Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 22,3 Mo

  • Dans ce numéro : art... Gérard Rancinan et Caroline Gaudriault.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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évasions Nous quittons la région du Cap en direction de l’est et entamons notre périple via la mythique N2, qui relie Cape Town à Durban. Le parcours jusqu’à Plettenberg Bay constitue la touristique Garden Road. La richesse des paysages est époustouflante. Nous observons depuis les côtes de Mossel Bay un baleineau qui travaille ses gammes aux côtés de sa mère avant leur migration vers l’océan atlantique. Les grandes plages de sable ocre sont ventées et reçoivent des vagues puissantes qui invitent à la prudence. Profitant des courants chauds de l’océan indien, la température de l’eau est montée d’une dizaine de degrés en quelques centaines de kilomètres. L’arrière pays n’est pas en reste, les montagnes sont toutes proches et les forêts de sapin denses et vertigineuses ont des airs de Québec. Passée l’industrielle Port Elizabeth, nous nous éloignons de la côte. Le paysage change, la végétation sur les plateaux devient aride. Nous sommes sur le territoire des Xhosas. Cette communauté regroupe neuf millions de personnes qui parlent une des langues principales d’Afrique du sud. La différence de mode vie est saisissante. Très peu de villes concentrées, des villages épars. La plupart des gens habitent dans des rondavels** colorés qui émaillent le 28• Faces B Plage de Camps Bay à Cape Town François Dumez paysage. On ressent une grande pauvreté. On croise très peu de voiture. De nombreuses personnes marchent le long des routes, souvent pieds nus. Ici, chaque tribu a sa couleur de prédilection. Malgré des vêtements simples et modernes, la tradition est respectée : au fil des kilomètres, la couleur des chaussettes et des bonnets bascule du vert au bleu électrique, en passant par le rouge, mais toujours chatoyante. Nous ne croisons pratiquement aucun Blanc. Sentiment étrange par rapport aux zones touristiques et riches. Quand nous entrons dans les magasins, les gens nous observent, le rapport de ségrégation s’inverse. Mais dès qu’ils comprennent que nous sommes des touristes français, les visages s’adoucissent et la tension retombe. Difficile de ne pas penser que ce territoire a été laissé à son peuple car il ne détient ni mine de diamants, ni sol fertile… En arrivant dans la région de Durban, nous entrons dans le Zululand, connu pour son peuple, ses plages sauvages et les nombreux parcs animaliers qu’il abrite. Nous nous arrêtons plonger sur le site d’Aliwal Shoal. La mer est mauvaise, les conditions difficiles mais les requins sont au rendez-vous. Le goût de l’aventure est là. La deuxième partie du voyage commence. Nous séjournons La Table Mountain depuis le Waterfront François Dumez
dans différents parcs au nord de Durban. Nous nous déplaçons seuls en voiture dans les réserves. Rencontre avec les impalas, les zèbres, les girafes, mais aussi les éléphants, les rhinocéros et les hippopotames. La magie est au rendezvous. Un groupe de singes à face noire, des vervets, nous assiègent le temps d’un déjeuner. En quête de nourriture, ils n’ont pas froid aux yeux et pas peur de l’homme. On se régale de ces moments privilégiés. On fait le plein de brousse, de photos et de rêves de gosses. La route jusqu’à Johannesbourg nous ramène dans la réalité économique de l’Afrique du sud. Se succèdent des régions entières dédiées à la monoculture. Des paysages de canne à sucre laissent la place à des plantations d’eucalyptus. Les exploitations sont immenses, modernes, industrielles. Aucune place pour les petits paysans. Nous quittons l’Afrique du sud avec un sentiment contrasté. Les images tant convoitées d’animaux sauvages et de paysages de légende se sont incrustées dans nos mémoires. Mais le rapport entre les populations nous a tout autant marqué. Si le sentiment d’insécurité, en permanence rappelé par les systèmes d’alarme dans les maisons des quartiers riches ou par les vigiles à l’entrée des magasins, génère une évasions Traversée de babouins François Dumez certaine tension, le sujet est ailleurs. On ne peut s’empêcher de condamner l’héritage de ce passé si proche, de se sentir mal à l’aise d’être européen. L’Afrique du sud nous renvoie à notre propre histoire coloniale. La répartition des richesses reste infiniment déséquilibrée, la cohabitation entre les townships et les quartiers riches choquante. Les choses changent progressivement, certes. La réforme agraire impose la redistribution des terres aux Noirs et les fermiers afrikaners doivent souvent vendre leurs exploitations au gouvernement, ce qui suscite des résistances. Une classe moyenne noire est en train de se constituer. La transition a commencé, très doucement. Les prochaines générations sauront-elles vivre ensemble, pardonner pour les uns, accepter de partager leurs richesses pour les autres ? Rien n’est moins sûr. ● François Dumez *Table Mountain : la montagne de la Table est un massif qui surplombe la ville du Cap. Son nom provient de sa forme qui, de loin, semble aussi plate que le dessus d’une table. ** Rondavels : une rondavelle est une petite construction circulaire typique de l’Afrique australe. Sorte de case, elle sert généralement de maison individuelle. Rondavels en pays Xhosa François Dumez Faces B• 29



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