Et la Santé, on dit quoi ? n°21 oct/nov/déc 2017
Et la Santé, on dit quoi ? n°21 oct/nov/déc 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de oct/nov/déc 2017

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3,5 Mo

  • Dans ce numéro : Fally Ipupa, passionné et généreux.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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k ON Y ÉTAIT UN LIEU UNIQUE POUR LES FEMMES VICTIMES D’EXCISION L’INSTITUT EN SANTÉ GÉNÉSIQUE Créé en 2012, l’Institut en Santé Génésique est un centre pour les femmes victimes de tous types de violences, dont l’excision. Il regroupe des infirmières, des psychologues, des juristes, des avocats et des médecins qui accueillent et prennent en charge les femmes victimes de violence. L’objectif est de les accueillir dans un même lieu, anonyme et sécurisé, implanté dans l’enceinte de l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye. Rencontre avec Frédérique Martz et Pierre Foldès, co-fondateurs de l’institut. Pierre Foldès Chirurgien urologue, co-fondateur de l’Institut en Santé Génésique Pierre Foldès Chirurgien urologue, co-fondateur de l'Institut en Santé Génésique Comment est né l’Institut en Santé Génésique ? F. Martz  : Lorsque j’ai rencontré Pierre, il avait mis au point depuis plusieurs années une technique de réparation chirurgicale des mutilations féminines dues à l’excision. Il avait réfléchi aux moyens de rendre cette technique accessible à toutes. Ceci a permis en 2004 la prise en charge par l’assurance maladie de la réparation de ces mutilations. Notre travail sur l’excision nous a fait réaliser que ces femmes étaient souvent victimes d’autres violences comme le mariage forcé, le viol conjugal. Nous avons donc décidé de créer l’Institut en Santé Génésique pour répondre à tout type de violences faites aux femmes. Nous souhaitons leur proposer un seul lieu où elles seront accompagnées aux niveaux médical, social et juridique. 18 N°21 OCTOBRE 2017 mLamecummv Frédérique Martz Co-fondatrice et Directrice Générale de l’Institut en Santé Génésique Frédérique Martz Co-fondatrice et Directrice Générale de l'Institut en Santé Génésique P.Foldès  : Effectivement, notre approche est globale, nous proposons une prise en charge globale. Nous proposons une intervention chirurgicale aux femmes victimes d’excision, puis nous les accompagnons dans leur reconstruction physique et psychologique. Pouvez-vous nous expliquer en quoi l’excision est un problème de santé publique ? P.Foldès  : Les excisions causent beaucoup de dégâts. Elles peuvent provoquer de graves hémorragies et des problèmes urinaires ; et par la suite des kystes, des infections, la stérilité, des complications lors de l’accouchement. Elles augmentent aussi le risque de décès du nouveauné. Et puis, les mutilations touchent à l’image de la femme elle-même, à son identité et à ses relations sociales, à sa vie de couple, à ses relations avec la communauté ou sa famille. F. Martz  : Oui, une femme victime d’excision peut avoir des problèmes de santé, mais les risques sont également psychologiques. Nous proposons de réparer quelque chose que ces femmes ne pensaient pas réparable. Lorsqu’elles s’engagent dans une réparation chirurgicale, elles ont besoin d’être accompagnées, nous souhaitons qu’elles soient fières, qu’elles assument leur choix de « contredire » une tradition rituelle, tellement destructrice tant physiquement que psychiquement. Que proposez-vous à ces femmes ? F. Martz  : Nous organisons des cercles de parole entre femmes qui n’ont pas encore été opérées, et d’autres qui l’ont déjà été. Elles se motivent entre elles. Elles ont besoin d’en parler, de revenir sur le contexte, les souvenirs qu’elles ont de ce moment. Elles sont parfois surprises de voir que l’excision n’est pas vécue de la même manière selon la région. Ces femmes sont les premières militantes, également pour que cela ne se reproduise pas avec leurs petites sœurs par exemple. Une chose importante pour nous est d’impliquer le compagnon dans la mesure du possible. Une femme « réparée » fera connaissance avec son propre corps, c’est pourquoi l’homme devra se montrer patient, compréhensif. P.Foldès  : Nous avons également développé un dispositif de signalement qui permet de protéger ces femmes dans le cas d’un retour au pays par exemple. Cela permet de diminuer les risques d’une nouvelle excision.
