Escalade Mag n°8 nov/déc 2006
Escalade Mag n°8 nov/déc 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de nov/déc 2006

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 28,1 Mo

  • Dans ce numéro : interview de Jacky Godoffe

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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La grimpe aujourd’hui L’antan’escalade rocheuse qui n’était, hier encore, qu’une des disciplines de l’alpinisme, est devenue un sport à part entière avec son look et ses légendes, ses vedettes et ses magazines spécialisés, ses compétitions organisées. Actuellement, son essor a relégué l’alpinisme au second plan. Ceci n’est pas venu par génération spontanée. Le développement de l’activité s’est appuyé sur des lieux aménagés : les blocs (à Fontainebleau essentiellement, mais aussi en montagne), les falaises et les Structures Artificielles d’Escalade. Un patient travail mené à bien par les pratiquants eux-mêmes dans la majorité des cas, avec le double souci de faciliter leur pratique et de la faire connaître. Aujourd’hui, les enfants sont à leur tour conviés au jeu du vertige. On pourrait frémir ; en fait ça se passe sans drame car le vertige s’est bien civilisé. Ce que nous proposons avec les circuits pour enfants dans la forêt de Fontainebleau n’est qu’une partie de ce qu’on peut envisager de leur faire faire. C’est ce qui leur est directement accessible, sans matériel particulier, sans encadrement spécialisé et sans formation spécifique préalable. Un choix décisif : l’aménagement du terrain pour les enfants des Ecoles et des Centres de Loisirs En 1974, on dénombrait environ 150 circuits d’escalade pour les adultes, constituant un capital sportif, pédagogique et culturel, mais rien n’était prévu pour les enfants. La pratique par les collectivités d’enfants était rare, exceptionnelle, seule existait une activité « enfants » dans le cadre familial (papa hisse à bout de corde et maman pousse sous les fesses et les pieds, tant qu’elle le peut… Je caricature à peine). Si les circuits jaunes, les plus faciles pour adultes, avaient convenu pour les jeunes scolaires, il est évident qu’on n’aurait pas dépensé tant d’énergie à créer les circuits blancs pour enfants : on les aurait tout simplement utilisés. Mais quand on a une dizaine d’années, les prises sur les rochers de ces circuits jaunes, trop éloignées les unes des autres, restent la plupart du temps hors de portée ; de plus les passages exposés pour des adultes ne sont généralement pas maîtrisables à cet âge. Texte et photos : Michel Coquard Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), membre de la Commission des Circuits du Comité de défense des sites et rochers d’escalade (CO.SI.ROC). Les circuits d’escalade pour enfants en région parisienne 42 L n créant le premier circuit « Blanc », nous souhaitions instaurer ce que j’ai appelé « un système minimum à efficacité maximum », véritable outil pédagogique qui devait permettre la pratique de l’escalade pour les enfants des écoles et des centres de loisirs sans pour autant faire appel à un spécialiste ni exiger de la part des animateurs, des instituteurs ou des professeurs d’éducation physique qu’ils deviennent des spécialistes, ambition irréaliste car incompatible avec ce qui les caractérise, à savoir leur polyvalence. Un instituteur enseigne les mathématiques, la grammaire, l’histoire, la géographie, le dessin, la musique, etc. De même pour un professeur d’éducation physique qui doit aborder avec ses élèves plusieurs sports collectifs, l’athlétisme, la gymnastique, la natation, etc. La polyvalence présente des avantages incontestables, mais elle a aussi ses limites. Nous avons fait un choix fondamental : nous souhaitions minimiser au maximum le rôle des adultes sur le plan technique, mais non pédagogique, et surtout exclure• 11/I..•%e qu'ils soient obligés de grimper. La solution consistait donc à aménager judicieusement le terrain pour des enfants « tout-venant » et en respectant deux impératifs de base : - le souci de la sécurité, exprimé par la formule « Pas plus de dangers ou de dangers plus grands que ceux inhérents à la plupart des activités sportives ou de plein air proposées généralement aux enfants ». Pour autant, l'enfant mis à l'abri du danger ne doit pas l'être du risque. Il est éducatif d'apprendre à se risquer, et nous citerons comme référence les propos de M. Bonnard, Inspecteur Pédagogique Régional : qu’ils soient obligés de grimper.La solution consistait donc à aménager judicieusement le terrain pour des enfants « tout-venant » et en respectant deux impératifs de base : – le souci de la sécurité, exprimé par la formule « Pas plus de dangers ou de dangers plus grands que ceux inhérents à la plupart des activités sportives ou de plein air proposées généralement aux enfants ». Pour autant, l’enfant mis à l’abri du danger ne doit pas l’être du risque. Il est éducatif d’apprendre à se risquer, et nous citerons comme référence les propos de M. Bonnard, Inspecteur Pédagogique Régional : « À la sécurité passive souvent appliquée qui consiste à éliminer les dangers et les facteurs de risques pouvant causer l'accident, il convient en milieu scolaire d'y substituer la sécurité active au centre de laquelle se situe la connaissance. Permettre à l'élève d'identifier les facteurs de risques, d'y apporter les capacités réclamées par la situation et de juger s'il y a adéquation avec ses propres capacités du moment ou celles de son camarade, est une démarche d'éducation à un esprit de sécurité. » - la mise en oeuvre d'une pédagogie de la réussite, résumée par la formule « De la difficulté certes, mais ni trop ni trop peu ». (On ne saurait dissimuler l'influence de Piaget dans notre démarche). « À la sécurité passive souvent appliquée qui consiste à éliminer les dangers et les facteurs de risques pouvant causer