Faces B n°3 déc 12/jan-fév 2013
Faces B n°3 déc 12/jan-fév 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de déc 12/jan-fév 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 11,0 Mo

  • Dans ce numéro : l'art de Sophie Pawlak.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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dossier 30• Faces B L’homme, la morale, ses limites L’humain, cet être étrange que nous incarnons, fascine autant qu’il irrite. L’homme a très vite cherché à s’étudier pour se comprendre, pour rationaliser un certain nombre de comportements et sans doute avant tout, pour se rassurer. En a même découlé une science, la psychologie. Il est certain que l’être humain est complexe et, s’il agit a priori rarement sans raison, son comportement peut parfois laisser penser le contraire. Il suffit à chacun de faire son examen de conscience pour se rendre compte de cette réalité. L’être humain se construit à l’aide d’un long processus hybride. Dans nos sociétés actuelles, dites « développées », un cadre juridique fait tout d’abord office de ligne rouge à ne pas franchir, il est censé être connu et accepté par tous et permet, théoriquement, de fédérer la vie en société nous mettant égaux devant la loi. Le moindre de nos gestes ou de nos comportements, peuvent être évalué et jugé. Vient ensuite l’éducation, au sens large, c’est-à-dire celle inculquée par les parents, l’école, la religion ou encore l’expérience de vie. Ces codes et règles permettent théoriquement d’assurer à l’être un comportement sociétal approprié à l’intégration et au « vivre ensemble », et un comportement personnel éthiquement louable. En clair, une fois ces valeurs inculquées, nous sommes en mesure d’agir en fonction de ce qu’on sait « bien » et d’éviter de faire ce qui est « mal ». Mais en réalité, si l’homme est un excellent donneur de leçon, on observe qu’il peine à appliquer à la lettre un comportement propre. Par nature, il est enclin à s’affranchir des règles. Quelque chose qui est défendu, qui est considéré comme « mauvais » recevra interrogations et désirs. Adam et Eve ne se sont-ils pas fait chasser du jardin d’Eden après avoir goûté au fruit défendu de l’arbre « de la connaissance du bien et du mal » ? Que l’on soit croyant ou non, on réalise que le questionnement des humains sur ces thématiques de « bien » et de « mal » n’est pas récent. L’homme contemporain a également un certain goût pour le Geluck
plaisir. Et s’il est dépendant, pour survivre, de trois besoins fondamentaux, qui sont l’air, l’eau et l’alimentation, comment expliquer, qu’il ne le soit pas pour bien vivre en s’offrant des plaisirs ponctuels ou réguliers ? L’addiction, définie comme : « une conduite qui repose sur une envie répétée et irrépressible, en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s’y soustraire », est donc mauvaise et néfaste. Mais la liste des vices, offrant un plaisir plus ou moins intense dont l’être humain est friand, est longue : drogue dure, alcool, cannabis, acide, cigarette, sucre et junk food, médicaments psychotropes… Et en considérant que tout excès est nuisible, on peut alors ajouter le sport et le travail à outrance, le sexe, les jeux d’argent, les jeux-vidéo et la télévision en général. Mais qu’on se rassure, tous les hommes ne sont pas des ignobles êtres dépendants d’un péché mortel. Certains le sont juste de péchés véniels, d’autres en apparence pas du tout. « Fumer tue », c’est marqué sur tous les paquets, l’alcool est « à consommer avec modération », les écrans se remplissent avec des avertissements du service public mettant en garde sur la consommation de drogues illicites … Toutefois, il est fascinant de voir le jusqu’au-boutisme de certains. Les « petits plaisirs » se généralisent et deviennent alors une habitude. Comme les addictions permettent de soulager les souffrances, procurer du plaisir, calmer les anxiétés ou encore procurer une excitation, on comprend que le consommateur se focalise sur le bien-être provoqué à court terme, et oublie les troubles que cela peut entraîner in fine. Il faut toutefois reconnaître que les exemples parmi les personnalités célèbres ne manquent pas. Que ce soit dans la classe politique, où l’on sait que derrière les discours de dossier Geluck façade, les affaires de mœurs peuvent survenir (chacun a en mémoire un ancien favori socialiste à l’élection présidentielle, pour ne citer que lui), ou encore parmi les stars du petit écran, qui a vu un de ses animateurs vedettes décéder l’été dernier, laissant un imbroglio narcotico-judiciaire derrière lui. Il y aussi les artistes, justifiant souvent leur addiction par souci de créativité. Boris Vian, dont la santé a toujours été fragile, aurait peut-être pu limiter les dégâts à la fin de sa vie en calmant son activisme éreintant. Las, l’artiste meurt à 39 ans devant l’adaptation cinématographique d’un de ses nombreux romans controversés. Dans la même veine, citons Serge Gainsbourg, docteur ès provocation, fumeur actif de Gitanes et alcoolique notoire. Celui qui, comprenait les règles du marketing artistique et jouait de son image, déclarait « je connais mes limites, c’est pourquoi je vais au-delà ». Mort après cinquante ans de tabagisme, il n’est non pas allé au-delà de ses limites, mais il en a plutôt repoussé les frontières. L’histoire de l’humanité regorge du processus : construction, guerre, destruction, paix, re-construction, re-guerre … Accordons donc à l’homme un goût pour la chicane. Mais repousser à un tel degré ses limites dans ce qu’on peut appeler une véritable entreprise d’autodestruction détonne toujours. Pourtant, comment résister à l’attrait du risque, au goût du jeu, à ce besoin d’aller crescendo pour retrouver les sensations initiales, à l’extériorisation que permettent les vices sur les petits tracas et traumatismes profonds ? Est-on finalement plus heureux dans une vie équilibrée et modérée, ou dans une vie de démesure et d’outrance ? C’est quelque part à tout un chacun de trouver sa limite et d’en conclure les marges de manœuvre qu’elle offre. ● Amaury Paul Faces B• 31



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