Faces B n°1 jun/jui/aoû 2012
Faces B n°1 jun/jui/aoû 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de jun/jui/aoû 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 54

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : portfolio Bruno Michaud et Romann Ramshorn.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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évasions On a beau minimiser le problème en se disant que les filles font vivre ainsi une famille entière ou que la prostitution est un fléau tout aussi présent et glauque en France, c’est bien un sentiment d’écœurement qui domine. La plupart des prostituées sont issues de familles pauvres. Elles représentent une proie facile pour les bars ou les agences, qui empochent une part substantielle de leurs gains en échange du logis, réduit à sa plus simple expression. Dans tous le pays, l’habitat est d’ailleurs assez rudimentaire. La maison locale, la nipa hut, est construite en palmier tressé et en bambou, parfois sur une structure bétonnée, mais le plus souvent sur pilotis. Les plus simples ont un toit de palme, d’autres bénéficient de tôle, plus résistante aux intempéries. Électricité et eau courante font rarement partie des commodités et la salle de bain se résume généralement à un tuyau duquel sort un malheureux filet d’eau. Cela n’empêche pourtant pas les Philippins d’avoir une hygiène irréprochable et on s’étonne de voir sortir d’une nipa hut aux allures de cabane des enfants coiffés et soignés, en uniforme d’écolier d’un blanc immaculé et parfaitement repassé. Ce peuple qui ne connaît guère l’opulence, aime s’amuser, rire et chanter. Il respire une joie de vivre communicative qui nous ferait presque croire que leur vie est douce. Les Philippines sont chaque année victimes de catastrophes climatiques meurtrières, l’espérance de vie des hommes n’excède pas 68 ans, les soins médicaux étant extrêmement réduits dans les zones rurales. La population n’a pas pour coutume de s’indigner, même face à la corruption qui sévit à tous les niveaux du système politique. Ici on préfère conjurer le mauvais sort avec un sourire. Sur les jeepneys ou les tricycles, on peut lire la formule : « Smile, Jesus loves you ! » Ce serait donc ça leur secret… ● 44• Faces B Caroline Simon Enfants à Camiguin photo Caroline Simon Jeepney photo Caroline Simon
J’ai nagé avec les requins baleines 14 mars, Padre Burgos, île de Leyte, Philippines Debout à 7h, je suis surexcitée par le rendez-vous qui m’attend. Mais le ciel nuageux et l’horizon bouché risquent d’avorter la rencontre, car la présence du plus gros poisson du monde est loin d’être garantie, particulièrement quand la météo est mauvaise. Après un petit-déjeuner consistant, on embarque à six sur le bateau : une grande banka* équipée pour la plongée. Il faudra deux heures pour traverser la baie de Sogod et atteindre la bourgade de San Francisco, située au sud de l’île de Panaon. À l’arrivée, alors qu’un soleil miraculeux nous a rejoints, nous embarquons à bord un guide qui nous présente les règles à suivre pour approcher ces monstres gentils. La rencontre se fait en snorkeling (palmes, masque et tuba). La plongée en bouteille à leur côté est interdite, car réputée trop stressante pour ces animaux sensibles. Il faut respecter une distance minimum de trois à quatre mètres. Pas pour éviter les coups de dents, ils ne mangent que du plancton. Le principal danger vient des mouvements brusques de leur queue qui pourraient survenir en cas de peur. A notre arrivée sur le territoire des whale sharks, le pêcheur chargé de la vigie depuis le mât du bateau repère non loin une ombre dans l’eau. Avec une taille de 8 à 12 mètres, difficile de passer inaperçu en surface. Branle-bas de combat général sur le bateau ! Il faut chausser les palmes, enfiler son masque et son tuba et se positionner à l’avant, prêt à sauter. La banka s’approche au maximum de la masse à fleur d’eau, puis on nous crie « go-go-go ! » et c’est chacun évasions Requin baleine à Sogod photo www.scubagypsy.com pour soi. On se jette à l’eau et on palme de toutes ses forces dans la direction indiquée. On ne tarde pas à l’apercevoir, ce requin inoffensif mais énorme, avec sa jolie robe grise à pois blancs. L’excitation née d’une telle rencontre contribue autant à l’accélération du rythme cardiaque que les efforts nécessaires à la nage. Et c’est qu’il avance le bougre, à contre-courant pour corser l’exercice. On boit la tasse à chaque vague, mais on continue à palmer de plus belle. C’est une activité bien plus physique qu’il n’y paraît. Les plus sportifs pourront suivre le requin baleine une vingtaine de minutes. Quand le poursuivi descend vers les profondeurs ou que les poursuivants atteignent l’épuisement, c’est le moment de remonter sur le bateau. On retire les palmes et on croit que l’on va pouvoir reprendre son souffle. Mais c’est sans compter sur la vigie qui en a déjà repéré un autre. Pas de place pour la fatigue lors de cette rencontre, aussi rare qu’exceptionnelle. Fissa, on s’équipe de nouveau, et c’est reparti au signal ! La chance est au rendez-vous : l’interaction avec ces paisibles créatures se renouvellera une dizaine de fois en deux heures. Enveloppé par le silence sourd de l’océan, les voir glisser dans l’eau en toute quiétude est une sensation magique, presque irréelle. On en ressort épuisé, avec un sourire béat et des images uniques dans la tête. Caroline Simon *Une banka est un bateau de pêche en bois à balancier, typique des Philippines. Faces B• 45



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