Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 22,3 Mo

  • Dans ce numéro : art... Gérard Rancinan et Caroline Gaudriault.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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art C’est ce qui fait que l’homme reste debout. Finalement, l’Homme nous fait beaucoup rire. FB : Votre message n’est-il pas une façon de combattre une certaine forme de résignation dans notre société abreuvée de divertissements ? CG : Nous souhaitons faire une provocation à l’éveil. Nous restons aux aguets en observant les choses avec jugement et un certain libre arbitre. Nous tenons à porter un regard personnel et aiguisé. Il y a peut-être une résignation collective. Une acceptation trop rapide des choses. GR : Nous vivons une situation très humaine. En s’enfonçant dans un certain bonheur, on perd le sens des réalités. On efface le mal, il n’y a plus que le bien. Le médecin a remplacé Dieu. Tout est judiciaire. Tout est victimisation. Infantilisation. Nous avons créé une société dans laquelle les cerveaux sont lavés par les télévisions et les médias, tout cela dans une totale irresponsabilité. Cinq personnes tiennent les médias français en nous piquant d’absurdités. Nous n’avons pas encore vécu le pire. Nous sommes au milieu du gué. Etre humain, c’est savoir que nous naissons du chaos mais c’est être debout, vif, le regard aiguisé sans oublier que nous allons mourir. Cela fait partie de la vie. C’est ce que nous essayons de dire avec nos maladresses, nos exagérations, avec une forme caricaturale également. Nous sommes fiers d’être encore debout, de marcher face contre vent. Mais, vous savez, ce n’est pas une forme de courage. C’est une forme d’exercice. 22• Faces B Christ Crucifixion Gérard Rancinan FB : Pensez-vous qu’il est donc plus facile de dénoncer ces aspects de la société qui vous horripilent en les recomposant ? GR : Mais rien ne m’horripile, bien au contraire mais je vais être plus vif que cela. Où commence la mise la scène ? Où finitelle ? J’étais reporter photographe. Il y avait, en permanence, un parti pris. Je ne pense pas que le photographe objectif existe. Il y a toujours des influences. Nous nous sommes aperçus, juste après la guerre du Vietnam, que des photographes pouvaient mourir en reportage. Je pense à Gilles Caron ou Larry Burrows et bien d’autres emportés par la guerre. Leurs images ont fait arrêter la guerre. A partir de là, les armées et les gouvernements ont compris que la démocratie avait ses limites : on ne pouvait pas tout dire. La démocratie ? Quelle démocratie ? De quoi parle-t-on ? La démocratie n’existera vraiment que si c’est le peuple qui décide. Dans nos sociétés occidentales, nous sommes dans des oligarchies libérales mais sûrement pas dans des démocraties réelles. Nous avons le choix entre le même et le même. FB : Que répondez-vous à ceux qui disent que vous mélangez les genres ? GR : Est-ce qu’une photographie mise en scène est plus « truquée » qu’une photo de reportage ? Pour avoir fait les deux, je me pose la question. D’abord, il y a cette forme de diktat imposée par les services de presse, les services de communications ou les médias en général. Je ne veux pas jouer le comploteur, mot à la mode. Avez-vous vu, dans les micros trottoirs diffusés par nos télévisions ou publiés par la plupart des journaux et magazines, des personnes contre quelque chose ? Tout le monde est pour, tout le monde est d’accord, c’est le grand règne du oui ! On va voir le camp qui arrange les grands services de communication mondiaux. Il se rajoute par-dessus la mégalomanie égocentrique du reporter ou du photographe qui, comme chacun, rêve que sa photo ou son article fasse la une des journaux.. Quelle est la différence avec celui qui fait du studio ? Y a-t-il une hiérarchie entre le photographe de mode et le photographe de guerre ?
Je ne crois pas. Je pense vraiment que nous sommes tous les témoins d’une époque. FB : Vous usez de cette contradiction pourtant… GR : Quand nous travaillons, avec Caroline, nous essayons d’avoir deux vitesses. La première est de créer cette « lumière » attirante, et très graphique. Nous partons de cette base esthétique. Elle attire le public comme des lucioles autour d’un lampadaire. Puis nous espérons que le public découvre la deuxième couche de la photographie, celle plus délicate, plus sensible qui parle plus de réflexions, de pensées. C’est là qu’intervient notre collaboration et notre grande conversation. Caroline n’écrit pas les légendes de mes photos et je n’illustre pas ses textes. Nous marchons en parallèle. Nous nous retrouvons grâce à des livres et des expositions. C’est en glissant sous toutes ces couches, ces strates, ces points de réflexions que notre travail devient, si je peux dire « dangereux », en tout cas personne ne sort intact de nos expositions. Vous commencez par découvrir le « Radeau des illusions » puis Mickey et la Famille Batman. Vous rentrez, vous vous dites « oh que c’est joli ! » et en ressortant vous vous dites « Bon dieu qu’est-ce que ça fait mal ! ». Mais cela ne fait pas « que » mal, cela fait aussi du bien, en tout cas je l’espère. FB : Est-ce aussi votre objectif ? GR : C’est le but. On est évidemment heureux quand notre travail est accroché chez les gens. Ces photos sont réalisées sans trucages ni montages. Je me considère comme un photographe à l’ancienne. Nous faisons beaucoup d’efforts pour obtenir ce résultat donc nous sommes fiers quand notre travail plaît. Mais le fond recherché n’est pas qu’esthétique. Nous souhaitons laisser une marque profonde, comme une petite cicatrice, une griffure, dans la pensée de la personne art Way back from Disneyland Gérard Rancinan qui nous regarde. Je suis sensible au travail de Paul MacCarthy pour ces mêmes raisons. Son travail, comme celui d’HermannNitsch, de Robert Rauschenberg, Otto Muelh ou Roman Opalka, m’inspire. Damien Hirst reste pour moi un des artistes majeurs actuels. Je pense aussi à Pierre et Gilles, un peintre et merveilleux photographe fusionnant. Quand je vois ces artistes, je n’en sors pas intact. A Broadway, j’avais vu la dernière exposition de Paul MacCarthy, j’étais à la fois écœuré et dérangé. Mais vous vous dites : « il m’a eu ! ». Je ne suis plus le même. Quand dans la série « Métamorphose », je reprends certaines œuvres des grands peintres, j’ai simplement voulu souligner le trait d’union entre les artistes au-delà du temps. FB : Vous considérez-vous comme un artiste contemporain ? GR : L’artiste doit être dénonciateur. Il doit pousser les limites. Il est quand même curieux de penser que, au XV e siècle, les Velazquez et autres nous ont laissé ces immenses œuvres alors que nous, nous allons laisser ce « moi » énorme des artistes contemporains. FB : N’est-ce pas à l’image de la société tout entière, celle du moi personnifié ? GR : C’est en cela que les artistes contemporains sont proches de la société. Ils sont le parfait miroir de notre époque. C’est peut-être cela l’art contemporain d’ailleurs. En tout cas pour moi, je ne sais pas pour Caroline, ce n’est peut-être pas là qu’il faut aller. CG : Notre rôle d’artiste est d’être des témoins, sans côté moralisateur. L’art contemporain aujourd’hui est très porté sur l’égo et sur des valeurs agaçantes. Ce sont celles de ce « Moderne » dont on se moque. ► Faces B• 23



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