Faces B n°1 jun/jui/aoû 2012
Faces B n°1 jun/jui/aoû 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de jun/jui/aoû 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 54

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : portfolio Bruno Michaud et Romann Ramshorn.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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dossier : la lenteur Quelle est l’origine de cette fuite, et quelles en sont les conséquences pour l’homme ? Le concept de fuite du temps n’est-il pas étroitement lié au caractère subjectif de notre rapport au temps ? Enfin, si le temps fuit véritablement, peut-on se soustraire à cette fuite ou ne doit-on pas plutôt adopter une morale nous indiquant comment faire bon usage du temps ? Mais quel en est le bon usage ? Celui qui s’accorde le mieux avec la condition humaine et qui se vit au présent ? En certaines occasions, il convient de planifier nos divers engagements, afin d’user de notre temps efficacement, de mettre à profit chaque instant et de n’en perdre aucun, suivant une logique de rentabilité maximum. Notre nature d’être humain, par essence mortel, nous conditionne à considérer le temps comme une denrée rare, comme une espèce en voie de disparition. Notre temps de vie sur Terre étant compté, il convient de l’utiliser à bon escient, selon une logique de productivité. Plus on accomplit de tâches en un minimum de temps, plus on se sent efficace. Vivre dans l’urgence peut être un moteur : « Plus j’agis, plus je vaux. » En 1982, le médecin américain Larry Dossey a inventé le concept de « maladie du temps » pour décrire cette croyance obsessionnelle selon laquelle « le temps s’enfuit, qu’il n’y en a pas assez et qu’il nous faut pédaler pour le rattraper. » Le temps est universel car il est le même pour tous les hommes. Jean-Louis Servan-Schreiber (encore lui) rappelle s’il en était besoin, que « le stock de temps est le même pour tous. Les 24 heures sont la donnée la plus égalitaire de l’espèce humaine. Et pourtant chacun parle et agit comme s’il en était autrement, avec des expressions comme « gagner du temps », « perdre du temps », sottise que cela, puisqu’on ne peut faire ni l’un ni l’autre, puisque nous disposons tous de la totalité. Cela n’a pas changé depuis la création de l’espèce et ne changera jamais, et tout le reste, qui tourne autour, n’est 20• Faces B qu’une question d’aménagement, de stratégie ou de tactique personnelles, et quelquefois de technique. » Si le temps est le même, il n’a pas la même valeur pour tous. Chacun use donc de son temps, son propre temps. Aussi chacun est-il libre de ne rien faire de son temps, tout du moins, rien de profitable en apparence. Le temps est un luxe accessible. Est-ce ne pas en jouir que de le gaspiller, que de le voir fuir les pieds en éventail sans paniquer ? Et si ce temps « perdu » était plutôt un gain ultime ? Qui sont les véritables jouisseurs de la vie : ceux qui multiplient les activités pour ne pas en perdre une miette ou ceux qui prennent du temps pour eux et ceux qu’ils aiment, qui savent redécouvrir les bonheurs simples ? Car on se dit souvent que la routine nous épuise et que l’on a besoin de temps pour soi. On pourrait ainsi se rallier à Jean-Jacques Rousseau qui accuse la société de pervertir l’Homme naturel, la liberté naturelle, l’évasion, les loisirs purs ou existentiels. Pascale d’Erm, auteure de Vivre plus lentement, considère le choix de ralentir comme « une démarche moderne qui part d’une prise de conscience de nos besoins réels. En harmonisant les rythmes individuels et collectifs, on fait du bien à la planète et on gagne tous en productivité et en bien-être. » Ralentir, c’est se concentrer sur l’essentiel Nous ne sommes pas condamnés à suivre ce rythme effréné. Tout un mouvement de résistance est déjà en train d’inventer une autre façon de vivre le temps. Quelques irréductibles ont choisi de ralentir, dans tous les domaines : travail, alimentation, sport (conduire moins, marcher plus), vie de famille, urbanisme. Parti d’Italie et bien implanté dans toutes les sociétés, notamment au Japon et aux États-Unis, le slow movement, impulsé par le journaliste Snail bus photo Slinkachu
