Faces B n°3 déc 12/jan-fév 2013
Faces B n°3 déc 12/jan-fév 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de déc 12/jan-fév 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 11,0 Mo

  • Dans ce numéro : l'art de Sophie Pawlak.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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rderstudiolive volontairement laid ?). dossier Quand Philippe devient Katerine ! « Je suis borderline », hurlait en 2005 (Philippe) Katerine dans l’album de sa résurrection Robots Après Tout. Un éclat qui démontre à l’économie, en peu de mots, de quelle façon l’absurdité et l’usure du quotidien peuvent convertir l’agneau le plus inoffensif en bête sauvage… en quelques minutes seulement ! Il suffit de voir le métro chaque matin aux heures de pointe pour le comprendre. Quel artiste plus borderline que Philippe Katerine ? Humoriste du dérisoire pour les uns, abreuvoir de l’absurde pour les autres, novateur sans limites pour les derniers. Pour autant, Philippe Katerine n’a pas toujours été le trublion que l’on connaît, prêt à choquer pour de vrai, comme seul Gainsbourg avait su le faire en son temps (sûrement pas pour rien qu’on le retrouve dans le rôle de Vian dans le biopic fantasmé du dessinateur de BD et réalisateur JohannSfar dédié au chanteur précité) ! 32• Faces B J’aurais pu être millionnaire Avec piscine et vue sur la mer Mais je suis dans la merde et je vous emmerde… Sentimentalement démissionnaire Professionnellement suicidaire Tu vois moi je suis dans la merde et je vous emmerde Philippe Katerine, Je Vous Emmerde (1999)
Du dandy timide aux nouveaux horizons À ses débuts, pour Les Mariages Chinois (1991) ou L’Éducation Anglaise (1994), qui commence à le faire reconnaître en tant qu’auteur, Philippe Katerine se présente sur scène avec une cruelle timidité : assis sur sa sobre chaise en bois, muni de sa fidèle guitare, il entonne son chant telle une poésie, avec cette légèreté toute sixties dans le ton et cette préciosité qui le rend fragile. La beauté du texte, le côté décalé de plusieurs de ses titres (Comme Jeannie Longo, Les Leçons De Belles Manières) dénotent déjà d’un humour certain, mais encore retenu. Pointe aussi l’angoisse, omniprésente chez le bonhomme, éternel insatisfait (de son travail, de ses amours, etc.) ! Avec Mes Mauvaises Fréquentations (1996), Katerine affûte son ton, s’amuse encore un peu (Mes Vacances À L’Hôpital), obtient ses premiers succès, notamment avec le subtil Mon Cœur Balance. À la suite de sa rencontre avec les Recyclers en 1997, Philippe Katerine apprend peu à peu les joies de l’improvisation (vice qu’il pousse ensuite à son paroxysme dans son dernier album éponyme en 2010), découvre de nouvelles façons de travailler et ouvre grand ses horizons : cinéma, composition pour Anna Karina, etc. Tout se permettre… sans limites ! En 1999, le vent tourne : Katerine lâche la bride et signe un majestueux Je Vous Emmerde où il envoie littéralement « chier les conventions ». Une première étape est passée, les médias s’en emparent et pourtant suit un passage à vide où l’artiste, touche à tout, s’essaie à tous les arts… Il ne lui en faudra pas plus pour basculer. C’est à partir de 2005, avec Robots Après Tout, qu’il renaît, tel un Phénix de ses cendres, mais lui en sort non pas magnifié mais trans-formé. Vêtu d’un sous-pull et d’un shorty, hissé sur talons hauts, Katerine révèle enfin sa face cachée et entre de plain-pied dans le jeu médiatique : choquer, hurler, se lâcher, bref oser ! Ce qui, aux yeux des novices, pourrait passer pour un revirement brutal est au final le fruit d’un cheminement long, réfléchi, artistique, le résultat d’une libération qui envoie paître ses anciennes frustrations pour enfin tout se permettre, sans limites ! Nous vivons prisonniers dans le ventre d’un chien Tout le monde le sait mais personne ne dit rien J’ai mangé l’Espagnol qui jouait la guitare Tous les dimanches matin sur le Pont des Arts Mais toi tu n’y vois que du feu À croire que t’as d’la merde dans les yeux Philippe Katerine, Les Grands Restaurants (2002) dossier Il le crie alors sur toute la ligne, du voluptueux Louxor J’adore (et son clip dément où il fait intervenir l’ensemble de son village !) au putassier 100% VIP, du 20-04-2005 (rebaptisé en dernière instance alors qu’il se nommait plus sobrement Marine Le Pen !) au bouffon Excuse-moi (« d’avoir éjaculé dans tes cheveux à un moment inadéquat »), de l’énergique Borderline au rudimentaire (mais néanmoins efficace) Et Patati Et Patata, Katerine n’hésite plus, se joue des règles, fonce tête bêche, étonne, détonne, affole, raffole… et décolle ! Car le public en redemande et les médias aussi. Le borderline ferait-il du chiffre ? Si l’on croyait l’arrêter là, sur sa lancée fulgurante, qui aurait pu s’avérer aussi fugace que volatile, comme souvent les effets de mode retombant comme des soufflets, c’était sans compter sur son imagination débordante, sur sa volonté farouche d’aller toujours plus loin, sur sa soif quasi encyclopédique de tous les arts. Katerine se lance ainsi peu de temps après dans un projet de spectacle chorégraphié aussi audacieux que réussi avec Mathilde Monnier, écrit pour le gagnant de La Nouvelle Star Christophe Willem. Il réalise aussi en 2011 une reprise par semaine pendant un an (soit 52 !) avec Francis et ses Peintres... Bref, il n’a plus peur de rien. Sa dernière production fin 2010, minimaliste au point qu’il ne daigne lui donner aucun nom, teste encore plus avant ses auditeurs, comme aucun album auparavant. Aussi cassegueule que hardi, de cet exercice, il sort grandi. Car si l’album est quasi inécoutable d’un seul trait, il se laisse insinuer par bribes et ressort inopinément au hasard de la conversation, ayant ainsi la capacité de vous faire briller en société… de façon osée ! Ce sens de l’économie n’est pas sans sens : observez bien la vidéo de Juifs, Arabes, Katerine, habillé tel un pape, chante dans une discothèque devant un groupe d’hommes noirs dansants bien huilés et visiblement gays. Ses seules paroles : Juifs, arabes, ensemble, couplés aux images en disent mille fois plus long que de vains discours. Je laisse d’ailleurs à Katerine le mot de la fin : « Moi je suis la Reine d’Angleterre et je vous chie à la raie… » ● Le Furet Non je ne veux plus jamais travailler, plutôt crever… Non je n’irais plus jamais au supermarché Plutôt crever Non mais laissez-moi (bis) manger ma banane… Tout nu sur la plage Non je ne veux jamais m’habiller Plutôt crever Plutôt crever que de me lever parce que vous me le demandez Philippe Katerine, La Banane (2010) Faces B• 33



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