Faces B n°4 mar/avr/mai 2013
Faces B n°4 mar/avr/mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de mar/avr/mai 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 10,5 Mo

  • Dans ce numéro : dossier « s'engager »... we can do it!

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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musique Vérités ignorées sur la culture rock... Les décennies passent et la musique du diable ne trépasse pas, malgré la condescendance dont elle fait parfois l’objet. Francis Vidal a tenu la barre à la programmation ou aux platines ces 30 dernières années pour moult lieux bordelais, dont le Luxor, la Rock School Barbey ou encore le mythique Jimmy. Son association Allez les filles aux 16 années d’existence porte l’excellence soul et garage en concert, mais aussi de bonnes ondes hip hop, électro ou encore indie pop. Sans salle attitrée, hormis un local baptisé « La maison » pour aller danser, elle programme dans toute l’agglomération bordelaise et participe à des opérations de prévention jeunesse. Voici tous les bienfaits des « musiques populaires contemporaines » comme Francis les nomme, à consommer sans modération à tout âge. Francis & the rolling sound Pierre Wetzel 46• Faces B LE ROCK EXERCE LA MÉMOIRE Francis Vidal : Je suis né en 1949, j’ai des souvenirs de radio car ma sœur écoutait l’émission Salut les copains dont tous les jingles étaient des instrumentaux de Stax (ndlr : label soul américain). Le déclic est venu en 66 avec les Beatles, les Stones et les Animals, je me suis mis à écouter la radio comme un malade en notant les noms de groupes. À la fin de l’année je connaissais 1000 artistes, ce fut ma seconde naissance. J’ai acheté ensuite des 45T, avant l’électrophone pour avoir du stock. Mon premier 33T, Spencer Davis Group Autumn 66 offert pour un anniversaire, je l’ai encore. J’y faisais très attention, mais à part le premier morceau pop When I come home, il ne me plaisait pas. Comme je n’avais que celui-là j’étais obligé de l’écouter. Mais peu à peu j’ai aimé, un, puis tous les morceaux. Ce fut ma porte d’entrée dans la soul, le rythm’n’blues, la musique noire plus rythmique que mélodique. J’ai eu tout de suite envie d’acheter des morceaux pas connus plutôt que ceux qu’on entendait partout. Je lisais le Melody Maker, même si je ne comprenais pas tout. LE ROCK, UN ART DE VIVRE À DÉFAUT D’UN ART POUR VIVRE Dans les années 60, travailler dans la musique c’était marginal, puis c’est devenu un commerce bien portant dans beaucoup de pays, mais pas en France, un pays pour les jeunes. On se rend compte de tout tardivement, assez pour que les choses prennent le temps de mourir. La nouveauté est mal perçue, le jazz est reconnu depuis peu. On parle de musique contemporaine pour les trucs pseudo expérimentaux, mais pas pour les Beatles. La musique ressemble à la vie, ça bouge et c’est partout. Le rock, comme la langue française, reste vivant. Le classique ce serait plutôt du latin ou du grec ! Pourquoi cette musique reste assez peu considérée par les pouvoirs publics alors qu’économiquement elle compte ? On a sacrifié cette branche par rapport à d’autres qui ne vendent rien. La culture en France n’a pas bougé depuis Louis XIV, l’Académie de danse et la Comédie française. En Angleterre il existe nombre d’émissions télévisées, la TV française ne montre pas la réalité économique. Tout en étant ignorée, cette culture est entrée dans les oreilles de tout le monde. La musique a toujours été sérieuse pour moi, la passion s’est confondue avec la vie. Je ne suis pas marié, je n’ai pas d’enfants, je n’arrête pas de travailler. Même si je n’aime pas ce mot, ça engendre de la fatigue. La musique ce n’est pas qu’écouter, chacune a son langage, son style de coupe de cheveux et vestimentaire, c’est un tout. Toute musique sans philosophie ni look n’existe pas finalement.
LE ROCK COMMUNIQUE : PAS DE QUERELLES DE CHAPELLES ! En tant que programmateur on me demande pourquoi je ne fais pas passer tel ou tel artiste. Si ça me parait pertinent, je vais me renseigner. Les gens participent donc au comité de sélection sans le savoir. Les programmateurs enfermés dans leur tour d’ivoire ça n’existe pas, même si j’ai beaucoup agi en prosélyte. Je ne souhaite pas être à part. Ma définition du rock est très large, ouvert à l’électro, au rap, c’est fouiller les poubelles de la culture. Maintenant on a les samplers, les machines, avant on piquait des riffs. Led Zeppelin c’est beaucoup de musique black. On croit que tout a été fait, mais il y aura toujours quelqu’un avec une nouvelle magie. On ne peut pas se rendre compte de l’impact de la musique dans la vie des gens. Les Stones se sont parlés car ils avaient des disques sous