtant peuplée de désillusions. Ainsi, il préfère prendre la vie du bon côté, en montrant ses émotions et en laissant libre court à sa créativité. Il envisage sa vie comme un jeu avec ses propres règles, dont l’intuition et l’imagination font partie. Tout comme lui, en y réfléchissant, j’aimerais également pouvoir sortir, danser, m’amuser en toute liberté… et en cela refuser d’admettre le temps qui passe. Toutefois, si les enfants n’étaient pas les seuls à aimer jouer, serions-nous tous menacés par les adulescents ? Un consom’acteur qui se console en remplissant son caddie de poésie… Aujourd’hui, l’être a souvent du mal à prendre le pas sur l’avoir, quitte à envisager parfois la consommation comme un moteur. Alors, je n’hésite plus à renouer avec des comportements, des objets, des activités que je pensais pourtant rangés au placard de mon adolescence. Le vintage est devenu une tendance lourde de notre société, un véritable marché : dans la mode, la déco, le luxe, le design, les loisirs… le retour à l’enfance est partout présent. Désormais tout n’est plus que douceur, confort, plaisir et transgression, la pub comme le marketing comptent bien nous rendre notre âge d’or. Ainsi, avec des couleurs pop, des figures simples, naturelles ou sophistiquées, j’aime aussi me remémorer mes bonheurs passés. Je me sens comme capté par ces « nouveaux jouets », prêt à me laisser tenter pour commettre un acte d’achat primaire et compulsif. Le phénomène des adulescents que je pensais dangereux est désormais transcendé. À l’image d’un consommateur qui souhaite racheter le temps perdu, suis-je désormais considéré comme un enfant attardé ou plutôt comme un doux nostalgique ? Tout simplement moi, au fond pourquoi ne pas croire à un équilibre instable ? Aujourd’hui, je constate que la tribu marginale des adulescents gagne du terrain quand les seniors sont de plus en plus nombreux. Or, dans cet étrange rapport de force, le vintage apparaît comme un élément fédérateur ! Pour les uns, il leur rappelle leur jeunesse, pour les autres, il leur indique le sens de leur histoire. D’ailleurs ce pont entre les générations me permet de croire à mon tour à la nostalgie de mon enfance, sans pour autant renier mon existence d’adulte. De là à dire que c’est le vintage qui assure mon équilibre instable, je crois qu’il n’y a qu’un pas. Au fond, quelle que soit la nature de notre quête ou le choix de notre itinéraire, l’essentiel n’est-il pas d’avancer… toujours ? ● Nicolas Chabrier *Louis CHAUVEL, sociologue. – Le destin des générations – Paris : Puf, 1998. Faces B• 29



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