B. 27 ans, d’origine Gambienne J’avais 8 ans. J’étais en vacances dans la famille en Gambie quand on m’a annoncé que j’allais être excisée. J’étais contente de pouvoir ressembler aux autres. C’est débile avec du recul ! J’en avais marre des moqueries « ah, t’as un petit pénis » quand je me lavais devant les filles... Un matin, on est venu me chercher avec les vieilles dames et d’autres petites filles. Ma sœur était avec moi, elle était bébé… Il ne fallait pas pleurer, être forte. On te coupe dans la chair. Je savais pas grand-chose, seulement qu’on le faisait aux autres femmes. J’ai senti la douleur au fond de moi, mais je n’ai pas pleuré... Après, grand nettoyage tous les matins pour la cicatrisation, avec des herbes pour que ça cicatrise plus vite. À la fin, il y a eu une grande fête, dans la joie malheureusement... Avec des mamans fières de leurs filles et des hommes qui ne s’en mêlent pas... Je savais que d’autres ethnies ne pratiquaient pas l’excision, je me posais des questions. J’entendais des histoires, « c’est pas une femme propre, elle est pas très saine, c’est pas une vraie femme ». Arrivée en France à 19 ans, j’ai commencé à avoir une vie sexuelle. Quand t’es excisée, t’oses pas aller vers les garçons. Je n’étais pas à l’aise dans mon corps et je me demandais s’ils pensaient que je faisais semblant d’avoir du plaisir. J’ai essayé de parler et puis j’ai laissé tomber. En fait, les mecs s’en foutent de ton plaisir. J’ai recherché sur Internet s’il y avait un truc pour les femmes comme moi. Je suis tombée sur des articles sur le Docteur Foldès. Je pensais qu’il prenait de la peau quelque part, mais j’ai découvert qu’il allait dégager le clitoris qui était enfoui. En même temps, j’ai rencontré mon compagnon. Lui avait remarqué tout de suite, ce qui est rare, et il a attendu que j’en parle. Il m’a encouragée  : « je te soutiendrai ». C’était comme si je faisais le même chemin dans le sens inverse qu’il y a 18 ans. Je suis allée me faire opérer début 2015. Ça s’est bien passé. Je suis contente parce que je me sens normale, je n’ai plus de handicap ! Je vois que ça prend forme, mais ce ne sera pas comme avant l’excision. Il y a des parties qui sont enlevées à jamais. J’en parle à mon entourage. J’en ai même parlé à ma mère. Je lui ai dit que je l’avais fait à cause des douleurs et qu’il fallait éviter d’exciser à partir de maintenant. Je ne regretterai jamais et ferai tout pour que mes enfants soient « bien » … Témoignage extrait de l’exposition photos intitulée « La reconstruction » de Catherine Cabrol – LibreVue À NOTER INFOS PRATIQUES k ON Y ÉTAIT Les prestations proposées par l’Institut en Santé Génésique sont gratuites. L’intervention chirurgicale est prise en charge par la Sécurité sociale dans le cadre de la CMU ou de l’AME. Adresse  : Institut en Santé Génésique 20 rue Armagis, 78100 Saint-Germain-en-Laye RER A, Saint-Germain-en-Laye TransilienL, Saint-Germain-en-Laye Horaires  : permanences (principalement sur rendez-vous) Lundi et mercredi  : 9H00-12H30 Du mardi au jeudi  : 13H30-17H00 Vendredi  : 9H00-12H30 Tél.  : 01.39.10.85.35 Email  : contact@isg78.org Le site  : www.institutensantegenesique.org En France, les mutilations sexuelles, dont fait partie l’excision, sont interdites et punies par la loi. Ce sont des atteintes aux droits fondamentaux de la personne. L’excision recouvre toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes sexuels externes de la femme ou autre lésion des organes sexuels féminins. 3 adolescentes sur 10 dont les parents sont issus de pays pratiquant traditionnellement l’excision sont menacées de mutilations sexuelles en France On estime à 60 000 le nombre de femmes excisées vivant sur le territoire français (Source  : Excision, parlons-en) À SUIVRE ÉGALEMENT La Fédération nationale GAMS est engagée dans la lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes et aux filles. Vous êtes concerné(e) par de telles situations ? La Fédération nationale GAMS vous informe, vous soutient, vous accompagne gratuitement et anonymement. Adresse  : Fédération nationale GAMS 51 avenue Gambetta, 75020 Paris Tél.  : 01.43.48.10.87 Email  : contact@federationgams.org Le site  : www.federationgams.org mLaMccmffle OCTOBRE 2017 N°2119



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