Faces B n°1 jun/jui/aoû 2012
Faces B n°1 jun/jui/aoû 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de jun/jui/aoû 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : facesb.fr

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 54

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : portfolio Bruno Michaud et Romann Ramshorn.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 18 - 19  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
18 19
Dossier : la lenteur Au secours, tout va trop vite ! Comment retrouver sa tortue intérieure ? Où vous situez-vous personnellement sur l’échelle de l’urgence ? Surfez-vous dans les rapides d’un planning de plus en plus fou ? Ou ramez-vous, pour maintenir votre barque à flot, entre tourbillons professionnels et remous privés ? Ou bien êtes-vous en train de vous noyer, submergé par les vagues de vos innombrables obligations ? Le culte de la rapidité nous a contaminés, c’est le moment de lever le pied. Vous en avez assez du rythme infernal qu’il faut suivre pour ne pas rester sur le bord de la route ? Le moment est venu d’adopter la « slow attitude » ! 18• Faces B Snail graf photo Slinkachu
Si vous parcourez cet article en surveillant la cuisson du rôti, tout en pensant à la réunion de demain, sachez que vous n’êtes pas seul(e)… Nous vivons une époque où le multitâche est devenu la norme, où l’on court en permanence après le temps, à tel point que l’on ne songe même pas à ralentir. Notre société est régie par la dictature du court terme. Tout le monde veut tout, tout de suite - formule choisie à bon escient par Morgan Sportès pour le titre de son roman sur le tragique fait divers du « gang des barbares » - et s’en désintéresse souvent aussitôt. Formaté au zapping, on butine l’information de sites internet en chaînes d’actualités en continu, mais les moments sont rares où l’on approfondit vraiment les sujets. La course à la productivité, au profit, est un autre signe de notre rythme effréné. « Gagner le maximum d’argent dans un minimum de temps, par n’importe quel moyen, est devenu le but suprême », explique la psychosociologue Nicole Aubert dans son essai Le Culte de l’urgence. « C’est de là qu’est partie la spirale folle, qui a accru le sentiment d’urgence et l’a répandu dans toutes les strates de la société, jusque dans nos vies intimes. » Notre propension à la vitesse pervertit même les jeunes générations. Les pouvoirs publics s’inquiètent de cette jeunesse adepte du binge drinking, cette consommation excessive de boissons alcoolisées qui vise à s’enivrer le plus vite possible. Dans les entreprises, on note une impatience de plus en plus grande et une frustration liée à l’impossibilité de suivre le rythme, comme le montre Luce Janin-Devillars, psychanalyste, auteure de Être mieux au travail (éd. Michel Lafont). Il faut joindre son interlocuteur dans la minute, répondre aux courriers électroniques dans l’heure, obtenir ce poste ou cette promotion tout de suite. Selon le psychologue anglais Guy Claxton, l’accélération est désormais notre seconde nature : « Nous avons développé une intériorisation psychologique des notions de vitesse, de gain de temps et d’efficacité maximale, qui se renforce de jour en jour. » Pourtant, agir dans l’urgence est souvent synonyme de mal faire. Pour Étienne Koechlin, directeur de recherche à l’Insermau sein du laboratoire de neurosciences cognitives, « l’homme n’est pas multitâche. Notre cerveau ne sait traiter efficacement que deux tâches en même temps. » Nous sommes devenus des consuméristes du temps, plus que des hédonistes. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? dossier : la lenteur Petite histoire de la vitesse Jean-Louis Servan-Schreiber, éminent spécialiste de la gestion et de l’art du temps, raconte la genèse de la course à la vitesse : « Pendant cinq mille ans, seule notre plus noble conquête, le cheval, nous permettait d’aller plus vite que nous-mêmes. Encore fallait-il dix jours pour traverser la France en diligence. Au galop, nos coursiers ne pouvaient se maintenir qu’autour de vingt-cinq kilomètres à l’heure, la vitesse d’un vélo de tourisme. Les tout premiers trains, au début du XIX e siècle, ne faisaient guère mieux. Mais ils se sont rapidement lancés dans la course aux records. En 1825, l’ingénieur anglais Stephenson faisait culminer sa locomotive à quarante kilomètres à l’heure, dans une descente. La course aux records était lancée, pour cent soixante-quinze ans. » Depuis le début du XX e siècle, la vitesse de transfert des informations a été multipliée par dix millions et la vitesse des moyens de transport par soixante, de la calèche à l’avion à réaction. L’accélération technique semble illimitée. Pourtant, le conducteur d’une voiture capable de rouler à plus de 250 km/h n’est pas autorisé à le faire. Le Concorde, fleuron de l’innovation française, ne vole plus depuis le crash de juillet 2000. Faut-il y voir le signe d’un ralentissement ou d’une stagnation ? Imaginons que la vitesse soit morte, l’accélération n’en continue pas moins. La pression sur notre temps s’accroît, nous avons de plus en plus le sentiment d’être débordés par les tâches à accomplir, par les informations à traiter dans les délais de plus en plus réduits. Quant aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, censées nous faciliter la vie, elles n’ont pas desserré l’étau autour de notre temps, bien au contraire. Notre rapport au temps « O temps, suspends ton vol ! Et vous, heures propices, suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours ! » Dans cet extrait du Lac, Alphonse de Lamartine exprime son angoisse face au temps qui passe, abordant ainsi une notion très développée dans la littérature occidentale : la fuite du temps. À l’inverse, il nous arrive de voir le temps s’étirer considérablement, lors d’un sentiment d’ennui profond, par exemple. Ainsi il s’agit de s’interroger sur la fuite du temps, et donc d’élaborer une réflexion sur l’éloignement, l’écoulement rapide et l’instabilité de ce changement continuel et irréversible qu’est le temps. « Allongé dans les groseilles/Regarder passer le soleil/Ressentir du temps la caresse/Puisque c’est une douleur vive/Que nos vies tellement fugitives/Se dire que jamais rien ne presse/Slow down ! Doucement ! » Alain Souchon Faces B• 19



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :