Et la Santé, on dit quoi ? n°24 oct 18 à jan 2019
Et la Santé, on dit quoi ? n°24 oct 18 à jan 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de oct 18 à jan 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : l'importance d'être vacciné.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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k C’EST MON HISTOIRE TÉMOIGNAGE D’UN HOMME EXILÉ REVENU DES TÉNÈBRES Kouamé à 14 ans quand ses parents sont assassinés devant lui. Le jeune homme originaire d’Afrique de l’ouest prend alors la fuite. Un terrible exode commence. Pendant deux ans, il affronte la peur, la faim et la violence des passeurs. Aujourd’hui Kouamé reconstruit sa vie en France, à Toulouse. Il a 19 ans et a écrit son histoire dans un livre « Revenu des ténèbres » qu’il dédie à « tous les migrants morts en mer » et dont voici quelques extraits. Entrer en politique, c’était le grand rêve de mon père. « Je veux soutenir le président, disait-il, car si c’est l’autre candidat qui est élu, le pays sera livré aux pilleurs et à la guerre ». Ma mère aura tout tenté pour l’en empêcher, sans jamais être entendue. Pourtant elle avait raison  : qu’allait-il devenir si l’homme qu’il insultait dans ses discours arrivait au pouvoir ? « Est-ce que tu n’imagines pas qu’il va vouloir se venger ? » demandait ma mère. « Il n’arrivera pas au pouvoir. Nous allons gagner ! » répondait mon père. Deux années s’étaient écoulées depuis la défaite du candidat que soutenait mon père. Ce 8 décembre 2012 s’annonçait comme un de ces samedis en famille. Maman était occupée à préparer le déjeuner. Mon père et moi regardions la télévision. C’est alors que nous avons entendu la porte s’ouvrir  : deux hommes cagoulés venaient d’entrer. Un des deux a sorti une arme. Et brusquement, il a dit à mon père cette phrase que je ne peux pas oublier  : « aujourd’hui c’est ton dernier jour ». Mes parents ont été assassinés sous mes yeux et sans doute une grande partie de l’enfant que j’étais alors est morte dans la même seconde. D’un bond, j’ai atteint la fenêtre, je l’ai enjambée et j’ai couru comme un fou sur la route qui passait derrière notre maison. Je me suis entendu le dire tout haut, sur le trottoir  : « On a tué mes parents, on a tué mes parents ». Des gens ont commencé à venir. « Mon grand-père est mort, ma grandmère est morte, il n’y a personne qui va s’occuper de moi au village ». Un couple âgé a dit qu’ils allaient s’occuper de moi. Ils m’ont conduit dans un centre religieux. Une religieuse m’a dit qu’ici j’étais en sécurité. Un soir, elle a semblé soucieuse  : « Il est préférable que tu quittes rapidement la ville. Voilà cinq cents euros. » Je sais aujourd’hui que je dois ma survie à cet argent. J’ai cherché un autocar pour le Ghana. Une dame m’a montré le bon car, j’ai acheté un ticket et je suis monté dedans. Dès que tu descends du car, des mecs viennent te parler. « Lybie ? Lybie ? Tu parles français toi le petit ? Je vous emmène ». On arrive chez une dame, une Ghanéenne. Elle dit qu’elle va nous faire passer en Lybie et que son prix pour nous emmener là-bas, c’est trente mille francs CFA par personne, presque deux cents euros. Quand j’ai vu la voiture, j’ai commencé à pleurer. C’était juste un pick-up, et à le voir comme ça tu aurais dit qu’il était trop petit pour dix, alors comment on allait monter à vingt et un là-dedans ? « Je vais être franche avec vous, prévient la Ghanéenne, vous avez une chance sur deux d’y arriver. Il y a beaucoup de dangers dans le désert, le voyage peut durer une semaine 16 SEPTEMBRE 2018 N°24 comme un mois et très mal se finir. Vous devez le savoir et être bien certains de vouloir partir. » Mais il est trop tard pour revenir en arrière. Après avoir traversé le Niger, la Lybie, l’Algérie, on nous réunit  : « Aujourd’hui on va vous faire passer au Maroc. » À l’intérieur du camp d’Oujda au Maroc, plusieurs migrants entourent un homme qui propose de nous faire passer en Espagne. Nous étions cinquante-quatre à bord d’un zodiac conçu pour une quinzaine de personnes. J’étais en train de prier quand un homme avait hurlé que l’eau entrait dans le bateau. Le soir tombait et nous allions mourir. « Hélico ! Hélico ! » a soudain crié un Ghanéen. Une heure plus tard est arrivé le bateau de la