Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 22,3 Mo

  • Dans ce numéro : art... Gérard Rancinan et Caroline Gaudriault.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Changer de cap, prendre la tangente ou la clé des champs : qui n’a jamais rêvé de donner une nouvelle direction, un nouvel élan à sa vie ? Même si la réalité n’est pas un jeu vidéo, il est aujourd’hui possible et fréquent d’avoir plusieurs vies. Amours multiples, familles recomposées, succession de métiers ou déménagements : les changements de vie, personnels ou professionnels, choisis ou subis, se succèdent tout au long de l’existence. Parmi les candidats au changement, certains se contenteront d’en rêver, tandis que d’autres franchiront le pas. Mais tous passeront par un nécessaire processus d’introspection, destiné à mesurer les risques et les espoirs d’une vie plus en accord avec leurs aspirations. Une quête de soi qui engendre presque systématiquement une meilleure harmonie avec les autres, comme si changer de vie donnait envie de changer la vie… 32• Faces B DOssier Changer de vie/Changer la vie Avant, c’était surtout la retraite qui était synonyme de changement de vie. Aujourd’hui, certains ne veulent pas attendre l’âge mûr pour être heureux et mener la vie qui leur correspond. Le cours de nos vies est scandé par des bifurcations en tout genre : réorientation professionnelle ou licenciement, mariage ou divorce, conversion religieuse... Tout le monde rêve de changer : changer de travail (évoluer dans son poste ou se réorienter), changer son corps (maigrir, se muscler, rajeunir), changer sa vie privée (quitter son conjoint ou en trouver un) ou son environnement (déménager de son quartier, de sa ville, de son pays). Cette dynamique du changement est-elle la conséquence de notre éternelle insatisfaction ou une quête positive vers ce qu’il y a de meilleur pour nous ? Qu’est-ce que le changement ? Le changement implique un mouvement, une modification, un nouvel état. Passer de brune à rousse, quitter la ville pour la campagne, être ingénieur un jour artisan le lendemain... Tout cela est visible, concret, matérialisé. Mais il y a également une notion de temps dans le changement : le temps du passage, de la prise de conscience, d’une maturation, le temps d’un renoncement. Le changement n’est pas naturel. La routine est plus confortable, moins risquée. L’homme est rassuré par les règles qui lui permettent de s’accommoder d’un environnement a priori hostile. Dans un univers en perpétuelle modification, l’habitude et les croyances tiennent lieu de garde-fou. Changer, c’est à la fois « s’éloigner de » et « aller vers ». Cela implique une part de deuil et une part d’élan. Souvent, le changement est associé à un sacrifice et la volonté de changer se traduit parfois par une dépréciation du pan de vie qui précédait. Pourquoi culpabiliser de vouloir changer ? Changer ne signifie pas chercher mieux, ni même regretter. L’étymologie parle d’elle-même : le changement revient à « céder une chose pour une autre ». Certains psychanalystes défendent cette première idée d’une rupture heureuse et sans complexe. C’est le cas de Sophie Cadalen, écrivain et psychanalyste, qui prône plusieurs vies en une pour une construction active du soi, plutôt qu’une constitution du soi non réfléchie. Au final, « la seule chose qui ne changera jamais, c’est que tout est toujours en train de changer », nous enseigne le Yi King, un livre chinois ancestral dont les oracles sont réputés favoriser la prise de décision et la connaissance de soi. Le champ des possibles Bien qu’il soit plus enthousiasmant de penser que l’on est un pionnier, les motifs d’un changement de vie choisi recouvrent principalement quatre grandes tendances : le besoin d’un retour à la nature, la reconversion professionnelle ou la formation à de nouvelles compétences, l’envie d’ailleurs et le goût des autres. Parce que la ruralité concentre tous les fantasmes de bonheur, la migration verte qui a débuté depuis plusieurs années s’intensifie chaque jour davantage. Une étude menée en 2008 par le CNASEA (Centre national pour l’aménagement des structures des exploitations agricoles) et l’institut de sondage BVA révèle que 40% des citadins d’agglomérations de plus de 100 