l’accident, il convient en milieu scolaire d’y substituer la sécurité active au centre de laquelle se situe la connaissance. Permettre à l’élève d’identifier les facteurs de risques, d’y apporter les capacités réclamées par la situation et de juger s’il y a adéquation avec ses propres capacités du moment ou celles de son camarade, est une démarche d’éducation à un esprit de sécurité. » – la mise en œuvre d’une pédagogie de la réussite, résumée par la formule « De la difficulté certes, mais ni trop ni trop peu ». (On ne saurait dissimuler l’influence de Piaget dans notre démarche). Les quatre données essentielles de notre analyse Les quatre données essentielles de notre analyse 1 - Les enfants 1 - Les enfants Pour être plus précis, notre objectif concernait prioritairement les collectivités d'enfants, ceux des écoles comme ceux des centres de loisirs, et non pas « l'enfant » entité. J'avais constaté que dans de nombreuses activités physiques beaucoup d'enfants âgés d'environ 10 ans avaient des capacités supérieures à celles des instituteurs notamment en escalade et qu'en conséquence, il fallait élaborer le système à partir des compétences des enfants et non de celles des adultes en la matière et donc concevoir le traçage du circuit avec des enfants « tout-venant ». Il fallait aussi prendre en compte le nombre des enfants (on n'est plus dans le cadre familial) et leur hétérogénéité. Pour être plus précis, notre objectif concernait prioritairement les collectivités d’enfants, ceux des écoles comme ceux des centres de loisirs, et non pas « l’enfant » entité. J’avais constaté que dans de nombreuses activités physiques beaucoup d’enfants âgés d’environ 10 ans avaient des capacités supérieures à celles des instituteurs notamment en escalade et qu’en conséquence, il fallait élaborer le système à partir des compétences des enfants et non de celles des adultes en la matière et donc concevoir le traçage du circuit avec des enfants « tout-venant ». Il fallait aussi prendre en compte le nombre des enfants (on n’est plus dans le cadre familial) et leur hétérogénéité.
2 - Les adultes Ceux qui ont en charge des dits-enfants, tels qu’ils sont et non tels qu’on les souhaiterait : ne pas leur demander l’impossible, tenir compte des limites de la polyvalence. Ainsi, un instituteur ou une institutrice ont les compétences pédagogiques nécessaires pour que leurs élèves fassent par exemple du saut en hauteur même si eux ne sont pas ou plus capables de le faire ; il en est de même pour l’escalade où leur rôle est primordial dans l’organisation de l’activité avec la constitution des équipes, l’énoncé et le respect des consignes de sécurité, etc. Il fallait prendre en compte aussi l’aide indispensable que pouvaient apporter les Conseillers Pédagogiques en Éducation Physique et Sportive tant sur les plans pédagogique et didactique que psychologique. 3 - Le terrain Pour son aménagement, nous avons choisi le circuit balisé (en blanc) comme offrant le maximum d’avantages : - Il structure l’activité - Il permet de résoudre les problèmes de sécurité par un choix judicieux des voies d’escalades - Il canalise les enfants tout en favorisant une pratique autonome et en responsable - L’utilisation de variantes pour les voies plus difficiles permet une pratique à plusieurs niveaux - C’est un nouvel élément de l’ensemble des circuits, il s’intègre dans la Culture Alpine… Bleausarde. Le départ d’un circuit pour enfants doit être proche d’un parking accessible aux cars et facile à trouver. Lors du traçage, il faut aussi tenir compte des problèmes d’érosion. 4 - La « texture sociale » • C’est l’après mai 68, la société française en garde les traces. L’Éducation Nationale, largement impliquée par les événements (tout a commencé par la « révolte » des étudiants), doit se restructurer, se modifier pour s’adapter à de nouvelles exigences ; c’est une période favorable aux innovations, aux réglementations plus ouvertes, plus souples. L’actuelle phobie sécuritaire avec ses réglementations excessives et souvent inappropriées n’avait pas cours.• Les grimpeurs de Fontainebleau, soit individuellement soit au travers de leurs différentes associations, ont eu jusqu’alors une pratique autogestionnaire de leur activité (sans doute une caractéristique de leur habitus selon Bourdieu) : ils aménagent le terrain de jeu eux-mêmes, s’organisent pour le protéger (origine de la création du CO.SI.ROC en 1962), le maintiennent en bon état de fonctionnement, fixent implicitement les règles du jeu. La cooptation y est un mode de fonctionnement dominant. Une innovation difficilement admise par certains D ans le livre « L’alpinisme ? … Laisse béton » ; » (Louis Louvel, Gilles Rotillon - Edition le Scarabée), j’avais placé en exergue cette phrase de Jacques Prévert : « C’est la meute des braves gens qui fait la chasse à l’enfant ». Il a fallu s’armer de patience, d’obstination et de diplomatie pour que les collectivités d’enfants soient admises à partager le terrain de jeu et je pense que ce partage était pour l’essentiel la véritable (mais inavouable) raison de l’opposition aux circuits pour enfants. Cette innovation a aussi semé la perturbation chez la gent grimpeuse bellifontaine qui auparavant fonctionnait en cercle fermé, créant et traçant les circuits sans en référer à l’Office National des Forêts L’intervention de l’O.N.F. dans le conflit a abouti à une réglementation concernant les créations mais aussi l’entretien des circuits, de tous les circuits. Adultes et enfants devaient être traités de la même façon, à égalité. En attendant, si l’escalade pour les enfants vous intéresse, vous trouverez dans le « Guide des circuits d’escalade pour enfants en région parisienne » édité par la FSGT, les renseignements concernant tous ces circuits. 1\\Sc ii 43 Ill II I\me



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