les bras. J’ai fait se rencontrer une foule de gens, même si c’était pas ma vocation. LE ROCK PROPAGE DES IDÉES PROGRESSISTES Le « Yes We can » d’Obama vient d’une reprise des Pointers Sisters par Lee Dorsey. Cette chanson sociale, qui prône l’entraide entre les gens, a servi à élire un président des USA noir ! Les pouvoirs publics oublient que le rock ce n’est pas que de la musique. Au début aux États-Unis, la frayeur pour un père c’était que sa fille couche avec un noir. Dans les dancing une corde au sol séparait noirs et blancs. La peur du rock est restée ! Même si nous ne comprenions pas complètement les textes, nous nous sommes aperçus que cela tirait des sonnettes d’alarme et offrait des propositions de vie différentes de la consommation à outrance, symbolisée par la télévision. Pour les personnes à faibles revenus c’est bienvenu, ça a un côté moral que cela n’emmène pas forcément le bonheur ! Si Alain Juppé avait écouté de la soul, il aurait découvert l’écologie avant d’aller au Canada, grâce à la chanson Mercy Mercy Me (The Ecology) de Marvin Gaye ! LE ROCK C’EST PAS QUE POUR LES GARÇONS ! Allez les filles (ALF) naît en 1996. J’avais aimé ce titre d’une chanson des Thugs. J’entendais mes copines se plaindre des mâles, alors qu’on pouvait penser que le milieu culturel était plus libéré et moins beauf. J’ai voulu réunir les filles de la culture, faire des choses avec un regard féminin. Notre première action fut d’éditer un calendrier d’hommes à demi-nu. J’étais programmateur et par déformation au bout de deux ans c’est devenu plus une asso normale d’organisation de concerts. Nous avons vu débuter Calexico, Elliot Smith, Mathieu Boogaerts, les concerts avaient lieu au Jimmy (NDR café concert mythique où Francis fut programmateur). Quand je suis parti de la Rock School Barbey (ndlr : scène de musiques actuelles structurante (smac) à Bordeaux) fin 2000, l’association a décollé. Le premier gros concert a été Asian Dub Fondation au Nautilus. Aujourd’hui nous comptons six salariés plus une armée de stagiaires et de bénévoles. Nous sommes en centre-ville, il suffit de pousser la porte. Beaucoup prétendent à tort faire partie d’ALF, ça doit faire sexy ! LE ROCK APAISE LES MOEURS ET FAVORISE LA PRATIQUE SPORTIVE Francis aime pousser le chariot, mais pas au supermarché. ALF a donc transformé un caddie en sono ambulante afin de distiller de bonnes vibes dans l’espace public. Comme Afrika Bambaataa et sa Zulu Nation favorise la paix entre les gangs par le hip hop, Francis Vidal participe à des opérations de prévention dans le tramway baptisées « soultram » accompagné d’agents de médiation, les Taf (Tendances Alternatives Festives). Autre concept plus punchy, le Boxing Clubbordelais et ALF présentent des initiations à la boxe sur fond musical. Francis Vidal : Je ne me rappelle pas pour quelle occasion nous avions fait du tuning avec un caddie, le « Rolling sound ». Je noircis des pages entières de projets et je m’aperçois en relisant que beaucoup ont été oubliés. Stéphane Toustou, chargé de mission prévention à la Mairie de Bordeaux, m’a proposé de participer à des actions pour éviter que les soirées festives finissent mal. Ma théorie c’est essayons de faire se lever et danser les gens, ils verront qu’ils sont trop bourrés. Et puis bouger ça fait dessaouler ! « Soultram » fait figure d’action novatrice dans les colloques sur la prévention. Le Boxing Club bordelais* souhaitait que nous passions de la musique lors d’une initiation à la boxe, nommée depuis « boxin & soul », sans savoir que mon père avait pratiqué ce sport, comme Lee Dorsey, Screamin Jay Hawkins, James Brown, Berry Gordy le fondateur de Motown aussi. La musique est moins mauvaise que la drogue, c’est même une drogue saine. LE ROCK EST FACTEUR DE MIXITÉ SOCIALE ET DISSIPE LES PRÉJUGÉS Nous allons reconduire cet été le festival « Relâche » (NDR : concerts gratuits dans la Cub) en l’étalant moins. Il ne se passe pas grand chose pendant cette saison à Bordeaux, alors qu’on voit beaucoup de touristes. En 2012 nous avons perdu 18 000 € : le point fort d’ALF c’est pas la com’ ! Nous ne sommes pas assez aidés ni assez bons pour nous vendre… Les concerts de plein air ont changé notre manière de penser. Ma grande révélation c’est que chacun peut écouter de tout. Pour un groupe jouer dans une salle payante ou gratuitement, ça change le public. La musique sert à faire connaître des gens de milieux différents, c’est un nouveau langage. Bordeaux est considérée comme une ville froide, mais dans un lieu rock tu fais des rencontres. ● Propos recueillis par Vincent Michaud www.allezlesfilles.net *www.blogg.org/blog-80443.html musique Faces B• 47



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