gastronomique Carlo Petrini, propose un bouquet de pistes à la fois sensuelles et conviviales. Chaque individu peut se réapproprier son temps, sans se débrancher du réseau mondial. Comment faire ? Toutes les techniques immobiles ou en mouvement préconisées par les cultures orientales nous y aident, mais aussi le sport, la prière, le jeu, le chant, la danse, le vélo, tout ce qui peut nous aider à faire un pas de côté, à nous recentrer, pour retrouver, ne serait-ce qu’un instant, le silence et le calme en nous. Mais il paraît que le véritable secret permettant de sortir de la course folle, c’est celui que nous enseignent les sages depuis la nuit des temps : le contrôle et la conscience de notre respiration. La bonne nouvelle, c’est qu’aller moins vite permet systématiquement d’aller mieux. C’est sans doute pour cette raison que la tendance s’inverse peu à peu et que l’éloge de la lenteur gagne tranquillement le grand public. Comme le sociologue Edgar Morin le déplore : « On a perdu beaucoup d’art de vivre dans nos vies chronométrées ». Le conditionnement social de la vitesse nous empêche souvent d’aller à l’essentiel, au plus simple. La simplicité fait son grand retour dans un vaste courant qui s’exprime aujourd’hui. C’est l’un des aspects de la voie minimaliste : le « moins » est un nouvel objectif qui ne vise pas seulement à éliminer les choses ou les actions, mais à leur redonner du sens, comme l’explique Dominique Loreau, « coach du vide ». Pour elle, « apprendre à vivre dans la simplicité relève de la pratique spirituelle ». Nous sommes de plus en plus nombreux à réfléchir à une véritable manière de simplifier notre vie. Bien sûr, nous bénéficions d’un maximum de biens matériels, mais c’est pourtant du plus simple dont nous avons besoin pour souffler un peu : la fraîcheur d’un bouquet de fleurs, par exemple, ou encore la chaleur du bois, la douceur d’un souffle de bébé, des petits riens qui paraissent tellement banals qu’on les oublie trop souvent dans notre course quotidienne. On dit que la vie n’est pas simple et que le bonheur est rare. dossier : la lenteur Pour Philippe Delerm, il tient en trente-quatre petits plaisirs. Il évoque dans La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, tour à tour, sous forme de petites séquences, la satisfaction immense qu’il tire tantôt de petits gestes insignifiants, tantôt d’une bienheureuse absence de gestes. Toutes les saisons sont évoquées dans ce court ouvrage délicieux qui s’apparente à un manuel du bonheur à l’usage des gens trop pressés. Grâce à ce traité de vie simple, Delermnous rappelle que prendre le temps, socialement ou pour soi, n’est pas une perte de temps. L’écrivain Pierre Sansot, dans son livre Du bon usage de la lenteur, nous rappelle, avec sagesse et simplicité, que « l’art du peu n’est pas peu de chose » et que le redécouvrir devient une tâche urgente, voire une mission de salubrité publique. Parmi les exemples à suivre pour mettre la pédale douce, retenons celui des tortues : en étant économes de leurs mouvements et en les exécutant au ralenti, elles peuvent vivre facilement 150 ans. Tandis que sur l’île d’Okinawa, au sud du Japon, où la proportion de centenaires est plus élevée que partout ailleurs dans le monde, on pratique assidûment le taï chi, cet art martial source de relaxation, de force et de bien-être, où la précision et la concentration importent davantage que la vitesse d’exécution. Le maître zen Taïsen Deshiaru disait : « Le geste n’est rien sans l’arrêt du geste, car c’est bien ce dernier qui conduit au geste juste ». À méditer ! ● Caroline Simon et Romy Vas À lire/Bibliographie Pascale d’ErmVivre plus lentement – éditions Ulmer CarlHonoré Éloge de la lenteur – éditions Marabout Milan Kundera La lenteur – éditions Gallimard Jean-Louis Servan-Schreiber Trop vite ! – éditions Albin Michel Nicole Aubert Le culte de l’urgence – éditions Flammarion Philippe DelermLa première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules – éditions L’arpenteur Paul Lafargue Le droit à la paresse - éditions Mille et Une Nuits Hartmut Rosa Accélération, une critique sociale du temps - éditions La Découverte Le magazine CLES et ses dossiers thématiques : www.cles.com Faces B• 21 http://innercitysnail.blogspot.fr photo Slinkachu



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