Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 22,3 Mo

  • Dans ce numéro : art... Gérard Rancinan et Caroline Gaudriault.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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dossier FB : Comment se déroulaient les ateliers ? B. : C’était très informel… Au départ, je voulais quelque chose d’assez structuré mais je me suis vite rendu compte que c’était impossible. Il fallait que je m’accorde avec l’humeur des uns et des autres. A la limite, que je ne prépare rien. Dès que j’essayais de construire, rien ne se déroulait comme prévu au final. Parfois, ils mettaient du temps à s’installer, parfois pas. Donc j’étais plutôt dans l’improvisation. Je lançais une idée, une thématique et ça ouvrait le débat. On dessinait bien sûr, mais le dialogue se substituait progressivement au dessin. Le crayon disparaissait au profit de la parole. J’avais un rôle de policier, de père, de psy, de grand frère. Ils m’ont toujours respecté. On parlait beaucoup. Ils parlaient en dessinant, ils dessinaient en parlant, ils dessinaient ce qu’ils disaient. C’était impossible de leur apprendre les techniques de dessins, leur niveau sur l’approche du graphisme était trop bas. Ils avaient souvent quitté l’école très tôt et leur seule expérience du dessin remontait aux cours d’arts plastiques du collège, souvent perturbés. J’ai dû revoir mes ambitions à la baisse, je leur ai seulement appris les bases du dessin et tenté les rudiments de la perspective. FB : Et après les ateliers BD, retournaient-ils dans leurs cellules ? B. : Non, ils avaient Playstation après mon atelier… Donc ils commençaient à s’agiter à la fin, pour se ruer sur les PSP, dans la grande salle dans le hall. Ils ne sont pas cantonnés en cellule toute la journée, je leur ai demandé ce qu’ils faisaient avant et après mon atelier. Dans le livre, je décris une journée type racontée par un détenu : « après l’atelier, promenade, dîner à 17h30 comme les poules, droit de regarder la télé jusqu’à minuit, lever à 7h, à 8h une heure de sport, douche, on se repose, 10h on a des cours, PSP jusqu’à 11h30 si le surveillant n’est pas trop con ce jour-là, on bouffe à 11h30, à 14h c’est les ateliers on fait plein de trucs, la BD, le slam, la musique », « tu arrives à tenir ? » lui ai-je demandé. « Oui, on a l’eau chaude en permanence, la Playstation et le lit n’est pas trop mou ». FB : Que sont devenues leurs créations, ils pouvaient les garder ? B. : Oui. On a organisé une expo dans la prison à la fin des ateliers, pour valoriser leur travail. Le moment de réalisation est important, mais il faut faire en sorte que ce soit vu, que ce soit valorisé. FB : Alors, ce livre, c’est 100% BD ou un mélange de BD et de textes ? B. : Attends, je te le montre… Tout le story-board complet, 44• Faces B chapitré de manière chronologique au fil de l’expérience : du coup de fil à l’arrivée sur le lieu, le déroulement des ateliers, pour finir sur les dessins des détenus, non signés. 94 pages au total, quatre ans de réflexion et de création. Ça s’appellera « En chienneté », avec un sous-titre « tentative d’évasion artistique en milieu carcéral ». L’expression « en chien » est utilisée par les détenus, comme je l’explique au début du livre. Un détenu me dit un jour qu’il en a marre d’être en chien. Je lui demande de m’expliquer : « en chienneté quoi, traité comme un chien ». Je trouve que cette expression résume bien le ressenti des prisonniers. FB : Est-ce que c’est un livre qui dénonce des choses ? B. : Non, ce n’est pas du tout mon propos. Je ne suis pas dans la recherche de la polémique, même s’il y aurait matière. Ce projet est né d’une envie de retranscrire une expérience personnelle. C’est un livre davantage centré sur les aspects humains. Je reste « politiquement correct ». C’est même plutôt positif de mettre en avant " On dessinait bien sûr, mais le dialogue se substituait progressivement au dessin. Le crayon disparaissait au profit de la parole. " ces ateliers en prison. Je n’ai pas de motifs pour formuler des critiques à l’égard de ce milieu. J’ai vu les cellules : les mineurs sont seuls dans leur cellule, c’est propre, ils ont un frigo, une télé. Par contre, je n’ai pas vu le quartier des adultes, avec un taux d’occupation de 180%, dans des vieux locaux… FB : Est-ce la première fois que tu fais un livre basé sur une expérience personnelle ? B. : Oui. Je travaille souvent avec Matyo, mon collègue scénariste et dessinateur. Nous avons déjà réalisé 7 ou 8 albums ensemble. C’est la 2 ème fois que je tiens également le rôle de scénariste. FB : À qui s’adresse ce livre ? B. : À tout le monde. Je n’ai volontairement pas ciblé. J’ai choisi un trait semi réaliste, assez lisible. On n’est pas dans un dessin sombre, noir, dense, glauque. Avec un trait bien cerné, bien fermé, le rendu est compréhensible par tout le monde. Mon souci, c’est la lisibilité. Je pense même qu’il peut concerner aussi les enfants. J’aimerais d’ailleurs exposer quelques planches dans des bibliothèques. ● Propos recueillis par Caroline Simon * Aux Editions La boîte à bulles, sortie : janvier 2013 ** SEGPA : sections d’enseignement général et professionnel adapté
dossier Planche extraite de la BD « En chienneté » Bast Faces B• 45



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