Escalade Mag n°9 jan/fév 2007
Escalade Mag n°9 jan/fév 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de jan/fév 2007

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 15,1 Mo

  • Dans ce numéro : les monts du désert.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Le Nez avant la Colline 44’antan Texte : Florent Wolff Le Nez avant la Colline Petit bréviaire du Nose jusqu’à sa libération par LynnHill Petit bréviaire du Nose jusqu'à sa libération par LynnHill Faire une petite histoire du Nose peut sembler à la fois réducteur et ambitieux. Le Nose, une voie sur des centaines de milliers d’autres. Mais s’il s’agissait de LA voie, si tant est que cette notion existe, ou doive exister… ? À travers ces 1000 m de granite se dessine l’histoire des épopées verticales au Yosemite, un des berceaux de l’escalade planétaire. À l’est de la Californie, la vallée du Yosemite fut découverte dans les années 1830. Elle bénéficiera d’une protection officielle (signée des mains d’Abraham Lincoln) en 1869 avant de devenir un Parc National en 1890 grâce notamment au lobbying de John Muir. Ce berger écossais était tombé amoureux de la vallée où il emmenait pâturer ses moutons. Muir est devenu un précurseur de la protection de la nature aux Etats-Unis et de l’escalade dans le Yosemite : il y effectua des premières ascensions (seul et sans corde !) avec notamment Cathedral Peak en septembre 1869. L’escalade gagna peu à peu en popularité dans la région et se structura autour du Sierra Club. Ses membres gravirent de nombreuses faces à l’exception notable d’El Capitan et le Half Dome. En juillet 1957, l’équipe de Royal Robbins parvient à décrocher la première ascension du Half Dome par sa face nord-ouest. Grayson Ronk L’autre aspirant, tenu en échec, Warren J. Harding attendait Robbins au sommet pour le féliciter. L’ambition d’Harding s’était déjà déplacée à une dizaine de kilomètres de là, vers le colossal El Capitan qu’il veut gravir par l’itinéraire le plus évident, le plus central et le plus haut, le Nose. Harding différait des débraillés et autres chevelus du Camp IV 1 : ingénieur géomètre, souvent revêtu d’un élégant pull noir à col roulé, toujours une bouteille de vin à la main, il conduisait une Corvette accompagnée de mignonnes passagères La Vallée du Yosemite. Warren Harding, Keeler Needle, (4347 m) Sierra Nevada. (rarement la m ê me …). Son charisme, qu’il ne doit pas à son homonymie avec le 29 e président américain, et son projet de gravir le Nose avaient retenu l’attention des médias et du public. Harding fut d’ailleurs sommé de suspendre ses tentatives entre le Memorialday et le Laborday 2 car les gardes du Parc redoutaient une trop grande fréquentation de la prairie (au pied d’El Cap) par les touristes estivaux qui viendraient observer l’ascension. Finalement, le service du Parc fixa un ultimatum : Harding devait réussir le Nose avant Thanksgiving, soit le 23 novembre. Mais la fracture de Powell, un de ses compagnons de cordée compromit cette réussite. Hardi, Harding revient l’année suivante et c’est finalement le 12 Novembre 1958 à 6 heures du matin qu’il plante son dernier piton. Au sommet, il répond à un journaliste qui lui demande pourquoi ils ont effectué cette ascension : « Because we’re insane ! » 3. Wikipedia Harding, Merry, Whitmore et Harding, Merry, Whitmore et Calderwood (qui a toutefois interrompu son ascension pour rejoindre sa femme enceinte) sont les premiers grimpeurs à venir à bout du Nose après 47 jours d'escalade répartis sur 17 mois. Le groupe utilisa des cordes fixes (en chanvre puis en nylon), 675 pitons et environ 125 chevilles à expansion, et des techniques d'escalade artificielle (aid climbing) sur une grande partie du tracé (95% d'artif selon Mark Hudon4). Ils sont à cet égard critiqués par d'autres grimpeurs qui leur reprochent une ascension lourde et « tricky ». Calderwood (qui a toutefois interrompu son ascension pour rejoindre sa femme enceinte) sont les premiers grimpeurs à venir à bout du Nose après 47 jours d’escalade répartis sur 17 mois. Le groupe utilisa des cordes fixes (en chanvre puis en nylon), 675 pitons et environ 125 chevilles à expansion, et des techniques d’escalade artificielle (aid climbing) sur une grande partie du tracé (95% d’artif selon Mark