000 habitants souhaitent s’installer à la campagne, soit environ huit millions de personnes. Qualité de vie et d’environnement, désir d’accession à la propriété, recherche d’une alimentation plus saine constituent les principales motivations des candidats à l’exode rural. Autre motif fréquent de changement de vie : la mobilité professionnelle. Face à une perte de sens de ses missions, un sentiment d’inutilité, une déshumanisation des rapports dans l’entreprise, quel salarié n’a jamais aspiré à l’indépendance, de créer son activité et de voler de ses propres ailes ? Et si la création d’entreprise apparaît comme une aventure trop risquée, le changement d’orientation, la formation à de nouvelles compétences ou les reconversions permettent de faire plus facilement évoluer sa carrière. Trouver sa voie professionnelle est un investissement à long terme. De nombreux jeunes adultes exercent plus ou moins consciemment le métier que leurs parents attendent d’eux. Avec le temps, ils peuvent alors éprouver le besoin d’en changer. Et si changer de vie, c’était aller voir ailleurs, mettre les voiles comme disent les marins. La proposition est tentante pour tous ceux qui se sentent à l’étroit dans leur quotidien ou qui aspirent à de nouveaux horizons, à de nouvelles sensations. Pour certains, cette envie d’ailleurs se traduira par une expatriation sans changer d’employeur, tandis que pour d’autres, partir ne se conjugue pas avec le cadre normatif de l’entreprise et prend un autre sens, bien plus existentiel. « On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait », dévoile Nicolas Bouvier, l’auteur de L’usage du monde. Prendre une année sabbatique et entreprendre un voyage initiatique répond
avant tout à une quête de liberté, qui peut se transformer en un véritable changement de vie. Puis il y a ceux qui changent de vie en choisissant un engagement altruiste, en mettant leurs compétences au service de causes humanitaires ou solidaires. Parfois, plusieurs dimensions s’entremêlent. Décider de s’installer à la campagne, c’est aussi souvent y créer son activité. De même, se consacrer aux autres dans une mission humanitaire, c’est aussi choisir l’ailleurs. Quand l’événement crée le changement Mais parfois, on ne choisit pas. Certains événements de la vie conduisent à tout remettre à plat. Cela peut être une fracture grave de l’existence (le deuil d’un parent, l’expérience de la maladie, un divorce, un licenciement ou la mise en retraite) qui fait qu’un jour tout bascule. Parfois c’est une rencontre amoureuse ou la naissance d’un enfant qui font dévier la trajectoire. À la suite d’un événement malheureux, certaines personnes s’enfoncent dans la dépression plus ou moins profonde, ne se leurrant plus sur leur quotidien, mais encore incapables d’envisager une issue. L’enfermement dans la plainte et le repli sur soi rendent le changement impossible. C’est pourtant souvent en discutant avec des proches ou en dossier recourant à des professionnels (psychologues, psychiatre, coachs, consultants…) qu’il est possible de dépasser les blocages, de reprendre confiance en soi et d’accepter la nouvelle donne. Ceux qui en rêvent… La peur du changement n’est pas toujours déraisonnable, loin s’en faut. Tout changement comporte un risque et a un coût. Les obstacles matériels existent, bien sûr : manque d’argent, de temps, du diplôme requis... Il est donc normal d’hésiter, de peser le pour et le contre. Mais si le bilan de cet examen est positif, et que nous n’arrivons pas à changer, et surtout, si c’est là un scénario à répétition, mieux vaut admettre que la peur raisonnable occulte des craintes irrationnelles, dont il est préférable de rechercher les racines. Ce sont surtout nos propres barrages internes, nos résistances, qui ont raison de notre envie. Ces freins sont pour la plupart la conséquence de notre vécu, du poids de notre éducation, de principes et de valeurs acquis avec le temps : privilégier la sécurité de l’emploi, ne pas quitter un conjoint à qui on a lié son destin par le pacte du mariage ; il serait peu chrétien de s’expatrier alors que nos parents vieillissants vont avoir besoin de notre assistance, etc… ► Faces B• 33 Anthony Rojo



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