Faces B n°1 jun/jui/aoû 2012
Faces B n°1 jun/jui/aoû 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de jun/jui/aoû 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 54

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : portfolio Bruno Michaud et Romann Ramshorn.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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évasions Par quoi a commencé ton périple ? J’ai passé une nuit à Tel Aviv, qui a tout d’une capitale occidentale branchée. Puis Jérusalem, c’était fou : le chemin de croix en boubous, des pèlerins en tout genre. J’ai fait du tourisme : le Saint Sépulcre, le Mur des Lamentations, l’Esplanade des Mosquées. Là, dans la vieille ville, il y a peu de débordements, quelques contrôles, jusqu’à devoir réciter la première sourate du Coran à un militaire israélien pour entrer dans une mosquée. C’est particulier, tous ces lieux emblématiques, théâtres d’événements des trois grandes religions. Dans Jérusalem Est, sous une tente dans un jardin, j’ai partagé la veillée de quelques militants. Ils sont présents pour s’assurer de la tranquillité d’une famille palestinienne qui vit en mitoyenneté avec des colons venus s’installer dans une partie de leur maison. Cette famille subit intimidations et pressions pour quelques mètres carrés. A quoi ressemblent ces activistes ? Ils sont Scandinaves, Américains, Français… Il y a beaucoup de femmes. Ils sont tous grisés par la cause palestinienne, par cette forme de résistance pacifique. Il y a un mouvement international regroupant différentes associations de divers horizons culturels ou religieux. Dans le lot, certains craignent l’instrumentalisation par les associations et restent donc autonomes. D’autres reviennent régulièrement malgré leur vie professionnelle. Il n’y a pas que des têtes brûlées, mais aussi des mamies, des jeunes… Les rencontres sont faciles, j’ai changé de partenaires de voyage au cours du séjour. A Noël, Bethléem était le passage obligé ? L’ambiance était magique. J’ai fêté la nativité sous la pluie. C’était la fête dans la rue. J’étais hébergé par un docteur en biologie, dramaturge, président d’une des associations du camp de réfugiés palestiniens d’Aïda. J’y ai rencontré une Française, dont l’association emploie des personnes 48• Faces B Scène de rue photo Julien Lhx Oeuvre « Les vignes de la maison » photo Julien Lhx du camp pour la confection de broderie à destination de créations vestimentaires vendues en France. C’est une des formes du militantisme international. Les rencontres jalonnent ton voyage. Oui, et elles l’orientent ! Par exemple vers Ni’lin. Le vendredi, une manifestation hebdomadaire a lieu contre la construction du mur et la confiscation des terres. Comme un peu partout, la présence des militants internationaux protège le cortège dans lequel flottent des drapeaux palestiniens. Des slogans s’élèvent. Marteaux et burins tentent de détruire le mur. De l’autre côté, les militaires israéliens dispersent la manifestation par des bombes lacrymo et des grenades assourdissantes. A la fin de la journée, les manifestants se réunissent, c’est l’occasion d’entendre les récits des villageois palestiniens qui vivent de la terre et dans la crainte de voir raser leurs oliviers. J’ai aussi visité Beit Ommar, près de la frontière, village en cours de colonisation (confiscation de terre, préparation du mur). C’est un village harcelé, la plupart des habitants ont fait de la prison. Les habitants sont en cours d’organisation, menés par un couple palestino-américain, soutenus par des Israéliens et des internationaux. Et ensuite ? Je suis allé à Hébron. C’est là que se trouve la mosquée d’Abraham pour les musulmans, aussi Tombeau des Patriarches pour les juifs : le lieu de culte est partagé en deux. Les colons se sont installés principalement autour d’Hébron mais aussi dans un quartier où vivent des Palestiniens. Là, il y a 600 Israéliens civils et 1500 soldats. Des visites sont organisées pour que les colons choisissent leur futur emplacement. Lors de ces « processions », les Palestiniens manifestent et sont rejoints par les activistes internationaux et israéliens. Dans ce quartier, il reste une seule école palestinienne. Les militants étrangers protègent