Hudon 4). Ils sont à cet égard critiqués par d’autres grimpeurs qui leur reprochent une ascension lourde et « tricky ». Comme pour répondre à ces critiques, Comme pour répondre à ces critiques, Royal Robbins, Joe Fitschen, Chuck Pratt et Tom Frost répétèrent le Nose en septembre 1960 en seulement 7 jours. Cette ascension relève plutôt du style alpin par opposition au siège d'Harding, plus proche des expéditions lourdes des premiers 8000m. Le style moderne californien, un maximum de libre pour un minimum de temps et de matériel, fut ensuite importé dans le massif du Mont-Blanc : Tom Frost en 1963 pour la première de la face sud du Fou ou bien sûr Royal Robbins dans les Drus'. Royal Robbins, Joe Fitschen, Chuck Pratt et Tom Frost répétèrent le Nose en septembre 1960 en seulement 7 jours. Cette ascension relève plutôt du style alpin par opposition au siège d’Harding, plus proche des expéditions lourdes des premiers 8000m. Le style moderne californien, un maximum de libre pour un minimum de temps et de matériel, fut ensuite importé dans le massif du Mont-Blanc : Tom Frost en 1963 pour la première de la face sud du Fou ou bien sûr Royal Robbins dans les Drus 5. En 1965, Franck Sacherer, un physicien En 1965, Franck Sacherer, un physicien genevois, convainc son compagnon de cordée, Jim Bridwell, que l'ascension du Nose en une journée est possible, notamment par l'usage de l'escalade libre, plus rapide que l'artificiel. En juin 1967, Bridwell commencer par libérer les Stovelegs (une large fissure de 150 m qu'il avait travaillé avec Sacherer6). genevois, convainc son compagnon de cordée, Jim Bridwell, que l’ascension du Nose en une journée est possible, notamment par l’usage de l’escalade libre, plus rapide que l’artificiel. En juin 1967, Bridwell commencer par libérer les Stovelegs (une large fissure de 150 m qu’il avait travaillé avec Sacherer 6). Wikipedia Jim Bridwell était le fondateur des Jim Bridwell était le fondateur des « Stonemasters », un groupuscule regroupant certains des meilleurs grimpeurs du Yosemite (avec, notamment, John Bachar ou Ron Kauk). Bridwell, accompagné de John Long et Billy Westbay7 se lancent dans le défi du Nose en moins de 24 heures. Après une organisation minutieuse où ils calculent « Stonemasters », un groupuscule regroupant certains des meilleurs grimpeurs du Yosemite (avec, notamment, John Bachar ou Ron Kauk). Bridwell, accompagné de John Long et Billy Westbay 7 se lancent dans le défi du Nose en moins de 24 heures. Après une organisation minutieuse où ils calculent
Le président Theodore Rooselvelt (à gauche) Le président Theodore Rooselvelt) à gauche) découvre le Yosemite avec John Muir. découvre le Yosemite avec John Muir. le nombre de cigarettes à emporter, ils attaquent le Nose le 21 juin 1975, la journée la plus longe de l’année (dès 4 h du matin, ils pouvaient grimper grâce à la seule lumière du jour). Anticipant la réussite de leur défi, ils étaient habillés avec des vêtements africains aux couleurs criardes (rose, violet...). Par ces tenues vestimentaires, ils maximisaient ainsi leur chance d’obtenir une couverture de magazine et se démarquaient également de l’establishment Britannique de l’alpinisme, aux habits traditionnels grisonnants. C’est sous les encouragements enjoués de John Long (« Hurry man, we gotta make it down before the bar closes » 8) que l’énergique trio parvient au sommet à 19h. Modestement, Bridwella écrit que son meilleur moment ne fut pas celui-ci mais lorsque Harding, le pionnier du Nose, le félicita chaleureusement comme il l’avait fait avec Robbins au sommet du Half Dome 18 ans plus tôt. Ray Jardine en 1977 dans Phoenix, (7c+). Ray Jardine se prépare pour gravir la fissure de Separate Reality, (7a+). C’est dans ces mêmes années que l’usage excessif des pitons devint décrié. Le pitonnage/dépitonnage élargit les fissures et les détériore inexorablement. Le premier équipementier des États-Unis, Yvon Chouinard 9, conscient du problème, propose dans son catalogue un texte vantant les mérites du clean climbing et surtout des engins moins altérants : les coinceurs Stoppers et Hexentrics qui se glissent dans les fissures sans marteler. Pour démontrer l’efficacité de ces nouvelles protections, Chouinard et Bruce Carson font l’ascension du Nose en 