Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 22,3 Mo

  • Dans ce numéro : art... Gérard Rancinan et Caroline Gaudriault.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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dossier Le miel de la vie Il n’y a pas si longtemps, Olivier était contrôleur aérien en Corse, après avoir exercé en Bretagne. Ce métier nécessite trois années d’études accessibles par concours, qui font suite à deux années de classe préparatoire. C’est pourtant un peu de hasard et quelques aptitudes à apprendre qui ont conduit Olivier à prendre cette voie. Deux postes suffiront pour comprendre que l’épanouissement se trouvera ailleurs. Lise est hollandaise. Elle ne peut pas faire valoir ses diplômes d’éducatrice en France et elle a envie de travailler sur autre chose. Un collègue d’Olivier leur fait découvrir l’apiculture et, de fil en aiguille, Lise reprend des ruches. Le couple décide alors de s’installer et de vivre cette expérience ensemble. Ils reviennent sur le continent. Ils sillonnent les routes et en achetant un pot de miel trouvent ceux à qui ils vont succéder, dans le Lot. Cette rencontre leur permet de gagner quelques cinq années de mise en route, puisqu’ils acquièrent du savoir-faire, des ruches et de la clientèle. Cette succession, qui semble prédestinée, est un beau partage d’expériences et de recettes mystérieusement savoureuses. « On y passe un temps fou ! » C’est dur. L’épandage de lisier dans les environs a provoqué la perte de deux tiers des abeilles des soixante ruches, soit deux ans sans revenus et tous les doutes qui vont avec. La Corse étant le paradis pour l’apiculture, Olivier et Lise reconnaissent ne pas avoir anticipé les difficultés liées aux pesticides sur le continent. Les abeilles parcourent jusqu’à 36• Faces B OlivierC. Les changements d’orientation, petits tournants ou grands virages, jalonnent les carrières professionnelles. Olivier a choisi de laisser de côté les avions pour s’occuper des abeilles avec Lise, son épouse. Une histoire parmi d’autres, entre changement de vie et retour à la vraie vie. trois kilomètres autour de la ruche, soit 700 hectares, le comble est donc de devoir se rapprocher de la ville pour moins s’exposer aux pratiques agricoles. Les agriculteurs locaux, enfermés dans leurs propres préoccupations, ne veulent rien savoir. Olivier sent qu’il va au-devant de frustrations. Leurs prédécesseurs se sentaient seuls. Les semenciers et les industriels de l’agronomie ont de quoi leur faire peur : ils font la réglementation et s’autocontrôlent ! Et la question de savoir s’il y aura assez de miel dans l’année reviendra tous les ans, malgré le travail abattu. Car dans ce changement, le couple n’a pas gagné de temps à passer avec ses enfants : l’apiculture demande beaucoup d’énergie et le manque d’expérience et de méthode coûtera un surcroît d’efforts quelques années encore. De plus, il est déstabilisant de quitter une situation professionnelle dans laquelle on était reconnu et à l’aise. Sans compter que la situation financière n’est pas aussi confortable qu’avant. « On est devenu nous à temps complet » Si la vie n’est pas la même, le changement n’a pas été vécu comme radical par la famille. Olivier aimait partager avec Lise et leurs enfants des activités de plein air au calme. Un drame familial vécu il y a quelques années les a recentrés sur « l’important ». Dorénavant, la vie de tous les jours ressemble à ce à quoi Olivier aspirait, peut-être même dès l’enfance. ● Véronique Zorzetto