Croix-Rouge. Nous avons entendu une voix d’homme nous demander de rester calmes  : « Tout le monde sera sauvé. » Après l’Espagne, je suis arrivé en France en 2015 où j’ai été admis dans un foyer d’urgence à Toulouse. « Ici en France tu es trop âgé pour reprendre l’école. Il faut que tu apprennes un métier. » J’ai accepté et j’ai été reçu à l’école de production de l’Institut catholique d’arts et métiers pour y suivre une formation de tourneur-fraiseur. La préfecture a accepté de me délivrer un titre de séjour d’une année. Je suis en stage en entreprise durant l’hiver 2016-2017, je n’ai pas encore mon diplôme, et le patron est si satisfait de moi qu’il me propose un contrat à durée indéterminée qui devrait convaincre la préfecture de prolonger mon permis de séjour. Alors je vais vous dire comment je me vois dans dix ans  : entouré d’enfants orphelins. Je suis bien placé pour les écouter, pour lire dans leurs yeux ce qui les traverse, et pour leur parler. Se parler, s’écouter, se donner mutuellement de l’espoir, et rire – voilà ce que j’ai appris des années difficiles, voilà ce que je leur transmettrai. « Le chien qui a vu la panthère, disait mon grand-père, ne courra plus jamais de la même façon que celui qui ne l’a pas vue. » « Kouamé, je me dis tous les jours, souviens-toi de la panthère, toi qui l’as vue. Ne l’oublie jamais. » k Retrouvez toute l’histoire de Kouamé dans son livre « Revenu des ténèbres », XO éditions.
OBSERVATEUR ÉBÈNE ET DYCOSH INFLUENCER PAR LE RIRE k AFRIQUE EN MARCHE Des centaines de milliers de personnes les suivent aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Leur point commun  : utiliser le rire pour faire évoluer les mentalités. Découvrez deux personnalités qui font bouger l’Afrique  : Observateur Ébène et Dycosh. OBSERVATEUR ÉBÈNE DE YOPOUGON À TOUCHE PAS À MON POSTE Observateur Ébène est un phénomène sur les réseaux sociaux. Des centaines de milliers de personnes regardent régulièrement ses vidéos. Son vrai nom est Florent Amany. Florent a toujours été passionné par les nouvelles technologies. Il a fait plusieurs petits boulots lorsqu’il habitait à Yopougon, en Côte d’Ivoire, pour pouvoir s’acheter un ordinateur et un téléphone portable. Il voulait « partager ses idées » et a commencé à diffuser des vidéos sur YouTube. Elles deviennent vite populaires en Afrique francophone. Les rappeurs français le découvrent et partagent ses vidéos sur leurs réseaux. Observateur commence à être célèbre. Après les attentats de Bruxelles en 2016, il s’adresse directement aux terroristes dans une vidéo. Il leur explique que les attentats ne l’empêcheront pas de vivre normalement. Grâce à cette vidéo, il sera remarqué par les médias français. Il sera même invité à l’émission Touche pas à mon poste. Aujourd’hui, Observateur Ébène vit en France et continue ses vidéos. Son objectif est « de faire la promotion de l’Afrique devant ceux qui ne la connaissent pas ». Fifou Au départ, Dycosh ne devait pas faire une carrière d’humoriste. Il a en effet un diplôme en gestion. Mais Christian Nsankete – son vrai nom - a toujours rêvé de devenir comédien. Il commence par faire du stand-up dans des petites salles parisiennes. Il passe aussi des castings mais il est vite découragé. On ne lui propose que des rôles de vigile. Il décide donc de créer ses propres rôles sur YouTube. Le succès arrive en 2016. Il publie une vidéo dans laquelle il parodie les sapeurs congolais et invente « l’équilibre ». Ce geste consiste à être en équilibre les bras écartés sur une seule jambe. Même Gaël Monfils, le tennisman français, fait « l’équilibre » lors du tournoi de Monte-Carlo. Dycosh crée ensuite la série Barbershop qui est diffusée sur Canal + Afrique. La série raconte les aventures d’un propriétaire de salon de coiffure et de ses employés. Il participe aussi à une publicité pour une célèbre marque de boissons. Son « équilibre » se retrouve sur des affiches dans le métro à Paris. Aujourd’hui, Dycosh rêve de cinéma mais pas pour jouer un vigile. Il reste optimiste même si on ne lui propose pas « de rôle de Will Smith à la française »  : « on le fera nous-mêmes pour qu’il y ait plus de couleurs à l’écran. » k k DYCOSH S’OFFRIR SES PROPRES RÔLES SEPTEMBRE 2018 N°24 17



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