1973 sans placer un seul piton 10. Ray Jardine (1) Également appelés les « Dirtbags », ces marginaux squattaient une partie de l’année le Camp IV, lieu de bivouac de tous les grimpeurs du Yosemite. (2) Memorialday : dernier lundi du mois de mai, Laborday : premier lundi du mois de septembre (3) « Parce que nous sommes fous ». (4) « Long, Hard, and Free », Mark Hudon (Mountain n°79, mai/juin 1981). Bill Wood Quelques années plus tard, une autre invention sera décisive pour la popularisation du clean climbing : le Friend. Ray Jardine, qui dit avoir conçu ce coinceur mécanique « avec l’aide de Dieu », s’en servit pour ouvrir la fissure Phoenix en 1977, le premier 5’13 au Yosemite 11. Très chrétien, ne consommant aucune drogue (fait rare à Camp IV !), Jardine n’appartenait pas aux Stonemasters car il trouvait certains de ces membres trop égocentriques. Sa fibre chrétienne ne l’a pas empêché d’être avant-gardiste sur l’éthique. Il fut ainsi un des premiers et fervent pratiquant du hang dogging 12 qui consistait à travailler un passage difficile après une chute sans avoir à repartir du bas. Cela semble aujourd’hui anodin, mais le hang dogging fut, jusqu’au milieu des années 80, assez mal accepté et objet de polémiques aux États-Unis. Après avoir libéré la face ouest d’El Capitan 13 en mai 1979 avec Bill Price, Jardine commença à envisager le Nose comme entièrement grimpable en libre. Cédant à la facilité, il tailla quelques prises de pieds dans une traversée parallèle à la 13 e longueur, ce qui lui valut de virulentes critiques. Mais, avec sa paire d’EB aux pieds, il réussit tout de même à grimper le Nose en libre jusqu’à la 23 e longueur, le célèbre Great Roof. Jardine disparut ensuite de la scène Yosemitique El Capitan, avec la voie du Nose, entre ombre et lumière. (5) La classique Directe américaine en 1962 avec Gary Hemming et la bien moins courue Directissime américaine en 1965 avec John Harlin. (6) Les Stovelegs doivent leur nom aux « pieds de fourneaux » qu’Harding utilisa pour protéger cette large fissure. (7) La grimpe à trois est rapide : le troisième récupérant le matériel, pendant que le second assure le premier. (8) « Vite, on doit terminer la voie avant que le bar ne ferme ! ». (9) Avant de créer la société Patagonia, le grimpeur Yvon Chouinard commença comme forgeron (comme le grimpeur suisse John Salathé) sous l’enseigne Chouinard Equipment, devenu Black Diamond ensuite. Une des ses premières créations fut le micro-piton RURP (Realized Ultimate Reality Piton). pendant un certain temps. La légende dit pendant un certain temps. La légende dit qu'il partit sur les océans avec le voilier qu'il venait d'acheter grâce à l'argent qu'il avait gagné de la vente du brevet du Friend à Wild Country en 1978. qu’il partit sur les océans avec le voilier qu’il venait d’acheter grâce à l’argent qu’il avait gagné de la vente du brevet du Friend à Wild Country en 1978. La décennie 80 est un peu moins La décennie 80 est un peu moins frénétique même si quelques records sont posés, en 1986 John Bachar et Peter Croft enchaînent la face nord-ouest du Half Dome et le Nose en une journée, une vitesse impressionnante mais encore loin des temps d'Hans Florine dans les années 9014. L'intérêt se porte également sur le Salathé Wall que Todd Skinner et Paul Piana parviennent à gravir en libre. Cette ascension aura t-elle inspiré LynnHill pour son exploit au Nose en 1993 ? • frénétique même si quelques records sont posés, en 1986 John Bachar et Peter Croft enchaînent la face nord-ouest du Half Dome et le Nose en une journée, une vitesse impressionnante mais encore loin des temps d’Hans Florine dans les années 90 14. L’intérêt se porte également sur le Salathé Wall que Todd Skinner et Paul Piana parviennent à gravir en libre. Cette ascension aura t-elle inspiré LynnHill pour son exploit au Nose en 1993 ? (10) Chouinard et Carson ont néanmoins utilisé les pitons en place, ce qui leur valut des critiques… (11) Phoenix et Phlogiston à Devil’s Lake (ouvert par Peter Cleveland la même année) étaient à ce moment les voies les plus dures au monde. (12) « Travail en suspension ». (13) Cette voie était alors considérée comme « unfreeable » -ingrimpable en libre-. 45 Wikipedia



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