TÉMOIGNAGE : Une histoire « ordinaire » J’ai commencé à changer de vie. Parce que je n’ai pas eu le choix, parce que je n’arrivais plus à conjuguer ma vie de femme, d’épouse et de mère et que, parfois, avant de vouloir changer la vie, les choses, il est préférable de savoir qui l’on est. Changer de vie, c’est parfois dans la douleur, pour échapper à une vie qui ne nous plaît plus et trouver le bonheur autrement, à deux cent mètres de son ancienne maison. Changer de vie, c’est aussi parfois une obligation, pour retrouver ses envies de jeunesse et ses espoirs déçus, pour savoir qui on est vraiment, pour soi et pas seulement dans le regard de l’autre. C’est mettre en pratique ces belles théories féministes que l’on a tant aimé lire, être capable de se retrouver seule, sans homme, ni enfants et ne pas en avoir peur. Sans se sentir coupable d’être égoïste vis-à-vis de sa famille, pour consacrer plus de temps aux autres. 1997, Bordeaux Je fais partie de ces étudiantes chanceuses qui n’ont pas besoin de travailler pour payer leurs études. Alors je me lance dans le bénévolat, car cela me paraît être une évidence : aide aux devoirs, deux fois par semaine, dans un quartier défavorisé. Je rencontre pour la première fois la misère sociale, affective et intellectuelle, cette misère que je côtoierai chaque année, une fois devenue prof. Je fais de mon mieux du haut de mes 21 ans, je pleure parfois devant mon impuissance à changer les choses, mais je ris aussi beaucoup avec ces enfants. L’année s’achève, entre embrassades et promesses… Mais je ne reviens pas. Pourquoi ? Première déception ! Janvier 2006, Paris Mon fils a deux mois. Il sort de l’hôpital, vivant, sans aucune séquelle de sa maladie. Un chef de clinique nous a dit : « Sa vie n’est plus en danger ». Et nous, son père et moi, sortons transformés, à jamais. Nous avons vu toute la douleur et la détresse humaine, jour et nuit. Notre vie s’est arrêtée. Nous avons vécu avec des enfants malades 24 heures sur 24. Nous avons souri à la vue des clowns venus distraire ces enfants tristes et parfois seuls. Et puis nous sortons, épuisés mais heureux, laissant derrière nous tous les autres petits malades qui passeront encore beaucoup de temps avec ces clowns et ces professeurs bénévoles qui leur apportent un peu d’école. Cet événement imprévu a changé notre vie pour toujours. Nous voulions, en tant qu’enseignants, postuler pour intervenir dans les hôpitaux. Pour apporter un peu de normalité dans la vie des malades. Et puis, nous ne l’avons pas fait. Par manque de temps, parce que cela aurait été trop compliqué ou trop fatiguant ? Retour à une vie ordinaire, centrée sur nous, refermée sur notre famille. Une petite bulle confortable, à trois puis à quatre, où chacun finit par vivre davantage pour ses proches que pour lui-même. Jusqu’à l’asphyxie… Janvier 2012, Bordeaux Ils sont trente dans la salle de classe. Ils me regardent, surpris, car je ne fais pas mes blagues habituelles et n’ai pas ma joie de vivre qui leur plaît tant. J’ai de la chance, ils sont plutôt gentils. Ils me disent : « Madame, vous n’avez pas l’air bien. » Depuis cinq jours, je n’ai ni vraiment dormi, ni vraiment mangé… Ma tête tourne, je ne sens plus mes jambes. Je m’effondre. Il y a cinq jours, justement, j’ai annoncé à mon mari que je le quittais. Nous avons deux enfants. Ma vie banale et bien rangée s’écroule. À partir de ce moment, je débute une profonde réflexion qui se traduira par beaucoup de regrets, de larmes et de tristesse. Comment en sommesnous arrivés là ? Les réponses sont multiples et complexes, mais assez ordinaires pourtant. Nous sommes nombreux dans ce cas-là. Cette longue réflexion, je viens de l’entamer, elle n’est pas finie et je n’en connais pas encore l’issue. J’essaie d’être heureuse avec mes enfants, en leur apportant ce que j’ai de meilleur en moi. Je n’y arrive pas forcément, mais je fais de mon mieux. J’essaie… J’essaie d’être heureuse seule. Mais cela prendra du temps. Je suis malgré tout convaincue de mon choix de changer ma vie. Pour moi, pour lui aussi. Et peut-être pour nous, plus tard. ● Defred dossier Faces B• 37



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