les enfants qui s‘y rendent des cailloux lancés par les colons, ceux qui sont installés à Hébron étant particulièrement fanatiques. Mais on ne peut pas protéger les enfants des insultes. A tes mots, il semble que le voyage ait été éprouvant. C’est dur et tu es touché humainement, mais ce n’est pas éprouvant grâce à la solidarité croisée sur place et à la dignité des hommes. Un Palestinien m’a raconté ce qu’il vit, montré les ruelles qu’il emprunte pour passer d’un quartier à l’autre d’Hébron. Tous les chemins ne sont pas autorisés à tous, Palestiniens d’un côté, colons de l’autre. J’ai acheté un tableau chez lui qui représente les vignes de la maison qui ont été coupées. C’est une œuvre de sa femme, qui y a représenté une des épreuves vécues. As-tu pu échapper à une certaine tension ? Je suis ensuite parti pour Jéricho, qui a été une parenthèse dans mon voyage. Un bol d’air. Jusque-là il faisait froid, toutes les villes sont en altitude, je me sentais oppressé, rendu un peu claustrophobe par l’encerclement des colonies. La vallée du Jourdain est une grande plaine quelques centaines de mètres au-dessous du niveau des océans. Je ne me suis pas baigné dans la mer morte dont l’accès n’est pas libre mais j’ai fait du vélo : des ruines du palais d’Hisham à la mosquée abritant le tombeau de Moïse. Grisé par la quiétude des lieux, j’ai été surpris et même assez effrayé par un contrôle inopiné de papiers. Tu logeais où lors de ce périple ? Chez l’habitant, dans des auberges ou des hôtels. A Jéricho, dans une auberge du camp de réfugiés d’Akabat Jabr, nous avons partagé du thé avec un jeune Jamaïcain venant faire l’Aliyah* avec sa famille qui logeait là en même temps que moi et quelques compagnons de route français. Tout au long de mon voyage, j’ai rencontré des Palestiniens accueillants. Amour et paix photo Julien Lhx évasions Le camp d’Aïda à Bethléem, le camp d’Akabat Jabr à Jéricho, pourrais-tu parler un peu de ces camps ? Depuis 60 ans maintenant, des Palestiniens se sont réfugiés dans des camps sous l’égide de l’ONU. Ils restent sur ces petits territoires et militent pour leur droit au retour, de génération en génération. Les constructions sont en dur, les gens sont organisés, mais ce sont toujours des réfugiés. Dans le camp d’Askar, sur les hauteurs de Naplouse des gamins du centre social ont dansé le Dabkeh. Cette danse traditionnelle est enseignée des grands aux plus jeunes, pour perpétuer l’esprit. J’ai encore rencontré là-bas des militants internationaux, des animateurs italiens. Ces actes militants de diverses formes te poussent-ils à militer, depuis, pour la cause palestinienne ? J’ai envie de témoigner pour relayer les réalités du terrain auxquelles j’ai été confronté et dédramatiser le voyage pour d’autres. Dans mes derniers jours sur place à Ramallah, puis à Jérusalem, j’ai beaucoup flâné et discuté avec une de mes compagnons de route repartie via la Jordanie. J’ai profité de la vieille ville de Jérusalem. J’ai pris le soin d’expédier tous mes achats venus de Palestine par la Poste pour ne pas risquer les confiscations à l’aéroport, où j’ai tout de même été largement fouillé. Je veux retourner en Palestine, mais ce n’est pas une obsession. Je milite individuellement, à ma façon. Je fais connaître les actions entreprises localement. Depuis quelques semaines, je me livre beaucoup en partageant mon vécu avec mes proches. La question israélo-palestinienne est complexe, et il faut être modeste sur la lecture que l’on peut en avoir. Rester digne et humble. ● Propos recueillis par Véronique Zorzetto * Ce terme désigne l’acte d’immigration en Terre sainte (Eretz Israël, en hébreu) par un Juif. Faces B• 49



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