Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 22,3 Mo

  • Dans ce numéro : art... Gérard Rancinan et Caroline Gaudriault.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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art 24• Faces B Family watching the TV Gérard Rancinan Desperate marilyn or the dream of Jackie Gérard Rancinan
Il faut prendre ce projet avec beaucoup d’humour. Il ne faut pas être dupe encore une fois. Il faut rire de ces gens qui nous font croire que tout cela est très sérieux. Les artistes contemporains représentent 5% des artistes et, pourtant, ce sont eux dont on parle le plus. Ils font le jeu des médias, c’est un réseau politique. La France aime défendre dix artistes alors que beaucoup restent dans l’ombre. FB : Une notion politique derrière ces choix… CG : Est-ce très français ? Je ne sais pas. Les Anglais, les Américains et les Chinois sont très forts pour défendre les leurs mais, nous, en France, nos institutions sont toujours plus fières quand elles invitent des artistes étrangers. FB : Je reviens à votre « conversation » avec Gérard. Comment s’effectue l’équilibre entre vous dans cette collaboration ? Qui jette le premier pavé ? CG : C’est un dialogue. Les projets avancent comme ceci : nos deux écritures sont parallèles. Dans les textes de « Wonderful World », une conversation avec Gérard clôture notre vision de la « Trilogie du Moderne » avec différentes formes d’écrits. Nous proposons une nouvelle mais aussi des entretiens avec différentes personnes qui font l’actualité de la pensée. Tout au long de cette trilogie, j’ai rencontré des cardinaux, des scientifiques, des philosophes. L’ensemble de ces rencontres, du cardinal Barbarin en passant par Axel Kahn ou Claude Hagège, nous permet d’avancer dans notre raisonnement. GR : Le fait de citer Claude Hagège nous permet aussi de parler d’une certaine forme d’écologie. Je lisais une interview de Pascal Durand, le nouveau patron des écologistes. J’étais soufflé tellement c’en était ridicule, et nocif. Ce discours politique est tellement en décalage par rapport à une forme de pseudoréalité venue des penseurs, des philosophes, des personnes sur le terrain, des artistes engagés. Du coup, c’est tellement facile d’être éveillé. Nous nous amusons beaucoup de cela. L’humour nous sauve. Mais parfois on se laisse prendre aux jeux du qui gagne - perd et nous observons alors un spectacle pornographique. FB : Pourquoi pornographique ? GR : La beauté, je veux dire le « bel art », a disparu et nous regardons le monde de tellement près que nous y voyons tous les défauts. Ce serait invivable si nous ne gardions pas une forme de morale, un grand optimisme et cette grande joie de participer à cette grande kermesse. Honnêtement quand on voit le niveau des « spécialistes de la spécialité », des politiques, des faiseurs de monde, heureusement qu’ils ne sont pas médecins sinon nous serions tous morts. Quand je me balade dans Paris, le samedi matin, je vois ces millions de gens qui errent, les bras en avant, comme les rescapés d’Hiroshima. Ils ne savent pas où ils vont. On leur a dit que le musée était moins cher alors ils y vont. On leur a dit d’aller à la plage à Paris alors ils cherchent désespérément la mer à Paris. Un jour, au musée, c’est Picasso et Andy Warhol et un autre jour c’est Andy Warhol et Picasso. L’illusion de la réalité est presque parfaite, et leur bonheur manufacturé total. FB : Cela peut-il changer ? GR : Je ne suis pas prophète. Tout a toujours évolué et cela continuera. Nous aurons toujours un pied de chaque côté de la falaise. La modernité, c’est formidable même si elle nous rend esclave par moment. Alors, je vais au bord de l’océan, je regarde la marée monter puis descendre et je mange des huîtres. art FB : Revenons un instant à la mise en place de vos photographies, comment se crée une œuvre signée Rancinan ? GR : Une équipe de dix personnes travaille avec moi à Paris et Los Angeles. Notre entreprise, Fine Art Cube, produit les expositions, les livres et les photographies, des films. Nous partons d’une idée commune. Nous en parlons ensemble lors d’une sorte de conférence de rédaction. Si nous décidons de la produire, nous lançons notre business. Nous mettons nos équipes sur le coup. Nous envoyons les décors et les costumes en fabrication. Je change de casquette. Mes assistants ont tous une casquette différente dans le studio. La musique joue à fond. Dans un moment de bonheur absolu, de joie et de quiétude nous essayons de faire une photographie. Caroline est souvent présente sur le plateau. FB : Caroline, qu’aimez-vous dans le regard de Gérard ? CG : Cela fait longtemps que nous travaillons ensemble, sans lassitude. Chaque projet repousse les limites. Une photographie pourrait être ennuyeuse s’il n’y avait pas plusieurs niveaux de lecture. Ce sont des photographies que l’on peut lire pendant longtemps, avec diverses interprétations. C’est un formidable moteur dans les idées. Le temps passe sans que nous nous en rendions compte. Cela fait quinze ans que nous collaborons ensemble. FB : Gérard, qu’est-ce qui vous plaît dans le regard de Caroline ? GR : Vous avez une autre question (rires) ? FB : Non, c’est ma dernière… (rires) GR : Ce n’est peut-être pas son regard alors ! (rires). Non, pour être sérieux, elle est mon cerveau parallèle. Si elle n’était pas là, je serais tout seul comme un poisson rouge dans un bocal, on ne changerait pas l’eau et je deviendrais tout pâle. J’ai besoin d’avoir des courants d’air, des courants d’idées, de grands sourires. J’ai besoin d’être aimé, de partager. Avec Caroline et avec tous les gens de mon équipe, cela se passe comme cela. Elle est cette intelligence et ce regard déporté. J’ai pu donner un sens plus profond à mon travail. J’ai pu me dégager de la simple mécanique photographique. Il y a une chose remarquable dans la vie : la confiance, la fidélité et une plage vide à marée basse au pied d’une dune. Cela nous est arrivé avec Caroline, nous étions plus jeunes. Nous nous sommes dits : « ça, on le fera ». Nous l’avons fait. (blanc)… FB : Cela ne peut être que le mot de la fin… GR : Dans une émission de radio, nous aurions remporté le prix de la meilleure émotion (rires). Mais nous sommes contre la dictature de l’émotion, bien sur !!! ! !. FB : Réaliser ses projets ou ses rêves devient une forme de réussite... CG : C’est certain. Nous nous donnons tous les moyens pour cela. GR : On peut dire tout ce que l’on veut sur notre travail mais l’essentiel est de réaliser le minimum du chemin que l’on s’est tracé. Malgré tout ce temps, j’ai toujours ce même émerveillement d’entrer dans le studio pour réaliser une photographie alors que nous sommes partis d’un petit dessin maladroit. Tout est installé. La photo existe grâce à toute une équipe. Ma femme est à mes côtés, elle me suit depuis toujours. Quand j’arrive tout est prêt et je me dis : « quelle chance ! ». ● Propos recueillis par Cyril Jouison Faces B• 25



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