Faces B n°3 déc 12/jan-fév 2013
Faces B n°3 déc 12/jan-fév 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de déc 12/jan-fév 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 11,0 Mo

  • Dans ce numéro : l'art de Sophie Pawlak.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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50• Faces B Chronique Londonienne La télé-réalité britannique : « entertainer » du monde entier Peu de Britanniques regardent aujourd’hui Qui veut gagner des millions ? Ce jeu télévisé qui pouvait attirer plus de 15 millions de téléspectateurs dans les années 1990 a, en 2012, un audimat de moins de 5 millions. Alors que ce programme est en sérieuse perte de vitesse dans le pays où il a été conçu, il continue de connaître un essor phénoménal à l’étranger. Au total, 84 versions différentes ont été réalisées et diffusées dans 117 pays. Sa version indienne a même inspiré le film de Danny Boyle, Slumdog Millionaire et le Who Wants to be a Millionaire indien continue de susciter un enthousiasme inégalé. Si les studios d’Hollywood sont à l’origine des dramas* les plus exportés, c’est bien la Grande-Bretagne qui domine le commerce mondial des programmes non scénarisés, c’està-dire des quiz, concours et autres formes de télé-réalité. X Factor, Britain’s Got Talent, Wife Swap, Come and Dine With Me, Masterchef ont été clonés dans des dizaines de pays et constituent une économie qui ne semble pas trop souffrir du ralentissement de la « grande » économie. À cela s’ajoutent les programmes dits « soft-scriptés » (comprenez partiellement scénarisés), très prisés par certaines chaînes dont le désir est de se distancier de la télé-réalité. Mêlant des comportements réels à des situations moins spontanées, des shows tels The Only Way in Essex (le premier show britannique du genre qui montre « de vraies personnes dans des situations modifiées, récitant des lignes non scénarisées, mais d’une manière structurée ») et Made in Chelsea (qui suit la vie d’un groupe de jeunes et riches « socialites » de Chelsea à Londres) connaissent un succès phénoménal. Made in Chelsea s’exporte désormais outre-atlantique. De façon similaire One Born Every Minute qui, lorsqu’il a débuté en 2010, était un documentaire sur une maternité de Southampton, devenu par la suite une série documentant la naissance de centaines de bébés dans tout le Royaume-Uni, a été récemment vendu aux Etats- Unis, à l’Espagne, à la Suède et… à la France ! Puisqu’il s’agit d’un documentaire « soft-scripté », ce qui s’est vendu est une certaine compétence technique plutôt qu’une formule. Comment la Grande-Bretagne s’est-elle si fortement imposée dans le marché de la télé-réalité ? D’une part, suite à une action gouvernementale au début des années 1990, Londres a vu naître un très grand nombre de maisons de productions indépendantes. D’autre part, la BBC est financée presque entièrement par la redevance sur la télévision, tandis que Channel 4 est financée par la publicité malgré son statut de chaîne publique. Pour ces chaînes, le succès se mesure donc essentiellement en termes de créativité et d’innovation. Elles veulent être les chaînes qui montrent les programmes dont les gens parlent. En pratique, cela signifie qu’elles préfèrent programmer un grand nombre de séries courtes plutôt qu’une poignée de programmes plus longs, histoire de s’assurer au moins un grand « hit ». Les maisons de production doivent donc débiter un tas d’idées pour faire face à la demande, qu’elles soient bonnes ou mauvaises... ● Laurence Festal * Fictions Made in Chelsea, DR
NOUVELLE Les femmes assises Illustration Claire Lupiac/photographie David Mauzat Elle attache ses longs cheveux bruns. Ajuste ses lunettes sur son nez tout léger. Elle est une femme assise. C’est un détail pour vous mais, pour nous, cela veut dire beaucoup. Une femme assise se remarque entre toutes. Dans une salle d’attente, chez le coiffeur, au milieu d’un plateau de téléopératrices, au bureau, au restaurant, en traversant une avenue, elle est reconnaissable en un battement de cils. Les femmes assises ont de la conversation. Cachées derrière leur bureau Ikea, elles jouent de leur station en contre-plongée. Leur assurance suffisamment cambrée, elles affirment leur féminité. Un chemisier, un tshirt col en v, tout fait effet. Elle vous parle toujours par en dessous, négligeant votre regard par en dessus. Elle sait que vous avez remarqué. Elle sait aussi que vous serez négligemment distrait. Elle le sait. La femme assise s’éparpille avec attention. Avec intentions. Elle nous sait fébrile. Elle nous dévisage attentif. Elle place son avant bras sous son balcon altier. Conspiratrice. Son décolleté nous rappelle aux ordres. A notre vœu de fidélité. A toutes les promesses déjà prononcées. Elle sait tout cela. Chaque jour, nous le guettons, ce rendez-vous avec la femme assise. Elle conjugue distinction, raffinement et sensualité. Vous percevez, entre deux boutons, un horizon de chair sous une chemise blanche. Quel heureux jeu. Imperceptible. Impersonnel. Et manque. Alors, tout de go, nous rougissons à peine. Elle se dévoile sans peine. Son regard nous fait tergiverser. Pour nous les hommes sensibles, les femmes assises relèvent du délicieux cauchemar. Mais c’est sûr vous la reconnaitrez vous aussi. Une femme assise ne s’oublie jamais. Elle vous poursuit. Comme Proust et sa madeleine, Claude François et son magnolia, elle ondulera dans votre imaginaire. Vous frémirez. A cause d’elle, vous serez chaque jour voués à rester vivant. Que c’est doux, une femme assise. ● Cyril Jouison Faces B• 51



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