Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
Faces B n°2 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 22,3 Mo

  • Dans ce numéro : art... Gérard Rancinan et Caroline Gaudriault.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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art 20• Faces B Le radeau des illusions Gérard Rancinan La liberté dévoilée Gérard Rancinan
L’interview Avec « Wonderful world », Gérard Rancinan et Caroline Gaudriault nous proposent le dernier acte de « La trilogie du Moderne ». L’occasion était trop belle pour que le photographe et la journaliste posent leur regard ironique sur notre société. Celle du divertissement. Conversation. FACES B : Dans un article paru dans Polka magazine au sujet de la « Trilogie du moderne », Caroline, vous décrivez notre société comme « guidée par le désir du bonheur absolu ». Ce modèle est-il une chimère ? Caroline Gaudriault : Juste pour présenter ce « Moderne ». Ce « Moderne » n’est pas celui qui vit dans le monde moderne. Ce « Moderne », pointé du doigt dans la trilogie, est un personnage dupe de notre modernité. Nous en faisons partie, nous ne la renions pas. Nous l’aimons même. En revanche, la duperie et la naïveté de vouloir tout accepter sans jugement, sans recul, nous agacent. Quant au bonheur, c’était votre question, oui, nous vivons tous pour beaucoup d’espoirs et de bonheurs. Nous ne voulons pas accepter ce que d’autres nous imposeraient, c’est-à-dire le bonheur pour tous. Dans ce « Wonderful world », peinture de cette société du « Moderne », il y a une sorte de dictature du bonheur. Il y a la volonté d’imposer à tous une certaine forme de bonheur pour plein de raisons : pour endormir les gens, pour croire à une société heureuse, pour ne pas voir une certaine réalité à laquelle il faudrait faire face. Il est toujours plus facile d’imposer un bonheur universel plutôt que de voir la réalité telle qu’elle est. FB : Gérard, pensez-vous que le modèle proposé soit factice ? Gérard Rancinan : Je ne sais pas s’il est factice mais, en tout cas, il est fantasmé. Pour donner un exemple simple, dans l’Antiquité, quand les Grecs se séparaient, ils ne se disaient pas « au revoir » mais « soit heureux ». On voit où cela a mené leur civilisation. FB : Pensez-vous donc que nous ayons atteint une certaine forme de décadence ? GR : Oui, j’ai d’ailleurs réalisé une photographie qui s’appelle « Décadence ». Je ne pense pas que l’histoire de l’Homme sur la terre soit terminée, bien évidemment, il serait ridicule de penser cela ! Mais la fin de notre Histoire telle que nous l’avons construite jusque là a atteint ses limites. Elle prend une autre forme. Nous ne pouvons pas nier que nous sommes arrivés à la fin d’un cycle. Le futur se dessine autrement. Il s’accélère. Nous avons vu la terre dans son entier et ceci les pieds sur une autre planète, nous avons rasé Hiroshima en 9 secondes, et le computer aujourd’hui « réfléchit » en nano seconde… comment voulez vous que l’Homme ne se sente pas un peu perdu ! Nous avons fait table rase des valeurs qui nous ont portées jusque-là. C’est la question posée dans « Wonderful world ». Demandez qui est Saint-Sébastien à dix personnes, seules deux pourront vous répondre. Pendant plus de deux mille ans, sans porter de jugement, il a été un des piliers, un des symboles de l’humanité. Il était une forme de repère dans la souffrance et le martyr. Il constituait alors plusieurs métaphores à la fois. Aujourd’hui, à ces mêmes personnes, si vous leur demandez qui est Mickey, ils n’auront pas de mal à vous répondre. L’iconographie et les valeurs se sont déplacées. Je lisais récemment que nous bâtissons des centres religieux comme on construit des centres commerciaux. A Grenoble, une ville a créé, dans une de ses banlieues, un lieu religieux multi-confessionnel. On s’y rend comme au supermarché. Les valeurs se bouleversent. C’est ce que nous souhaitons décrire dans notre périple artistique. art FB : Justement, après quel déclic est née l’envie de traiter ce thème du « Moderne » ? GR : Tout simplement car Caroline et moi sommes des observateurs de notre époque. Je suis un artiste. Caroline est une écrivain. J’ai cette particularité, en tant qu’artiste, d’être photographe. La photographie est mon métier. Le terme « artiste » constitue cette décoration bienveillante qui me donne le droit de presque tout dire. Nous venons tous les deux du monde de la presse. Pendant des années, nous avons regardé le monde de près, dans la chaleur souvent brûlante de l’actualité. En mettant ce costume d’artiste, nous nous sommes rendu compte que nous observions les choses avec un regard un peu plus large. Notre œuvre et notre travail sont, tout simplement, de décrypter notre époque. Nous sommes des témoins éveillés des métamorphoses de notre société voire de notre humanité. FB : Vous évoquez le mot « métamorphose » qui n’est autre qu’un des trois piliers de votre trilogie, dans quel ordre avez-vous établi ces trois mouvements ? CG : L’ordre s’est réalisé de façon chronologique. Au tout début de l’époque de Sangatte, nous découvrons dans Libé une brève sur tous ces radeaux de migrants arrivant de Lampedusa. Nous nous sommes demandé comment une telle tragédie humaine pouvait finir en brève dans un journal. Nous sommes à une telle saturation d’info que les gens ne s’attardent même plus sur une information aussi dramatique. Nous nous sommes rendus plusieurs fois à Sangatte. Nous sommes revenus avec des photos et des interviews. Gérard avait fait des photos noir et blanc, comme à une ancienne époque. FB : Comment comptiez-vous les exploiter ? CG : Nous nous sommes dit que ce n’était pas comme cela que nous devions rapporter l’histoire. Cela n’aurait fait qu’un reportage de plus. Gérard m’a immédiatement dit que ce radeau était celui de Jéricho. Voilà comment est née la mise en scène de la photographie « Le radeau des illusions ». Voilà aussi comment d’un simulacre d’une société, nous avons raconté une histoire en résumant une grande tragédie humaine. De cette question de ces hommes qui partent vers davantage de liberté mais avec beaucoup d’illusions s’est également posée celle des libertés et des oppressions. La photographie « La liberté dévoilée » s’est alors imposée. Le projet s’est construit suivant la logique de notre réflexion. Nous avons été guidés par nos questions. Nous n’apportons pas de réponse. Nous constatons avec un regard très subjectif. Le projet s’est construit ainsi. Pour « Hypothèses », la construction est vraiment différente. FB : Comment est-elle née ? CG : A partir du constat que tant de bouleversements avaient eu lieu, qu’allait devenir notre héritage culturel ? Qu’en était-il de sa transmission ? Nous avons réalisé un travail d’ensemble sur des photographies plus expérimentales. Très différentes du reste. La troisième partie, « Wonderful World » est arrivée comme une réponse à toutes ces observations très lucides, parfois un peu dramatiques et très objectives aussi. Nous avons souhaité nous décaler et regarder ce monde avec beaucoup d’humour. ► Faces B• 21



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