Faces B n°1 jun/jui/aoû 2012
Faces B n°1 jun/jui/aoû 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de jun/jui/aoû 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 54

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : portfolio Bruno Michaud et Romann Ramshorn.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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dossier : la lenteur Aujourd’hui peut-être… Nous sommes des coureurs de fond dans une société qui impose sa forme et son rythme. Procrastiner peut alors affirmer un certain mode de résistance. Peut-être vous rappelez-vous d’une très vieille chanson interprétée par Fernand Sardou, le père de… La référence musicale vous paraît hasardeuse ? Elle l’est ! Aujourd’hui peut-être, cette chanson de 1946 évoque une certaine idée de la société. D’une région aussi. Une fois toutes ces idées reçues passées à la moulinette de la machine à clichés, il reste une idée : et si nous n’étions pas obligés d’entrer dans la course ? Et si nous faisions le pari de la lenteur ? Du « je verrai plus tard ». Du « non, encore un câlin ». C’est une idée. Une envie aussi. Un diagnostic pour d’autres. Proust procrastinait Procrastination ? Que signifie ce mot ? Le petit Robert est formel : « tendance à tout remettre au lendemain, à ajourner, à temporiser », Le dictionnaire confirme même cet état en citant Proust (Marcel pas Gaspard) : « Mon indécision, ma procrastination » comme disait Saint-Loup. Cette définition littéraire est limpide. Mais il en existe une seconde. Scientifique, cette fois. Moins glamour évidemment. Diagnostic : le patient souffre de procrastination. Pour la science, voire la psychiatrie, cette tentation de l’ajournement systématique révèle une anxiété profonde, doublée d’une mauvaise estime de soi. Quand des hommes longilignes appliquent certaines théories filiformes, le résultat tombe comme un couperet. Sans appel ni remise de peine. Mais, au fond, qui n’a jamais remis quelque chose à demain ? Cette petite faiblesse ne nous perdrait peut-être pas tant que cela… 22• Faces B Perdre son temps, gagner son existence Au-delà de tous ces signes légers ou alarmistes, il s’agit surtout de notre rapport au temps. A la temporalité. Dans ce grand fourre-tout, il faut donc se dépêtrer avec l’aspect culturel, éducatif et social de ces reports chroniques. Dans certaines sociétés, prendre le temps est une vertu, une manière de gérer les priorités. Dans la nôtre, prendre le temps se mue en perdre son temps. Cruel gâchis. Et si la perte devenait un gain lorsque procrastiner permet de rêver ? Les ténors du marketing nous démontreront le contraire mais nous ne sommes pas dupes. Notre société de claviers nous impose un rythme, le sien, celui de la consommation jetable, celui de « l’avoir-dépendance ». Par conséquent, s’autoriser à reporter au lendemain devient un acte de résistance. Une bravoure romanesque quasi romantique. Nous sommes face à un véritable choix de vie. En me relisant, je pense simplement que je terminerai ce papier aujourd’hui, peut-être… ou alors demain. ● Cyril Jouison Franquin
Butô, danse du NON ! Si le Butô évoque la lenteur, l’amateur (ou pas) de danse contemporaine peut avoir en tête l’image d’un danseur, presque nu, talqué, grimaçant qui bouge peu et chute, celle du Butoka. Que l’on rejette cet art ou qu’il touche le fond de l’âme, il ne peut laisser insensible. Le Butô est une danse contemporaine née au Japon dans les années 60. A quelques années de la défaite et du traumatisme d’Hiroshima, la société japonaise mute. Les Etats-Unis imposent leur libéralisme à ce peuple vaincu. Privée de ses repères empreints de tradition, toute la société réagit alors en se jetant à corps perdu dans l’obsession de la perfection individuelle et l’irrépressible envie de surpasser l’occident. Dans ce pays où tout va vite, où une nouvelle culture s’impose, des artistes vont exprimer corporellement leur résistance. Les arts vivants traditionnels (No et Kabuki) ne suffisent pas à Tatsumi Hijikata et Kazuo Ono. Ils créent une expression artistique fortement politique : le Butô (de Bu, danse et Tô, taper le sol). Cet art se pose alors comme un NON à la compétition, NON à la performance. Le Butô est une double révolte du corps et de l’esprit à cette course à la perfection, mais aussi au refus de la simulation : là où la culture judéo-chrétienne prône la sincérité, la société japonaise traditionnelle la considère comme un défaut. Dans le Butô, en recherchant le Vrai et non le Beau, le corps du danseur n’est plus un objet de simulation. Dans les chorégraphies de la première génération de Butôka, le danseur est nu dans de nombreuses pièces, il grimace, il chute. Sa danse est provocante, sincère. Ses mouvements sont lents, en réaction à l’excès de vitesse environnant. Le rapport au temps est un acte de résistance du Butô Pour pratiquer le Butô, il faut prendre le temps, celui qui permet d’écouter son corps et de sentir ce qui s’y passe. Le Butôka ne cherche pas à figurer une histoire ou à exprimer une émotion, il donne corps et non forme à ce qu’il exprime. Quand il pratique le Butô, le danseur tente d’incarner un objet : la pierre, l’eau, la plante… Il se met dans « l’état » de dossier : la lenteur celui-ci. Ce travail implique concentration et maîtrise. Le temps du Butô est un temps organique ou végétal, mais un temps naturel. C’est un travail sur la fertilité des émotions qui réagit à l’agitation stérile de nos sociétés. Le Butô n’a pas vraiment de norme ou de code. Cependant les créateurs ont élaboré des exercices assimilables à des katas au judo. Ce langage n’enlève rien à la spontanéité primitive du Butô. Le danseur crée en fonction de son histoire. Il goûte son mouvement, le digère. La création chorégraphique dans ce contexte est lente aussi, permettant la maturation et la recherche. Devant ce spectacle du temps et de l’espace dilatés, le spectateur de Butô est déconcerté car touché : pour lui aussi le temps est suspendu, la danse n’est plus dans une temporalité commune et familière. Le Butô est pratiqué partout à travers le monde. Au japon, il est plutôt underground, peu compatible avec les valeurs d’excellence de la société, auxquelles il est une réaction. Mieux considérés en Europe et aux Etats-Unis, les danseurs bénéficient d’un espace de création et la pratique historiquement liée à l’expressionnisme allemand, se nourrit de différentes formes de danse contemporaine, qu’elle nourrit en retour. Lors d’une conférence dansée de sa compagnie Medulla, implantée à Bordeaux, ou autour d’un café, Naomi Mutoh n’est pas avare d’explications sur le Butô. Elle appartient à la troisième génération de Butôka et a notamment dansé avec Carlotta Ikéda, grande chorégraphe de Butô. Medulla, compagnie composée de Naomi Mutoh et de Spina, groupe de rock bordelais, présentera Persistance au Glob Théâtre à Bordeaux, du 19 au 26 Octobre 2012 : « une danseuse et deux rockeurs entrent en Persistance contre l’immédiateté et la course à l’éphémère ». ● Véronique Zorzetto Faces B• 23 Les deux photos : Compagnie Médulla



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